‹ L'orfèvrerieChapitre 17 sur 40 · Grammaire des arts décoratifs, p · texte numérisé non relu

Grammaire des arts décoratifs, p

assez considérable d'exemplaires. Or, autant la consommation de l'argenterie ordinaire est importante, autant est rare l'acquisition des pièces qui sortent du courant. Cela est si vrai, que certains des i)rocédés que nous venons de décrire n'ont guère été usités jusqu'à présent, en France, que dans l'orfèvrerie d'imitation , la vente des pièces en métal précieux étant, dans la plupart des cas, insuffisante pour permettre aux fabricants l'installation d'un outillage très compliqué, par conséquent fort coûteux, et dont le bon fonctionnement comporte, en outre, une mise en train particulièrement longue.

Toutes les opérations dont nous nous sommes occupé jusqu'à présent ont pour objet de donner aux métaux précieux les différentes formes qui conviennent le mieux aux emplois pour lesquels on les réserve. Nous allons, dans le ])rochain cbapitre, passer en revue les principaux de ces emplois, et dire quelles sont les lois fondamentales auxquelles les foi'mes des pièces d'orfèvrerie doivent répondre pour être à la fois agréables et commodes.

Fig. 75. — Planeur dressant le marli d'un plat, d'après une gravure de l'Encyclopédie.

DES EMPLOIS POUR LESQUELS LES METAUX PRECIEUX SONT PLUS SPÉCIALEMENT RÉSERVES, ET DES RÈGLES QUE DOI- VENT OBSERVER LES ORFÈVRES DANS LE CHOIX ET LA DISPOSITION DES FORMES A DONNER A LEURS OUVRAGES.

Les qualités spéciales que nous avons énumérées dans nos deux premiers chapitres feraient employer l'or et l'argent à la confection d'un nomjjre incalculable d'objets mo- ])iliers, si la rareté de ces deux métaux et leur prix élevé n'obligeaient ceux qui les mettent en œuvre à les réserver })resque exclusivement pour un certain nombre d'usages auxquels ils conviennent d'une façon toute particulière. Nos lecteurs savent qu'il n'en fut pas toujours ainsi. Durant tout le moyen âge, et à des époques plus récentes, — au xvii*' siècle notamment, — lorsque Louis XIV s'eilbrçait d'éblouir le monde par sa magnificence, on vit à Paris et à Versailles des ameublements entiers exécutés eu argent et en vermeil. Tables, cana])és, fauteuils, torchères, guéridons, balustrades en argent, ornaient les appartements de celui qui se faisait appeler fastueusement le Grand Roi. Six millions avaient été consacrés à cette magnifique folie. Aux années sombres de ce long règne, toutes ces éblouissantes richesses durent prendre le chemin de la Monnaie, et l'on ne devait plus jamais revoir un luxe pareil. De nos jours, en effet, on est devenu plus modeste. Bien que les métaux précieux soient infiniment plus abondants qu'ils n'ont jamais été, leur emploi se trouve en quelque sorte spécialisé, et l'habileté des orfèvres n'a plus à s'exercer sur un champ aussi vaste '.

1. Ijcs seuls iaoiil)los oxc''ciili''s en (irrfvi'ci'ic daiis la sccoiulo moitié du XIX" siècle, donl on ail f,'-ar<lé le souvenir, sont : le l)ercoau od'ei't au priiu'C inijxh'ial par la Ville de Paris cl que celle-ci avait commandé

Le })rincipal usage mobilier i)Oui' lequel, en notre temps, on utilise lor et l'argent, est le service de la table. Encore le premier de ces deux métaux n'y est-il employé qu'à l'état d'exception, et c'est à l'argent seul qu'incombe cette mission relativement considérable. Ce service, en effet, comprend non seulement les plats, les assiettes, les couverts, les légumiers, les soupières et autres vases d'usage, pour la confection desquels tout autre métal, moins sain et plus facilement oxydable, n'offrirait ni la même sécurité ni autant d'agrément ; il embrasse encore toutes les pièces de décoration qui sont la parure de nos repas : les candélabres, les huiliers, les salières, les assiettes montées, les porte-carafes et enfin les surtouts, c'est-à-dire un ensemble d'objets qui peuvent revêtir parfois des proportions monumentales. On a conservé le souvenir de services exécutés ])ar les grands orfèvres du xvii*^ et du xyiii*^ siècle, par les Ballin, les Loir, les de Villers, les Delaunay, les Roettiers, les Germain, qui constituaient des décorations d'une ampleur et d'une magnificence incomparables. Les plus grands dessinateurs du temps furent mis à contribution j)Our la composition de ces monuments d'orfèvrerie, et l'on peut admirer sans réserve ceux dont Meissonnier nous a laissé les fastueux modèles. En notre siècle, le surtout du duc d'Orléans, modelé par Barye ; celui de l'empereur Napoléon III, exécuté par une légion de sculpteurs émérites dirigés par Gilbert ; le surtout de M. Petin, exposé en 1867 par M. Odiot, et celui de M. Isaac Pereire, envoyé à la même Exposition par INI. Froment-lNIeurice ; celui du duc de Santonia, dessiné par Reiber, modelé par Mathurin Moreau et par Mercié, et orfèvre par MM. Christofle et C'^, sont éga-

à Froment-Meurice, et la jardiniôro à fig-ures de satyres que M. Duponchel exposa en 1867. Même en ajoutant à ces pièces exceptionnelles Les beaux vases repoussés par Vechte. et les prix de course ciselés par les frères Fannière, on voit que noti'c temps est resté très en arrière sur le mobilier du Grand Roi.

lement dignes d'èlrcs comptés au nombre des ouvrages les plus considérables et les plus artistiques qu'ait produits notre orfèvrerie nationale.

Après le service de la table, il faut mentionner les garni- Jurés de toilette, qui ont pareillement fourni aux artistes du x\u^ et du wiii*^ siècle le thème de compositions exquises. Nous avons par les Inventaires royaux la description des toilettes en or massif dont Anne d'Autriche et Louis XIV

Siirtciiit eu orrévrcrie (.Icssiuc par Meissouuier.

firent usage. Le Mercure de décembre 1G97 consacre un long article à celles que le Grand Roi fit exécuter pour le ■duc et la duchesse de Bourgogne, par le célèbre Delaunay. l^e Mercure de septembre 1726 décrit pareillement celle de; la reine Marie Leckzinska, chef-d'œuvre de François-Thomas Germain, alors dans la plénitude de son talent et parvenu au comble de la réputation. Barbier, dans son JourjKil ' , nous ajjjjrend que lors de la refonte de 1759, la toilette delà Daui)hine fut seule é[)argnée par ordre spécial du roi, à cause de sa haute valeur artistique. On n'en finirait pas, du reste, si l'on voulait j)asscr la revue de toutes les gar-

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