LA PRISE DANS LA .MASSE
Fin- 8. — La masse forgée. Fig. 9. — La masse di'grossic
au ciseau et à la lime.
Fig. 10. Fig. n. Fig. 12.
La masse délouréo et La masse ébauchée. La masse reprise au
dans ses profils. ciselet et achevée.
une liberté et i)ar conséquent un charme que la morsure à l'eau-forte ne saurait présenter.
On comprend que ces façons de travailler le métal, exigeant une sûreté d'œil et une habileté de main exceptionnelles, ne sont et ne peuvent être employées que par un petit nombre de ciseleurs tout à fait aguerris. La fonte. par laquelle on les rem})lace, quand il s'agit d'oljjets en ronde bosse, est, nous l'avons dit, d'autant plus usitée que l'areent et l'or sont suffisamment fusibles et malléables ])Our prendre exactement, et sans trop de difficulté, l'em- ])reinte des moules dans lesquels ils sont coulés.
Les méthodes pratiquées pour la fonte de ces deux métaux ne diffèrent pas sensiblement de celles en usage pour la font<du cuivre. Dans l'étude que nous consacrons au bronze d'aut KT d'ameublemext, nous exjjliquons en détail les procédés de la fonte à cire perdue et ceux de la fonte à noyau et à picces rapportées. La fonte à cire perdue, toutefois, n'est guère employée par les orfèvres, et cela pour plusieurs raisons. Tout d'abord le prix élevé des métaux qu'ils mettent en œuvre fournit rarement l'occasion de fondre des pièces assez grandes pour qu'on aime à retrouver sur leur épiderme la trace, laissée sur l'argile ou la cire par la main même de l'artiste. Leurs ouvrages, au contraire, étant généralement de petite taille, exigent un fini, un j)récieux, qu'une ciselure très poussée peut seule leur donner. En outre, la facilité avec laquelle nos deux métaux se soudent et se réparent, jointe à l'habitude qu'on a de composer les pièces d'orfèvrerie — chandeliers, vases, coupes, etc. — de morceaux séparés qu'on réunit ensuite, ou, pour employer l'expression technique, qu'on monte avec des tiges de fer et des écrous, cette double })articularité permet au fondeur de diviser l'objet qu'il veut reproduire en un certain nombre de fragments isolés, et d'éviter ainsi tous les inconvénients que comporte la fonte à pièces rapportées, pour les grands ouvrages de bronze.
Afin de mieux nous faire comprendre, nous prendrons un exemple. Une statue représentant une figure entièrement nue offre aux yeux, depuis l'extrémité de ses pieds jusqu'à la cime de ses cheveux, un objet unique, dont la surface exige une continuité absolue ; et toute trace de coupure, toute séparation qui reste visible, atténuent la logique et la beauté de cette statue. Avec un candélabre il n'en va plus de même. Celui-ci se compose d'un pied, d'une tio-e, de branches, de ])inets, de ])obèches, qui, réunis, constituent
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Fig. 13. Fig.l't. — Ledes- Fig. 15. — Lapièco Fig. !(!.— Ln pièco
La pièce forgée. sin(I('^calquésiir champlcvéo et reprise au cise-
la pièce. èbaiicliée. let et achevée.
bien un tout, mais qui, pris séparément, ont chacun leur forme, leur raison d'être, et dont les })oints de jonction peuvent être facilement dissimulés, ou même demeurer visif)lcs sans que l'œil s'en trouve le moins du monde choque'' (voir fig. 17 et 18).
D'accord sur ce jiremier point, résumons mainlenanl les opérations ])rincipales de la fonte. Lorsque l'objet à mouler est d'une certaine im|)ortance, on prend le moch'.-le exécult' |)ar l'artiste, ou mieux \r. plaire mouI('; d"a|)rès ce inodric, et on le couche sur un lit de terre un peu maigre et coiivfnablement humcîctée. Par la pression on enfonce le modèli' jus(ju'à la moilié de son é[)aisseur, [)uis on compldc I:i
chape par la confection d'une série de pièces séparées, façonnées également en sable humide et bien pressé, et s'emboîtant les unes dans les autres, de façon à former autour du modèle une enveloppe parfaitement close.
Ce moule, ou, pour parler plus exactement, cette chape étant achevée et suffisamment sèche, on s'en sert pour confectionner en terre une épreuve de l'ouvrage que l'on veut reproduire. A l'aide d'un grattage uniforme, on maigrit cette épreuve, de façon que, replacée dans le moule, elle n'adhère plus à sa paroi intérieure, mais laisse partout un vide régulier de un ou deux millimètres. Cette épreuve ainsi maigrie, qui prend le nom de noyau, est mise en place et calée par une armature; puis le moule est refermé. On enveloppe le tout dans de la terre bien battue et maintenue contre toute pression intérieure et extérieure par des cadres en fer, et ensuite on verse le métal en fusion. Ce dernier, en pénétrant dans l'espace libre, forme une sox'te de chemise qui habille le noyau. Une fois le métal versé, on n'a plus qu'à laisser refroidir.
Ces opérations, réduites dans cet exposé à leur plus simple expression, concernent la fonte de pièces relativement importantes comme dimensions. Mais, ainsi que nous venons de le dire, grâce à la facilité avec laquelle les métaux précieux se soudent, et aussi par suite de l'habitude qu'on a de monter les objets usuels à l'aide de tiges de fer et d'écrous, l'orfèvre n'a généralement que de petites pièces à fondre, qu'il moule le plus souvent en massif, et par conséquent sans noyau. INIême dans ses plus grands ouvrages, il n'exécute à la fonte que les parties en ronde bosse, qui sont ordinairement de dimensions réduites, et il n'hésite ])as à diviser en plusieurs fragments les morceaux vastes ou compliqués.
En outre, comme il serait long et coûteux de confectionner pour chacun de ces fragments une chape spéciale, et de procéder pour chacun d'eux à une fonte particulière, on
en réunit un cerlain nombre dans un même cadre garni de terre convenablement préparée. On les dispose dans ce cadre, en ayant soin de les faire rayonner autour d'un rouleau de bois chargé de ménager le chemin du maître jet. On établit également des communications entre eux de façon à favoriser par des yefs de traverses la transmission rapide du métal
Fig. IT- — Flambc.iii inonU'.
Fig. 18. — Diverses parties du flambeau. — A, binot. — B, bobùche. — C, collet.
D,tige. — E, collet du pied. — F,
pied. — G, suagc ou doucine.
dans toutes les parties du moule; puis on remplit de sable le cadre des châssis, et on le presse dans tous les sens jusqu'à ce qu'il soit parfaitement compact, en ayant soin que les divers modèles ne soient engagés que jusqu'à leur moitié. Cela fait, on établit la contre-partie de ce premier travail, ce qui s'exécute de la façon suivante. On prend un second châssis en tout pareil au premier et qui s'adapte à celui-ci à l'aide de chevilles pénétrant dans des trous exactement repérés. On place ce second châssis sur le pre-
mier, et on le charge de sable. Celte opération achevée, on sépare les deux cadres, pour rectifier, s'il y a lieu, les jets de communication et la marche du maître jet, lequel doit toujours aboutir à l'ouverture des châssis. On retire les objets, on fait légèrement chauffer la terre pour chasser l'humidité c^ui pourrait y rester. On soumet les empreintes à la fumée d'un flambeau de poix-résine pour empêcher l'adhérence. Ensuite on réunit de nouveau les deux cadres au moyen des chevilles dont il a été parlé; on les sei-re à l'aide d'une presse à vis et l'on verse le métal en fusion, en prenant bien garde de s'arrêter juste au moment où l'ouverture du maître jet se trouve remplie. Après cela on n'a plus qu'à laisser suffisamment refroidir, ])uis on brise le moule et l'on en sort les objets.
Tl s'en manque de beaucoup, à ce moment, que les pièces fondues soient en état d'être utilisées. D'abord il faut les détacher des Jets auxquels elles adhèrent, enlever les couturcs, c'est-à-dire les légères saillies laissées par les points de jonction du moule, mettre à vif le métal en faisant délicatement disparaître , à laide de grattoirs et de rifloirs , la couche d'oxydation produite par la fusion. Si la pièce est faite de plusieurs fragments soudés, il faut que la ragréure rende invisibles les points d'assemblage que présentent les morceaux réunis. Enfin, comme l'or et l'argent, métaux moins malléables que le bronze, ne s'imprègnent pas toujours suffisamment des finesses et des délicatesses du moule qui les reçoit; comme ils gardent souvent, après la fonte, une certaine mollesse de contours, il s'agit de leur imprimer la nervosité et l'accent qu'ils n'ont point su prendre, et de leur donner en même temps le ])récieux et le fini auxquels ils ont droit.
Ces différentes opérations relèvent du ciseleur.