‹ L'orfévrerie algérienne et tunisienneChapitre 69 sur 113 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Aux Ames naïves, la religion no suffit pas. Il leur faut aller nudelà. Aussi les superstitions sont de tous les temps. On les retrouve partout.

Les sauvages île la Nouvelle-Calédonie ont leurs fétiches grossiers taillés dans du bois et fixés en terre autour de leurs cases. L'Inde, le pays des braluncs, a vu naître ces croyances. Les Hébreux adoraient le Veau d'or, les Grecs assimilaient leurs dieux aux métaux, Vénus au cuivre.

Mars à l'acier, Jupiter à l'était). Le cheval

1 molle à talisman )

de Troie leur servit de palladium. Les

Romains avaient leurs sibylles qui rendaient des oracles , leurs

augures qui consultaient le vol des oiseaux.

Par la Perse arrivèrent les sciences occultes vieilles comme le monde. Plus qu'aucun autre peuple, les Arabes, peu éclairés et très superstitieux, attachent à certains objets des vertus particulières de nature à sauvegarder de tout, excepté de la mort.

11 faut distinguer, en Algérie, entre le talisman et l'amulette.

Le talisman est l'écrit qui donne une puissance surnaturelle «celui qui le porte.

L'amulette est l'objet suspendu qui doit préserver des maladies.

Dans la langue arabe, le talisman s'appelle telseni (— Us pi. telacem iii). H a le don d'hypnotiser ; aussi les yaqqachine qui les rédigent étaient jadis et sont encore considérés comme des sorciers ayant le pouvoir de conjurer les maléfices du démon. Avec une plume en

roseau, qlam, les tolba tracent sur un papier des caractères magiques, à l'aide du smagh fU- dont la mixture est composée de corne ou de laine brune brûlée, que Ton fait ensuite bouillir dans de l'eau. Les petits enfants écrivent avec cette encre spéciale, sur des tablettes de bois recouvertes de sansal, des versets du Coran qu'ils doivent apprendre par cœur. Quand leur mémoire les a retenus, ils effacent le smagh avec de l'eau , comme nos écoliers font pour leurs ardoises.

De même, les talismans écrits avec le smagh peuvent facilement disparaître. Il suffit de tremper le papier dans de l'eau de rose ou de fleur d'oranger. Les malades n'ont qu'à boire cette solution pour obtenir une guérison immédiate.

Le talisman, enveloppé d'abord d'un morceau de chiffon trempé dans de la cire de miel, pure et blanche, est renfermé ensuite, soit dans un sac de cuir brodé, soit dans des boîtes plates en métal (le plus souvent en argent), fermées par un couvercle et ornées de dessins au repoussé. Dans ce cas, il s'appelle harz jy± pi. herouz j)j^ et affecte des formes variées. Il est tantôt carré, tantôt triangulaire et quelquefois cylindrique comme un étui. Enfilé dans une chaîne de jaseron, il est porté sur la poitrine par les femmes, comme le scapulaire des chrétiens. Les Mozabites s'en servent pour composer leur collier préféré, qu'ils appellent qlada ibbLi ou cherka A<^. Alors ils y ajoutent des mains symboliques.

Les marabouts et les devins musulmans (tolba) distribuent des papiers mystiques à qui les demande, et cela va sans dire, contre espèce sonnante. Le profit est grand pour ceux qui exercent une industrie uniquement achalandée par la crédulité de leurs coreligionnaires. Et si nous voulions pousser le parallèle peut-être un peu loin, hélas, ne déplorons-nous pas, nous aussi, la vente des indulgences pour capter les générosités des fidèles. Formules Les formules qui servent à rédiger les talismans contre les esprits

cabalistiques, sont ordinairement un peu confuses, à part les citation3 du Coran. Le

texte commence presque toujours par : « Au nom de Dieu miséricordieux, il n'y a de divinité que Dieu, Dieu est grand. Il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu. »

Immédiatement après suit une conjuration bizarre contre les esprits dangereux, le plus souvent aussi incompréhensible que les figures mystiques qui l'accompagnent.

ÏALiSMANS ET AMULETTES

Ùi

L'une des formules cabalistiques le plus .souvent employées après l'invocation d'usage est la suivante :

J'ai recours au Maître de l'heure contre la malignité de ses créatures dans la nuit lorsqu'elle survient, et contre la malignité de ceux qui font des nœuds en soufflant (les sorciers), et contre la malignité de l'envieux quand il cherche à nuire (sourate 113 du Coran).

Et comme conclusion, un carré magique :

L'addition de ces chiffres perpendiculairement et diagonalement donne toujours le nombre 78, qui correspond peut-être à notre chiffre 13. Ce total 78 est la somme des quatre lettres H, K, I, M (sage), auxquelles on assigne les valeurs suivantes : H = 8, K = 20, 1 = 10, M = 40.

Pour guérir le mal de tête, le taleb délivre le carré ci-après :

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