FONTE
Les métaux j)récieux que l'orfèvre met en œuvre, peuvent se traiter de différentes manières. On les sculpte dans la masse, on les fond, on les forge, on les repousse. Forgées, repoussées, fondues ou prises dans la masse, toutes les pièces d'orfèvrerie sont achevées à l'aide de limes plus ou moins douces, de rifloirs, de gouges, de molettes, de matoirs, de ciseaux, de burins et de ciselets, puis, une fois terminées, elles sont, s'il y a lieu, brunies ou [)olies.
De toutes ces façons, la moins couraunuent employée est \a prise clans la niasse. Elle ne convient guère que pour de ])etites pièces, — ■ comme les clefs, cachets, ponnneaux, boutons, targettes, etc., — encore faut-il que ces menus objets ne soient exécutés qu'à un seul exemplaire. L'or et l'argent, en effet, se fondent avec une facilité assez grande pour que, voulant obtenir une pièce un peu vaste, ou si l'on doit eu tirer plusieurs épreuves, on ait avantage à confectionner un modèle, à le mouler en sable, à le fondre, quitte ensuite à le réparer et à l'achever avec tout le soin désirable.
Quand l'artiste a des raisons spéciales j)0ur prendre sa ])ièce dans la masse, il commence par forger un petit lingot de dimensions convenables (voir lig. 3); puis il le dégrossit au tour, a])at au ciseau les j)arties inutiles, et finalement, à l'aide de gouges, de burins, d'agneltes , de grattoirs, c'est-à-dire avec tout un arsenal d'outils coupants et trem |)és, il incise, découpe, creuse, sculpte le métal, comme il sculpterait toute autre matière iluctile et résistante. La
seule particularité qu'offre son travail, c'est qu'au lieu de pousser ses gouges et ses burins directement à la main, il les conduit toujours au marteau, et enlève à petits coups redoublés les copeaux de métal. Une fois la forme définitive donnée à l'objet par le tranchant de l'outil, il reprend, pour achever son œuvre, ses instruments habituels. Cette façon de travailler l'or et l'argent peut être tenue non seulement ]iour délicate et difficile, mais encore ])our jiarticulièrement artistique. Celui qui prend dans la masse n'est plus, comme le ciseleur ordinaire, un artiste auxiliaire, uniquement chargé d'améliorer les ouvrages de l'orfèvre et de les amènera leur j)oint de perfection. C'est un créateur véritable. Il cesse d'être un simple décorateur, pour faire acte de statuaire (voir fig. 8 à 12j.
Avec la prise dans la pièce l'artiste fait également preuve d'une grande indépendance, qui exige des capacités spéciales. Cette nouvelle opération consiste à chainplever une surface métallique, c'est-à-dire à enlever le champ, ou mieux à en abaisser le fond de manière que le dessin qu'on veut représenter s'en détache en saillie et forme une sorte de bas-relief. Supposons, par exemple, qu'on veuille entourer un médaillon obtenu au repoussé, d'un cadre décoré par une suite de rinceaux, de chiffres, d'emblèmes, d'armoiries. Après avoir décalqué son dessin, l'artiste réserve avec soin les ornements qui doivent faire saillie et enlève au burin, à l'échoppe, à la gouge, à l'agnette, la matière sur tous les points destinés à constituer le fond. Ce que nous disons d'un encadrement s'applique également (nos figures 13 à 16 le prouvent) à un étui, à un pommeau, etc. Parfois, dans ce genre d'ouvrage, le ciseleur s'aide de la morsure à l'eau-forte ; mais quand il est absolument maître de sa main et de ses ])rocédés, il attaque le métal directement, conduisant l'outil avec son marteau, détachant bravement les parties qui doivent disparaître; et le travail exécuté avec cette vaillance offre toujours une hardiesse.