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Celui qui proclame la gloire de Dieu

4. L'armée de génies chargée de garantir l'efficacité de ce talisman.

Les amulettes sont innombrables. Si elles n'agissent pas, c'est qu'elles ont frôlé la main d'un incrédule ou qu'elles ont été souillées par le regard d'un impur.

Quelques-unes touchent aux bijoux. II suffira, pour en juger, d'en citer quelques-unes :

Les pattes de porc-épic enchâssées dans des gaines et la bague avecchaLon de lurquoisc que portent sur le sein, dans l'Aurès et le Hodna, les nourrices, pour se préserver de la gerçure du mamelon et conserver un lait abondant.

liDDeponramnieiiesi

Le qsouo a argent de la forme d'une cartouchière circassienne, renfermant un scorpion vivant, vaccination permanente contre tous les maléfices.

Les ceintures de cuir comme celle dont se servait Mahomet, consistant en quatre ou cinq courroies tordues ensemble de façon à former une corde d'un doigt d'épaisseur, à laquelle pendent des rubans et des amulettes d'argent, pour préserver des événements fâcheux.

La petite pointe d'une flèche en silex assurant au Touareg un bonheur constant et le garantissant du mauvais sort.

Les tubes contenant une petite fiole de mercure destiné à paralyser le mauvais œil.

Le bracelet appelé brim qui ceint le bras de l'enfant, le sauvegardant de tout accident et lui assurant une longue vie.

Les becs d'aigle garnis d'or ou d'argent portés par les garçons pour faciliter leur dentition.

Les œufs marqués de caractères cabalistiques favorisant les amours et préservant les récoltes.

Un fer à cheval cloué dans un magasin rendant fructueuses les affaires du marchand.

Le docteur Lucien Raynaud signale an Maroc une longue liste de produits animaux employés dans la pharmacopée ou portés en amulettes contre les maladies : os de baleine, contre la fièvre; trachée de chameau, contre les maux de gorge ; mue des serpents,

leur -pouvoir magiqut.

[.ORFEVRERIE ALGERIENNE ET TUNISIENNE

Vertus des pierres précieuses,

contre les maléfices ; peau de lézard du Sahara et de caméléon, contre les piqûres d'insectes.

Il est d'autres amulettes préparées, avec des drogues pilées, par les vieilles sorcières (mhharate) : des pattes de grenouille, des dents de chien, des yeux de chat, des ongles de chacal et d'autres ingrédients bizarres, mixtures magiques et souveraines pour trouver un mari, combattre la stérilité, connaître l'avenir ou guérir les plaies. Les feuilles de laurier-rose portant un écrit symbolique, brûlées sous le nez du fiévreux, le guérissent. Mais le remède le plus efficace pour lui consiste à avaler des amandes où sont tracées à l'épingle des caractères fantastiques. Celte fumigation opère pour les Arabes de la même façon que la quinine, remplace les ordonnances et rend inutile le concours du pharmacien.

TifAchi, im écrivain arabe, a relevé avec conviction tous les moyens de guérison attribués aux pierres précieuses. La copie de son manuscrit figure sous le n° 502 dans le fonds arabe de la bibliothèque nationale d'Alger, et porte le litre de Jjxr* "ïll ^tja. je\jà. £. }\S» Yl ,L*jl traduction libre : « les pierres précieuses animées ». hdd MEnuan Ce nouveau codex occupe l'ouvrage entier.

(i mie de pon- pic.) aucune maladie, n'est incurable : la gale, la lèpre et la peste. II n'est pas jusqu'aux chutes de cheval dont on ne puisse se préserver. Enfin toutes les blessures ont leur baume et leur spécifique.

Chaque pierre précieuse a une vertu spéciale. La topaze est regardée comme un remède souverain contre la jaunisse et les affections bilieuses.

La cornaline (yamani) que les Arabes nomment h'adjrat-cd-dam, pierre du sang, est excellente pour prévenir et combattre l'hémorragie et le flux du sang. La turquoise calme la colère, guérit les maux de dénis, assure le bonheur à ses heureux possesseurs. C'est une panacée propre à prolonger indéfiniment la vie.

Le rubis fortifie le cœur, éloigne la foudre et la peste. De plus, dans un pays où l'eau manque, il offre la précieuse qualité d'étancher la soif.

L'émeraude a des vertus ciiratives. Elle guérit la piqûre des serpents et cautérise toutes les blessures faites par des bêles venimeuses. On prétend même qu'elle aveugle le serpent mis en sa présence. Elle chasse les démons et les mauvais esprits. C'est en outre un spécifique contre l'apoplexie, les douleurs d'estomac, l'ophtalmie.

Le diamant tout aussi utile possède des propriétés analogues.

L'hématite calme les douleurs de la goutte, nurcte D'oeu^n.

facilite l'accouchement. C'est un antidote (Ptterant de» npbuimMe*

merveilleux. tahuiw.

Le jade comme le rubis protège contre la foudre et chasse les mauvais rêves. Les œils-de-chat combattent le mauvais regard et dans un combat rendent invisibles ceux qui les portent.

Enfin les pierres précieuses gravées avec des inscriptions sont plus que les autres infaillibles, à part l'opale. «La pierre noble » porte malheur depuis qu'elle fit exiler un prince qui avait refusé d'offrir à son seigneur et maître une superbe opale qui lui avait fait envie.

Hay Haêdo au xvi* siècle ne pouvait manquer de consacrer un chapitre aux amulettes. Il y parle des griffes de lion, défenses de sanglier, chaînons de cotte de mailles, petits coquillages, têtes de caméléon, os de tortue, tablettes en argent portant des caractères, dont les Arabes <i avaient dévotion et tiraient des augures ».

La vente des khainsa est considérable en Algérie. Ce mot qui veut dire cinq sert à désigner la main, qui a cinq doigts.

Quelle est l'origine de la superstition attachée à la main ?

Elle se perd sans doute dans la nuit des temps et il paraît difficile de remonter à son origine.

En tout cas, la main joue sans cesse un rôle important dans les légendes de l'histoire.

Ce symbole existait sur lacôle africaine avant les Romains et avant les Arabes; il n'est certainement pas d'origine islamique, car dans la période libyco-berbère il a été retrouvé, parmi les gravures rupes- Ires, une main de dessin très fruste aux environs d'El-Aricha ( Sud -Ora nais). Dans les vieilles assises des civilisations successives de l'Afrique, elle se voit fréquemment sur les slèles puniques de Tyr et de Carlhage, à côlé du croissant et des rosaces.

'où cimt la main ?

Dans

l'antiquité.

Dans la Bible.

Chez les Turcs.

Au

moyen âge.

Chez

les Maures

d'Espayve.

La main de la divinité phénicienne, dite tanile, n'a souvent que quatre doigts, car dans la période antique l'emblème était surtout la paume (palma) sans pouce, qui est resté une mesure. En effet, au point de vue de l'anatomie, le pouce diffère sensiblement des autres doigts.

Moïse étend la main pour déchaîner les fléaux qui vont ravager l'Egypte et frapper le Pharaon et son peuple.

Lors de la septième plaie, la nuit, Dieu passe dans toutes les maisons et fait périr les premiers-nés, tant des hommes que des animaux ; il n'épargne que les demeures des Hébreux marquées à l'avance par une main trempée dans du sang d'agneau.

De nos jours, c'est encore la coutume israélite, à la pâque, de plonger sa main dans le sang d'un mouton fraîchement égorgé et de l'appliquer sur le mur de sa maison.

La légende arabe raconte que Mohamed El-Fatah, à la prise de Constantinople par les Turcs, trouvant des chrétiens réfugiés dans la basilique de Sainte-Sophie, les extermina tous en frappant le mur de sa main puissante.

Dans notre histoire, la Main d'argent a le privilège de suspendre l'action de la justice.

La Alain de gloire provenant d'un pendu ou d'un décapité, séchée et préparée, se transforme en un sortilège infaillible pour découvrir les trésors. Elle rend aussi, lorsqu'ils opèrent, les voleurs invisibles.

La Main ecclésiastique du sixième siècle permet aux évoques de rechercher dans l'intérieur des maisons tout ce qui rappelle le rite païen.

La Main votive est accrochée pieusement dans les églises, après de nombreuses prières, pour obtenir une grâce de Dieu.

La Main reliquaire en argent avec deux doigts repliés, figurant la bénédiction liturgique, se garnit d'ossements des bienheureux martyrs de la foi.

La Main de justice. Une verge surmontée d'une main d'ivoire sert, avec le sceptre et la couronne, d'attribut au prince royal, depuis Hugues Capet jusqu'à Louis le Hutin. .

A Grenade, les Maures avaient grande confiance en elle. Une clé et une main étaient sculptées comme un blason au-dessus de l'entrée de l'AIcazar.

Selon eux, impossibilité, pour les assaillants, de pénétrer dans la

forteresse si la main de pierre ne descendait pas avec la clé pour ouvrir la porte.

Toutes les Mauresques de l'Andalousie portaient suspendue à leur cou une main couverte d'inscriptions. Elles étaient fermement convaincues de son pouvoir surnaturel pour conjurer les maléfices et guérir les maux d'yeux.

Môme après l'expulsion des Maures, les femmes et les jeunes filles mauresques se paraient de petites mains d'or. L'une de ces amulettes en argent émaillé, couverte d'inscriptions et d'arabesques, a été retrouvée dans des fouilles faites à l'Alhambra.

Les habitants de l'Afrique septentrionale attribuent à la main aux Chez

cinq doigts d'argent une puissance mystérieuse pour les protéger du les *&*'****• mauvais génie.

La main de « Fathma », comme l'appellent les bijoutiers israélites de la rue de la Lyre, joue un grand rôle à Alger. Si les Italiens ont la corne de corail contre le mauvais œil, les indigènes ont les bonnes mains qu'ils opposent a l'œil fatal.

Très peu éclairés pour la plupart ils sont très sincèrement persuadés de l'influence des doigts écartés. Aussi on rencontre très souvent une main ciselée en relief sur des pierres incrustées dans les façades des maisons d'Alger.

Dans l'intérieur de la citadelle de la Casba, au-dessus d'une porte, se voit une main sculptée à côté du croissant de la lune surplombant des lignes ondulées, sans doute la mer ou un nuage. Une plaque rectangulaire de marbre placée au-dessus d'une fontaine dans la vieille Darse reproduit ces mêmes attributs.

Cette tradition s'est perpétuée en Algérie. Abdelkader fit de la main un insigne que ses officiers portaient en récompense, fixé sur leur chéchia.

Les marchands mozabites peignent dans leurs magasins des mains de couleur bleu d'outremer ; ils ont cette persuasion que la main doit leur servir souvent d'arme vengeresse lorsqu'on les regarde de travers.

A un moment de colère ou de jalousie, presque tous les indigènes répondent par la main droite bien ouverte qu'ils lancent en avant, s'écriant : « Khamsa fi aynek », traduction libre : « Que mes cinq doigts te crèvent les yeux pour t'empècher de me regarder d'un mauvais œil. » Le charme fatal est alors conjuré et le crédule vrai croyant est ainsi rassuré,

ÏAUSMArtS ET AMULETTES

2oâ

Pour expliquer l'inexplicable main , les fidèles prétendent que chaque doigt indique les cinq prières :

Sebh, prière du matin ; — Dohor, prière du midi ; — Asr, entre le midi et le coucher du soleil ; — Majhrib, coucher du soleil ; — Içha, prière du soir avant de se coucher.

D'autres prétendent que les doigts représentent les principes fondamentaux de la loi de Mohammed ou les cinq piliers de l'islam, comme disent les arabes : £~**^l ( r) j -

1° La profession de foi affirmant l'unité de Dieu et la mission de Mohammed ;

2° Les cinq prières canoniques ;

3° Le paiement de la zekkate ou aumône de purification de la fortune ;

4° Le jeûne du Ramadane ;

5° Le pèlerinage de la Mecque obligatoire pour qui peut le faire.

Les jointures et les articulations figureraient les obligations de faire le bien ou d'éviter le mal : la crainte de Dieu, le respect dû aux parents, la flétrissure de l'adultère, la nécessité des ablutions, l'abstention du vin, suppression du porc, la guerre aux infidèles.

Cette nomenclature pourrait se continuer encore ; il serait facile de dresser une main chiromancienne couverte des préceptes multiples auxquels sont tenus les plus fervents adeptes de la religion musulmane.

D'après Rozet, une autre interprétation a été donnée à ces mains énigmatiques. Quand le beit-cl-maldji était chargé de mettre l'embargo sur les successions dévolues à l'Etat, par suite de la condamnation à. mort, de l'exil ou de l'esclavage des propriétaires, il faisait peindre ou sculpter sur les murs des bâtiments dévolus au beylik une main signifiant « Je prends ». L'immeuble était immédiatement fouillé à l'effet de retrouver les trésors, les bijoux, en un mot les objets que les Arabes avaient coutume de cacher. Cette opinion nous paraît très contestable.

La breloque préservatrice se "fabrique fondue d'une seule pièce, à jour ou découpée, en plané d'or ou d'argent.

Ce porte- bonheur, muni d'un trou pour laisser passer le fil de suspension, s'accroche à une chaîne de cou, à la façon des ex-voto

La main

symbole

de V Islam.

La main

du

beil-el-maldji

La Khamsa.

des

bijoutiers.

2U4 l'orfèvrerie ALGÉRIENNE et TUNISIENNE

et des médailles de dos pèlerinages, mais il sert plus souvent de pendeloque « différentes pièces des parures d'or ou d'argent.

Il en est de toutes les dimensions. Les unes unies, les autres gravées, d'autres ornées de pierreries ou de verroteries.

Le fétiche nigérien a souvent les doigts écartés. A Tunis, au contraire, les doigts sont presque toujours réunis.

Comme on vient de le voir, le talisman et l'amulette sont le produit de l'ignorance. Il faut savoir comprendre et excuser ces superstitions. Elles consolent souvent ceux qui souffrent ou donnent de la confiance aux faibles d'esprit. Il est «a»»*.

certain que les progrès rapides do la Ifci^wh**.!

civilisation les détruiront peu à peu. Mais, quand elles auront toutes disparu, notre pauvre humanité sera-l-clle plus heureuse?

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