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CHAPITRE XVII

La création d'un Mont-de-Piété à Alger remonte à 'Un décret du Uotll»

8 septembre 1852. *

. , .. i i ».- ■ *a création.

Depuis longtemps, exposait alors le Ministre de la guerre, dans son rapport au Président de la République, l'attention de l'Administration avait été appelée sur les abus de tous genres et sur les exactions scandaleuses dont le prêt sur gages est la source dans ce pays. La justice, disait-il, a constamment l'œil ouvert sur ceux qui se livrent à ce genre d'industrie, dont la base est toujours une impitoyable exploitation de la détresse par la cupidité ; mais elle voit souvent ses investigations et ses poursuites sans résultat, parce que les victimes, ellesmêmes, se taisent sur les dommages qu'elles éprouvent; le pauvre craindrait de tarir la ma

seule source de crédit qui lui soit- ouverte, (Ag„to de ,, Petit«.H.bjiie.) en dénonçant l'usurier qui le pressure ou en

confirmant par son témoignage les soupçons trop légitimes de la justice.

« Il n'est qu'un moyen efficace et sûr de mettre un terme à des abus si criants et dont la répression échappe si facilement à l'action légale, ajoutait le Maréchal de Saint-Arnaud, c'est d'attaquer l'industrie des prêteurs sur gages dans sa source même, en lui opposant, par la création d'un Mont-de-Piété, une concurrence contre laquelle il leur

Constitution

du

premier

capital.

Première installation

soit impossible de lutter. C'est ainsi qu'on a toujours procédé soit en France, soit dans les autres pays, pour faire cesser les désordres que l'usure a introduits et qui n'ont que trop fréquemment entraîné la perte de nombreuses familles. »

Un Mont-de-Piété, institué à Alger, forma son premier capital de roulement de fonds avec un prêt de 150.000 francs, fait par la caisse locale et municipale, à 3 %, alors que le taux légal était de 10 % et l'intérêt usuel de 15 à 20 %.

Il fut ensuite émis une série d'obligations dont le maximum, autorisé d'abord à la somme de 500.000 francs, s'éleva successivement à celle de 1.750.000 francs avec la garantie de la ville (votée par le Conseil municipal d'Alger) et faculté d'émettre des litres par fractions de 25 000 francs.

La première réunion du Conseil d'administration eut lieu le 3 janvier 1853, sous la présidence de M. Lechènc, Maire d'Alger.

Au début il avait été d'abord question de mettre la nouvelle création dans une ancienne caserne de janissaires, Dar-el-Makaroun. Apres examen, le local ne convint pas.

Le 8 mai 1853, le Conseil d'administration décida d'installer le Mont-de- Piété au Dépôt des ouvriers, au faubourg Bab-Azzoun, séparé par un terrain vague de l'Église, transférée plus tard place d'Isly, pendant la construction de Saint- Augustin. Il est donc facile de retrouver son emplacement dans la rue de Constantine, en face de la caserne de la Douane actuelle et non loin de la rampe où se dresse toujours le palmier légendaire bien connu de tous les Algériens.

La maison choisie étant en fort mauvais état, un crédit dut être ouvert pour l'améliorer, la. faire entourer de palissades du côté du talus qui surplombait un chemin longeant la mer.

Le Dépôt des ouvriers fut transporté au Lazaret, qui n'avait pu être utilisé pour sa première destination, car on avait reconnu, après son achèvement, qu'il serait dangereux de laisser ainsi près de la ville un foyer permanent d'infection.

La nouvelle banque populaire avait hâte de fonctionner; chaque pièce laissée libre par le déménagement était immédiatement appropriée. Aussi les opérations purent commencer au mois de juillet

La maison avait été réservée aux magasins; mais les bureaux, le

garde-magasin et le concierge avaient été logés à côté, dans des baraquements. Les frais d'installation s'élevèrent h 35.000 francs.

Le premier Directeur fut M. Descous, nommé le 3 janvier 1853 et que les Arabes désignèrent sous le nom de Sidi Couscous. Après avoir servi sous l'Empire et assisté à la bataille de Waterloo, il était devenu capitaine d'état-major, officier d'ordonnance de la reine Marie-Amélie. Il arriva à Alger peu de temps après la conquête. Grâce à ses manières très séduisantes, il eut vite conquis une situation importante.

C'était, du reste, un homme superbe, à la longue barbe blanche et h la chevelure argentée et floconneuse. Chevalier do la Légion d'honneur, il était chef d'une importante maison de tissus, membre du Conseil municipal, du Tribunal, de la Chambre de commerce et Vénérable de la loge de Bélisaire. Il avait été candidat à la députation en 1848.

A la suite d'un incident fâcheux que les journaux de l'époque ont longuement raconté, il dut, le 8 janvier 1857, céder la place à un intérimaire, M. Hassenwinkel, qui dirigea rétablissement jusqu'au 10 avril de la même année, époque à laquelle fut nommé M. Cailly, ancien Inspecteur principal des Domaines.

Le Mont-de-Piété avait alors très peu d'importance ; son personnel ne comprenait qu'un Directeur, un chef de bureau, quatre ou cinq expéditionnaires et un garde-magasin, M. Paysant, responsable de tout. Cet employé, d'une grande droiture et d'une haute probité, reçut, un jour, la visite d'un juif et d'une princesse de sang royal. Ils lui apportaient ilnc casseltc de bijoux enrichis de diamants, repré-

sentant une très grande valeur, et venaient lui offrir une part dans une opération louche qui aurait pu lui rapporter gros. Il s'agissait de fermer les yeux sur un des articles formels du règlement. Il repoussa leurs ouvertures avec dédain et, pour accentuer son refus, il les mit immédiatement à la porte.

Pendant la direction de M. Cailly, les aménagements du Mont-do- Piété devinrent insuffisants. Dans sa séance du 23 septembre 1859, le Conseil d'administration décida l'achat d'un terrain occupé par un fondouq, contigu à la halle aux farines et bordant la place d'Isly, avec des côtés isolés, l'un en face le collège arabe et l'autre sur la rue Mogador.

Cet ancien immeuble appartenait à M. Balit, interprète de la Cour

Directeurs successifs.

Honorable

conduite

de

M. Paysant.

y ont elle

installation

place d'Isly.

Nouveau directeur.

Immeuble et bureaux.

impériale ; il fut payé 50,000 francs. Les constructions, dépassant comme toujours les prévisions, durèrent près de trois ans et coûtèrent 118,410 francs.

Les procès-verbaux des séances du Conseil, siégeant alors habituellement à la Mairie, ne mentionnent aucune inauguration.

A la prise de possession, ni banquet, ni discours officiel.

Après vingt ans de service, M.Cailly mourut en 1876 dans l'exercice de ses fonctions. M. Martin, ancien commissaire de marine, caissier de rétablissement, lui succéda le 28 mai 1877 ; il mourut 4 ans après, le 18 mars 1881, et pendant près d'une année les fonctions de directeur furent tenues par M. Mantout, l'un des membres du Conseil d'administration.

M. Hugo, officier d'administration des hôpitaux militaires, nommé le 2 décembre 1881, garda ses fonctions jusqu'au 26 décembre 1893. Puis, nouvel intérim de fin 1893 au 31 avril 1894 par MM. Henriot, V. Blanc, Begey et Jubert, ^membres du Conseil d'administration.

Le 1er mai 1894, M. Ernest Prunier, Administrateur de communes mixtes, fut chargé de diriger le Mont-de-Piété d'Alger.

« La Banque de prêts sur nantissements », comme voudrait qu'elle fût appelée son directeur actuel, est située sur la place d'Isly où se dresse la statue mélancolique du maréchal Bugeaud ; les issues sont gardées, suivant les prescriptions de la loi, par le factionnaire du Quartier général du XIXe corps d'armée, qui est son voisin.

C'est un monument bas, sans architecture, à un seul étage, ayant une façade aux fenêtres garnies de barreaux, comme une prison, avec, sur le fronton, ce simple mot : Mont-de-Piété.

Les terrains sur lesquels il a été édifié ont pris une grande valeur ; mais son estimation sur les inventaires n'a pas été modifiée et reste fixée à la somme de 366,000 francs pour l'immeuble et 17,910 francs pour le mobilier.

Un long porche conduit à une grande cour vitrée avec un vélum toujours prêt à être déployé pour garantir la clientèle d'été contre l'ardeur des rayons du soleil.

Le sol est recouvert de grandes dalles. Au fond, un terre-plein, sorte de plate-forme surélevée pour les ventes. Les bureaux de l'administration sont distribués autour de la cour. Il faut gravir trois marches pour arriver à la salle d'attente de la Remise des gages, souvent encombrée par le public qui attend sur des bancs de bois.

Deux guichets d'engagements : un pour les bijoux et l'autre pour les bardes, avec de nombreux avis imprimés pour édifier le public et éviter ses réclamations :

Le Mont-dc-Piété n'est pas responsable de l'oxydation des bijoux. Le dégageant doit reconnaître ses bijoux avant de sortir de la salle. Les mineurs ne peuvent faire aucune opération sans une autorisation de la personne qui a qualité pour la leur donner.

A droite et à gaucho, les Déclarations (rengagements, les Renouvellements et la Caisse avec ses deux guichets, l'un pour les paiements et l'autre pour les recettes.

L'établissement est régi par un Conseil d'administration que préside le Maire d'Alger. Il se compose, en outre, de trois administrateurs des bureaux de bienfaisance, dont l'uq, M. Jourdan, a été élu viceprésident du Conseil ; puis de trois Conseillers municipaux, dont les noms restent en blanc depuis trois ans, et enfin de trois notables commerçants de la ville d'Alger, pris sur la liste des patentés. Tous les mois, et a tour de rôle, .un administrateur est chargé du service de surveillance.

Les guichets sont ouverts au public tous les jours, excepté les jours fériés. Le dimanche, de 8 à 10 heures, les seules opérations permises sont relatives aux dégagements.

L'avance se fait a raison de 7 % l'an, sans droits de magasinage ni d'assurance contre l'incendie, et en sus 1/2 % pour la prisée.

Les préls sont basés sur la valeur du nantissement ; ils s'élèvent aux 4/5 pour l'argenterie et les bijoux d'or et d'argent ; aux 2/3 pour les perles et les pierres précieuses et à la moitié seulement pour les autres objets.

La durée des prêts est d'une année pour les bijoux et les hardes, et de six mois pour les pianos, les bicyclettes, les tissus de laine et les machines à coudre.

Les formalités pour engager ne sont pas compliquées. Il suffît de justifier de son identité par un permis de chasse, une carte d'électeur, une quittance de loyer ou autres pièces faciles à fournir. La femme doit être munie de l'autorisation de son mari.

L'emprunteur reçoit une reconnaissance anonyme mentionnant le prêt et l'estimation faite par l'appréciateur. C'est un titre au porteur.

Le nantissement peut être dégagé avant l'échéance. Le porteur

Administra- * tion et suncillance .

Opérations.

Conditions des prêts.

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en

et

ne paie alors que l'intérêt du temps parcouru. S'il est renouvelé à son expiration, il rembourse les intérêts et les frais de prisée.

L'objet n'est vendu qu'à défaut de paiement et un mois après l'échéance. L'engagiste touche alors sur le produit de la vonte le boni qui peut en résulter.

Dans son intéressante brochure sur le Mont-de-Piété, parue en 1877, M. L. Paysant, aujourd'hui Trésorier-Payeur général d'Alger, mais alors fonctionnaire de cet établissement , dit que le chiffre des engagements s'élevait, en 1875, pour 69.000 articles, à la somme de 1.446.206 francs. Les renouvellements figuraient alors pour 141.122 francs, soit 9.76 %• On renouvelait peu à cette époque : en 1881, ils ne montaient môme qu'à 235.551 francs. Ils se sont élevés, en 1900, à 1.120.577 francs, ce qui démontre que la pratique du renouvellement est entrée complètement dans les habitudes de la clientèle de l'établissement de la place d'Isly.

Voici le relevé des entrées et des sorties faites au Mont-de-Piélé depuis quatre années. Elles indiquent une marche ascensionnelle, d'après le compte rendu annuel des opérations de sa gestion, par le Directeur :

Développement des opérations.

Entrée. — Engagements directs et par rcnoucellements.

Nantissements : 102.598 francs.

Prêts: 2.595.487 francs

Sortie. — Dégagements directs et pour renouvellements.

Vente de nantissements.

Nantissements

: 68.577 francs

Prêts: 1.996.472 francs

Le personnel se compose maintenant d'un grand nombre d'employés :

1° À la tête de l'état-major, le Directeur chargé de la gestion générale, de la surveillance du personnel. Il a la haute police inté-

Direction et personnel,

rieure et extérieure, cl rend compte chaque année, dans une brochure, des résultats de l'exercice. II reçoit les clients qui viennent présenter des réclamations, offrir des fonds ou contracter des emprunts secrets. Les officiers en tenue, d'après les règlements militaires, ne peuvent s'adresser qu'à lui.

(iliaque jour lui apporte un courrier volumineux d'objets recommandés, de valeurs déclarées, de lettres chargées et de bons de poste. Tantôt ce sont des dépôts qui se font par correspondance et proviennent d'un rayon assez * étendu ; tantôt ce sont des dégagements qui

■uahu. viennent souvent de fort loin : de la Chine,

Main en or. je l'Abyssinie, de Madagascar et même du fond

(Modèle ludafeM.) °

de 1 Afrique.

2° Un Contrôleur spécial, M. Pcirani, est placé hiérarchiquement sons les ordres du Directeur, dont il remplit, le cas échéant, les fonctions intérimaires. Il a pour mission principale les vérifications de toutes les opérations et l'examen de tous les registres de caisse et de magasin.

Il constate les irrégularités à l'intérieur et les fraudes qui peuvent venir de l'extérieur, car il y en a comme partout. De temps à autre, en effet, on cherche a glisser des reconnaissances où le chiffre a été gratté, puis remplacé par un autre inférieur, sans toucher au montant du prêt indiqué en toutes lettres sur la bande rayée.

Ce truquage, comme celui de la vente des reconnaissances, où un zéro est mis à la suite d'un chiffre, se rencontre assez fréquemment.

3" Un Caissier, M. Brincat, qui occupe ce poste depuis vingt-cinq ans et à qui sont confiés tous les mouvements d'argent, recettes, dépenses, remboursements, paiement des bonis provenant des ventes. Comme tout bon caissier, il doit savoir se défendre de la pièce d'argent coulée et non frappée et des faux billets, souvent imités avec une rare perfection.

4° Un Garde-Magasin, M. Tailland, obligé à un cautionnement de 33,000 francs. Chargé des bulletins de la manutention des magasins, il est responsable des vols et des détériorations. Il a sous ses ordres une nombreuse légion de facteurs et de gens de service à la nomination du Directeur.

5° Deux Appréciateurs ont pour mission l'estimation sous la responsabilité des Commissaires-Priseurs, dont ils sont les délégués, à leurs gages, et dont ils couvrent la responsabilité par un cautionnement de 10,000 francs versé au Mont-de-Piété.

L'un, M. Hintermeyer, évalue les vêtements, tapis, armes, machines, autres objets mobiliers, etc.

L'autre, M. Novel, estime les matières d'or et d'argent. Ce dernier travaille dans un laboratoire spécial interdit au public, où on lui apporte les objets présentés au guichet. — Il y a son touchau, ses réactifs, ses loupes, ses balances de précision ; en un mot, tous ses outils de travail. Ses décisions peuvent être seulement modifiées par le Directeur.

Jamais le déposant ne peut discuter la prisée avec lui. Autrement il y aurait des réclamations incessantes. Ses fonctions demandent des connaissances spéciales. Il faut savoir déjouer toutes les fausses déclarations de nature h tromper la vigilance de l'appréciateur, h lui faire prendre du strass pour du diamant, du cuivre pour de l'or et des perles fausses pour des perles fines.

G0 Des Commis principaux et des Commis ordinaires chargés des écritures, aides de camp des chefs de service destinés, suivant la hiérarchie, à prendre leur succession d'après les mérites de chacun. C'est une ruche où chaque guichet est un alvéole dans lequel se prépare le travail constitutif de ce bel établissement.

Tel est l'ensemble des services multiples du Mont-de-Piété, qui, sous la direction éclairée de M. E. Prunier, fait une moyenne de six cents opérations par jour, nécessitant un roulement de fonds annuel de plus de neuf millions !

Au fond de la cour, les magasins de dépôts, spacieux, mais mal Magasins. éclairés, divisés en sections suivant la nature et la valeur des objets. Ils occupent deux étages. En voici la nomenclature :

La galerie des glaces en bois doré, venues jadis de Provence ou d'Italie ;

Le garage des bicyclettes, des tricycles, de l'antique vélocipède, et bientôt celui des voilurettes et des automobiles ; en un mot, toute la cavalerie du sport moderne ;

La chambre obscure, bondée de photo-jumelles et de grands appareils photographiques à trépied, sur lesquels il est difficile d'obtenir un prêt dépassant deux ou trois louis ;

La lingerie avec ses paquets de hardes, draps, serviettes, chemises, symétriquement rangés sur des tablettes, et qui mériteraient peut-être les honneurs de la désinfection par les procédés en usage à Paris pour les microbes les plus récalcitrants ;

Le musée d'artillerie avec ses fusils à pierre, à piston et à percussion centrale, les longs pistolets arabes et les tromblons des Mozabites ;

L'atelier des machines à coudre de Singer et autres marques, pauvres outils de travail achetés par mensualités qui restent inactifs et silencieux en attendant des temps meilleurs ;

Le conservatoire des instruments de musique avec ses mandolines italiennes et ses guitares espagnoles, ses violons français et ses rebab arabes, sans oublier les cuivres bruyants des orphéonistes, pistons, clairons et trombones, et aussi les harpes, les harmoniums et les pianos des professeurs sans élèves, dont la reconnaissance ne dépasse guère 300 francs ;

La bibliothèque avec ses innombrables volumes, romans, guides, dictionnaires, livres de classe de tous les formats, et les dix-sept volumes de Larousse, engagés pour 140 francs ;

Le ravon des bronzes encombré de statuettes : Jeanne Darc romantiques, aimées égyptiennes, bacchantes de Pradier ; puis candélabres supportés par des hérauts d'armes casqués et cuirassés, ou par des urnes encadrées de chaînettes — épaves de l'opulence bourgeoise sur lesquelles on prèle rarement plus de 40 h 50 francs ;

Le département des cuivres avec ses mortiers, ses marmites, ses casseroles, ses écuelles couvertes a couscous, et ses gigantesques plateaux étamés, gravés de cyprès, de koubbas, de vases de fleurs, de portiques venus de Damas et portant au centre le signe énigmatique du sceau de Salomon, — chaudronnerie locale sur laquelle l'emprunteur n'obtient guère plus de 2 fr. à 2 fr. 50 du kilog. ;

Le dépôt des marbres avec les pendules de toutes les époques, depuis la pendule Empire dorée à l'or moulu, avec le berger et la bergère des idylles de Berquin, le temple d'albâtre à colonnes de marbre blanc, au cadran d'or guilloché, jusqu'aux bornes d'onyx ou de marbre noir supportant les Dianes de Gabies et les Vénus de Milo ou de Médicis, y compris la pendule classique en zinc d'art « le Chasseur et son Chien », précieusement mise sous globe à l'époque de Louis-Philippe.

La plus vaste salle, réservée h l'orfèvrerie, est dallée au ciment ;

LE MONT-DE-PÎÉTÉ l)' ALGER 301

les portes sont en fer, les feiiêlres garnies de solides barreaux et les Département murs, blindés comme un vaisseau cuirassé, la défendent contre les ** bijoux. entreprises des rôdeurs de nuit.

Des colonnes en fonte supportent son vaste plafond. Autour, des étagères, au centre, de grands meubles à (hoirs pour les boîtes renfermant les petits objets.

Au premier itbord, il semble (pie l'on entre dans un vestiaire , à voir les nombreux paquets (pii encombrent les tablettes, comme le règlement l'exige.

Les bijoux sont eu cilel dans leurs suaires : madras , serviettes, foulards, mouchoirs, couffins

(Plalean syrien fait » Alger.) etquelquefois même

cartons de trotlîns, paniers vides de Champagne, caisses de chocolat

Menier, valises remplies peut-être à la lifite pour un voyage chez ma

tante, afin de satisfaire» une échéance et d'éviter la saisie de l'huissier.

Tous ces paquets sont uniformément piqués d'une étiquette, dont la

couleur varie chaque année, bleue, blanche, jaune ou rouge, pour

retrouver plus rapidement le dépôt et le bulletin d'engagement qui

renferme la nomenclature des objets, leur valeur et l'avance faite.

La salle est tellement encombrée que des échelles doubles sont nécessaires pour atteindre les hauteurs vertigineuses des tablettes, car il y a des paquets entassés jusqu'aux combles.

Au premier abord on ne voit rien que de gros kkalkhah creux en or et des redifs tressés, avec des têtes de serpents, qui flânent çà et là, dispensés d'emballage, au milieu des aspersoirs, des tassas et des miroirs encadrés d'argent repoussé.

Dans celte caverne d'Ali-Baba, on ne rencontre pas, comme à

Ul)!tT-UE-PlilÉ O'.tLGU.

[Casiers do la Salle du bljoHj.)

Paris, la couronne qu'en un jour de détresse le roi Miian mit au clou, mais un kheter (couronne de synagogue) qui doit venir plutôt d'un orfèvre que d'un rabbin ; et, sur le sommet des rayons, étincelle un vase d'argent ciselé, avec intérieur de vermeil, dont l'anse indique aisément l'usage, car il n'est pas fait pour mettre l'eau de fleur d'oranger.

Le contenu de chaque paquet se ressemble beaucoup : de nombreux bracelets minces, de grandes boucles d'oreilles à dents de scie, des guirlandes formées d'une série de chatons, des ibzimeti kabyles, des chéchias d'enfants recouvertes de sollairi, des bagues, des mcqfouk avec des roses enchâssées d'or, des colliers de sequins, de louis et même de quadruples.

En 1890, on a apporté au Monl-de- Piété 46,020 lots d'objets d'or ou d'argent, sur lesquels on a prêté en totalité deux millions cent soixante-neuf mille soixante-quatorze francs. 6,603 articles ont donné une moyenne de 3 fr. 75, et 83 celle de 1,071 francs. Le maximum des prêts ne dépasse pas 4,000 francs sur un seul objet, sauf décision du Directeur.

Les nantissements de grande valeur sont renfermés dans deux les

vastes cofTres-forts de Ficlict : l'un pour l'or et les nierres précieuses, eo/n'H0* s

. r ' des gros

1 autre pour 1 argenterie. Ils ne peuvent être ouverts que par deux nanlisseclefs différentes, celle du Contrôleur et celle du Garde-Magasin, ments.

comme cela se pratique dans les caves où la Banque de France met ses réserves.

Nous avons eu l'insigne faveur de pouvoir en examiner lecontcnu. Ils ne renferment pas, comme à Paris, rue (les Archives, des prêts de plus de cent mille francs sur des colliers de perles et d'un demimillion sur des parures en brillants, mais il y a là des paquets de deux mille francs enveloppés dans des mouchoirs u carreaux de deux sous, l'écrin des Oulad-Naïl.

Quelques pièces sont dans des bottes scellées à la cire. L'opération

ftl

Stock

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des matières

It miroir en irgeat.

(Muséo d'Alger.)

d'or et d'argent.

304 l'oiu'Èvhehie algérienne et tlmsienxe

s'est faite devant le prêteur. Aucune mention de détail des bijoux ; le bulletin n'indique qu'un numéro, c'est la cachette ù secret.

Tous les dépôts au-dessus de mille francs viennent s'enfermer dans ce tabernacle de prêts, qui contient de nombreux colliers de perles fines, des bracelets et des diadèmes enrichis de Hucrà*. pierres précieuses, des ba-

gues avec de gros solitaires, des montres à boîtiersornées d'un croissant de brillants, dcsredifsen or massif montés de diamants comme des bague; jarretières et avec, aux extrémités, deux grosses perles sortant de la gueule d'un serpent tout couvert de brillants. Il y eut longtemps une très belle Ouarda, marguerite à six pétales, dont le pistil était formé d'un gros brillant entouré de diamants plus petits et qui datait certainement d'avant la conquête. Ce bijou, d'une valeur de trois à quatre m'illo francs, provenait de l'agha Yaya, gouverneur de Télemly, qui eut les plus beaux bijoux sous la Régence, et avait dû être exécuté par Sanguinelti, le joaillier attitré du dey. Ce joyau de haute curiosité fit jadis de fréquentas apparitions dans les arcanes du Mont-de-I'iété, mais depuis longtemps ses pérégrinations ont cessé. Il doit figurer maintenant dans les vitrines d'un collectionneur.

Renfermé dans la plus vulgaire des boîtes d'échantillon, il a été aussi serti par un ouvrier très habile, cet assaba magnifique, avec des étoiles et des rinceaux de gros brillants, assemblés avec un goût exquis et cousus sur un mauvais galon d'argent effiloché par l'usage. A citer enfin, dans un écrin de maroquin, une grande plaque de poitrine ayant la forme d'un coq héraldique (serdouk). La tête, les pattes et les ailes déployées sont faites de chatons de roses. Sur le corps é mai lié brille une étoile de roses. Les yeux sont des disques d'or émaillés en bleu, avec, au centre, un rubis. Une rangée de perles fines forme la crête. Ce bijou pourrait bien être d'origine tunisienne.

Et pour ne rien exagérer, constatons, en résumé, que ce sont plutôt des ensembles d'objets que des bijoux détachés qui arrivent

à cette valeur de mille francs, nécessaire pour obtenir les honneurs du coffre-fort.

La clientèle du Mont-de-Piélé se recrute dans toutes les castes comme dans toutes les classes de la population algéroise : Musulmans et Israélites, Français et Espagnols. Ce sont les femmes qui engagent généralement. Elles ont moins de timidité que les hommes, qui hésitent à trahir leur gène. Il y aurait une curieuse étude de mœurs à écrire sur ce sujet, avec tous les petits drames qui se passent dans la cour du Mont-de-Piété.

Le Maure de la ville pratique peu de métiers; la vie contemplative

(Diadème «D brillants.)

le séduit, elle donne satisfaction à sa paresse native. Au reste, il ne se plaint pas, vit de peu, sinon de rien.

Mais comme, d'après la loi fatale, tout ce qui n'augmente pas diminue, ses ressources s'épuisent avec le temps; aussi le moindre événement fâcheux bouleverse son mince budget.

Ce sont les bijoux qui prennent d'abord le chemin du Monlde-Piété, puis les vestes brodées, les ceintures el les haïks. Toute la garde-robe y passe, jusqu'au mobilier toujours très sommaire chez le Maure. Mais il arrive un moment où le gage ne représente plus une valeur suffisante pour être accepté ; alors, à la sortie, un brocanteur de bas étage, guettant sa proie, s'approche et propose une petite somme en échange de l'objet refusé.

Les juives qui vivent d'un commerce interlope et rôdent autour de l'établissement, en quête d'une bonne affaire, ont aussi dans leur sac des combinaisons variées. Tantôt elles offrent, moyennant une légère commission, leur intermédiaire officieux, tantôt elles proposent de prendre les bijoux à un prix plus élevé qu'on ne les engagerait ou d'acheter immédiatement et en payant comptant les reconnaissances.

Quelquefois elles cherchent à capter les femmes en leur louant des bijoux pour fêtes. Ces juives rusées possèdent un flair particulier pour découvrir les Mauresques qui vont engager quelques hardes, afin d'acheter les ornements dont elles veulent se parer pour un mariage. Elles les abordent, les interrogent, leur exhibent les bijoux qu'elles consentent à leur prêter en échange des objets .apportés. Comme ils sont toujours superbes, la séduction est facile et le marché vite conclu.

Les filles d'Israël ont trouvé ainsi le moyen lucratif de tirer un profit de leurs parures. D'ordinaire, les bijoux ne représentent que des sommes immobilisées pour le plaisir des yeux ; pour elles, c'est un luxe qui rapporte. C'est de l'argent placé à gros intérêt.

Les Arabes. Quant aux Arabes des environs, ce serait une erreur de croire qu'ils

engagent par suite d'une nécessité absolue et que le Mont-de-Piété soit pour eux ainsi que pour tant d'autres le bazar de la misère. Ces . indigènes ne connaissent ni la caisse d'épargne, ni la tirelire. Lorsque les récolles sont bonnes, ils transforment leurs profits en parures. Puis, pour se prémunir contre les vols, ils les confient au Mont-de-Piété qui leur sert de banque de dépôt. Ils ont ainsi leur avoir h leur disposition et en lieu sur. C'est# un coffre-fort qui leur coûte bon marché. Moyennant une faible commission, ils peuvent ainsi n'emprunter qu'une petite partie de la valeur du gage et échapper de la sorte à la rapacité des juifs et des Mozabites, dont les prêts sont toujours usuraires.

Quand les dépôts sont sérieux, les engagements se font avant le

Ramdam et les dégagements dans le mois qui suit son achèvement.

ies A l'approche des grandes fêtes de la Pentecôte et de Noël, et

Espagnols. surtout du lundi de la Mouna, la clientèle espagnole afflue aux

guichets afin de pouvoir célébrer copieusement ces réjouissances, à l'instar de l'étudiant parisien qui met « au clou » sa montre aux approches des bals du carnaval. Mais, dès que les Espagnols ont

repris leur travail et reconstitué leurs ressources, ils s'empressent de retirer leurs gages de la banque populaire.

Les autres Européens, et surtout les Français, ont recours à l'emprunt en cas de détresse ou pour des besoins urgents. Les joueurs s'adressent de préférence aux usuriers, qui leur prêtent au denier vingt, avec des combinaisons qui échappent à toute répression.

Les petits commerçants, momentanément embarrassés, viennent au Mont-de-Piété à l'époque des loyers; les ouvriers, lors du chômage; les employés, en attendant une place et les rentiers, avant l'échéance des coupons. Les domestiques dégagent au premier de l'an avec leurs étrennes.

La haute société algéroise fait quelquefois appel à cette ressource instantanée pour payer certaines dettes criardes. L'opération peut si facilement être entourée de mystère à l'aide de la combinaison des prêts secrets ! Il s'agit de s'adresser au Directeur lui-même. A cet effet, il a des bulletins et des registres spéciaux. Il ne livre alors aux bureaux qu'un numéro anonyme et reste seul dépositaire d'un secret bien gardé. Que d'emprunteurs évitent ainsi de révéler à des amis un embarras momentané et de s'exposer, en retour de confidences pénibles, à recevoir un refus souvent cruel !

L'Européen use aussi souvent du prêt réduit. Sur un objet de 5,000 francs, il empruntera pour quinze jours 2,000 francs, par exemple, ce qui lui coûte environ 2 fr. 50. Il peut ainsi parer à un besoin immédiat et temporaire sans recourir à des banques ou à des prêteurs ordinaires, et sans dévoiler sa situation.

Il y eut jadis, parmi les habitués célèbres dans les annales de l'établissement, deux membres de la famille Mustapha Pacha, la princesse Khaddoudja et son frère le prince Mohammed. Vers 1870, la première déposait de belles étoffes brodées lourdes et pesantes, des khelakhel massifs pavés de pierres précieuses, des assabate étincelants de diamants et des meqaïs sertis de gros cabochons. Le second apportait des pistolets et des fusils, des yatagans incrustés d'or et d'argent et surtout un très beau qandjar (poignard) venant de l'ancien Dey, à la poignée incrustée d'or, a la lame damasquinée, au fourreau très recourbé, pour lequel il avait fait exécuter une autre gaine en velours, recouverte d'un treillis d'or parsemé de diamants.

Ces deux clients princiers étaient toujours en compte de 4,000 ou 5,000 francs.

Les Français.

Haute clientèle.

Classification

des

enyagisles.

Sort

des

engagements.

% Ventes publiques.

En classant la population par castes, les relevés démontrent, d'après la nationalité des emprunteurs, qu'en 1900, les israélites avaient emprunté 576,598 francs, les Musulmans 711,148 francs et les Européens 1,495,098 francs. Vu la part qu'occupe chacune des classes dans la population, les engagements les plus nombreux ont été faits par les israélites, qui représentent, en 1899, 126 engagements pour cent individus, et, en 1900, 138%; les indigènes, 103 % et 112 .%; les Européens, 54 % et 57 %. Peut-être, les troubles des dernières années ont-ils engagé les israélites à mettre à l'abri leurs objets précieux, et cependant on peut dire que leurs engagements traduisent leur gêne, si on consulte le relevé des petits prêts de 2 à 20 francs, où ils tiennent la tête ; en 1899 pour 85 % et en 1900 pour 94 % ; tandis que les Musulmans ne figurent que pour 85% et 90 %, et les Européens pour 40 % et 44 %.

La vente des gages s'élevait en 1899 à 899 objets pour les israélites, pour les Musulmans à 1,024 et pour les Européens à 3,792. Les chiffres sont à peu près les mêmes pour 1900.

Il faut bien le dire, le Français a le plus souvent l'insouciance de son bien ; il oublie vite les objets dont il s'est séparé et il vend fréquemment sa reconnaissance, tandis que, pour l'indigène, le bijou est un souvenir de famille. Il a l'instinct excessif de sa conservation. Il épuise toutes ses ressources pour éviter la vente, et, s'il ne peut y arriver, il compte alors jusqu'au dernier moment sur l'intervention divine pour le sortir d'embarras.

Les ventes publiques se font tous les jeudis. Le matin, les objets, bardes et mobiliers ; le soir, les bijoux, après .exposition la veille.

La mise en scène est des plus simples. Le Commissaire-Priseur, muni de son marteau, se place sur le terre-plein pour l'adjudication. Il est assisté d'un comptable et d'un commis du contrôle qui tient concurremment avec lui un registre des adjudications.

Le Contrôleur de la garantie a fait au préalable examiner les bijoux et reconnu ceux qui ne sont pas poinçonnés. Derrière lui se tient le chaouch, prêt à retenir les objets qui doivent être soumis au contrôle ou à briser ceux dont les acquéreurs refusent de payer les droits d'essai et de garantie.

Une longue table relie l'estrade à la salle. Sur ce pont volant se promène le crieur, tenant à la main la marchandise qu'il vante avec entrain et souvent beaucoup d'esprit d'à-propos. De chaque côté de la

cour, sur des banquettes, s'assoit le public de ces assises de là curiosité : orfèvres cosmopolites, bijoutiers juifs et revendeuses à la toilette.

Sur une vaste pancarte, un avis prévient les acheteurs du prix des enchères :

•0 fr. 25 jusqu'à 10 francs.

; 0 fr. 50 de 10 à 50 francs.

1 franc de 50 à 100 francs.

2 francs de 100 à 500 francs.

5 francs de 500 à 1,000 francs.

10 francs pour 1,000 francs et au-dessus. 1 Prix payé comptant. Augmentation d'un droit de vente de 4 */••

Dans ces ventes hebdomadaires, que de bijoux anciens chers aux

collectionneurs et achetés au poids ont été brisés, parce qu'ils ne

répondaient plus ni à la mode ni au goût du jour ! Quant aux pierres

fines, elles y paraissent rarement, car depuis longtemps les plus belles,

sorties d'Algérie, sont maintenant remplacées par des pierres tarées,

mais produisant un effet de couleur dont l'indigène se contenté. Et, il

faut le reconnaître, les engagements des parures de luxe sont le plus

souvent retirés à l'échéance.

Riorgani- Le 30 mai 1894, le Conseil d'administration chargea M. E. Prunier

satwn. (j»un projet de réorganisation. Quelques mois plus tard, l'intelligent

et dévoué Directeur déposa sur le bureau du Conseil un rapport

très étudié sur les modifications qui lui paraissaient de nature à

augmenter la prospérité de la banque populaire et à assurer le bon

fonctionnement des services, tant dans l'intérêt du public que dans

:> celui de l'établissement lui-même.

M. Prunier proposait de créer une caisse de retraites pour les employés et d'exonérer des droits tous les prêts jusqu'à cinq francs. Il demandait la faculté d'élever aux neuf dixièmes les prêts sur la valeur intrinsèque des matières d'or et sur l'estimation des matières d'argent, pièces d'orfèvrerie, montres, armes, cuivres et meubles meublants ; et aux neuf dixièmes également les prêts sur les diamants, les perles fines, les pierres précieuses et les objets d'art. Cette quotité nouvelle, en augmentant le total des sommes avancées, devait accroître les bénéfices dans une large proportion, tout en apportant une grande entrave au trafic des reconnaissances.

Il touchait aussi à une question délicate, consistant; si l'intérêt de rétablissement l'exigeait, à remplacer, par des employés recevant un traitement et nommés par le Préfet, les Appréciateurs actuellement aux gages des Commissaires-Priseurs. Le tableau ci-après démontrera l'importance de cette grave réforme :

En 1900, les droits de prisée à 1/2 % se sont élevés à. . 13.964 Les droits de vente à 4 % 6 . 984

Total 20.948

Le déficit à la charge des Appréciateurs 1 .080

L'établissement perçoit sur les ventes, pour la publicité 1 . 745 2.825

11 est donc resté de bénéfice aux Commissaires-Priseurs. 18.123

Par suite de la combinaison nouvelle, le Mont-de-Piété prendrait à sa charge les différences entre les réalisations et les prêts, et, de ce chef, les Commissaires-Priseurs resteraient étrangers à toutes les opérations de l'établissement, sauf aux ventes.

Enfin, le rapport concluait que le Mont-de-Piété devrait être mis à même de prêter de 50 à 80 %, pour un an, sur dépôt de valeurs mobilières au porteur, jusqu'à 4.000 francs, d'après leur valeur sur la cote officielle de la Bourse de Paris, avec le droit de mettre l'emprunteur en demeure de rembourser, en cas de baisse, sous peine d'exécution immédiate.

Approuvé à l'unanimité, après examen d'une Commission, par le Conseil d'administration, dans sa séance di* 30 janvier 1895; et par le Conseil municipal d'Alger, à la suite de sa délibération du 31 mai 1895, ce projet de réorganisation est, depuis lors, en instance au Conseil de gouvernement ; mais bientôt cette haute assemblée prendra une décision, car M. Prunier a dernièrement été appelé à lui fournir des explications verbales.

En résumé, le Mont-de-Piété d'Alger tient le cinquième rang Conclusions» parmi les établissements de ce genre créés dans la Métropole. Il vient après Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Sa solidité financière est à toute épreuve; il offre comme garantie sa réserve, son immeuble, ses assurances et la responsabilité de la Ville d'Alger.

Bref, il vaut la Banque de France. Aussi les obligations qu'il émet sont très recherchées par les capitalistes. Ses bénéfices se sont élevés, en 1898, à 33.369 francs; en 1899, à 35.251 francs; en 1900, à 38.000 francs.

Certains économistes, comme M. Maurice Oberic, prétendent que les résultats du Mont-de-Piété sont en raison directe de la recrudescence des affaires et en raison inverse des crises commerciales. Ce n'est nullement, d'après eux, le thermomètre de la misère. Le petit commerce et la petite industrie y vont, au contraire, chercher des ressources pour développer leurs opérations.

Sans partager cette opinion et sans aller jusqu'à prétendre que lorsque le Mont-de-Piété va, tout va, il faut reconnaître qu'il répond maintenant à une nécessité publique et que les services particuliers qu'il a rendus sont considérables. Qui pourrait* nier, en effet, qu'il a sauvé bien des gens du déshonneur, de la faillite et du suicide? Au point de vue général, il a fait baisser l'intérêt de l'argent, qui s'éleva jadis, en Algérie, jusqu'à cinq pour cent par mois. Il a brûlé et cicatrisé en partie cette plaie honteuse de l'Algérie qui s'appelle l'usure. Comme le prévoyait Regnault de Saint-Jean-d'Angely, lors de la création des Monts-de-Piété, c'est une institution qui a bien mérité du commerce, de la moralité et de l'infortune. Aucune n'est plus digne qu'elle de recevoir des legs, des dotations ou de larges subventions.

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