‹ L'orfèvrerieChapitre 20 sur 40 · oil• notre volume sur la Menuiserie, p. 93 et suiv · texte numérisé non relu

oil• notre volume sur la Menuiserie, p. 93 et suiv

). — Buire composée par le Brun.

(le même natui'e. Or, |)ar une de ces coïncidences qui montrent, une fois de plus, comment les divers arts de l'ameublement obéissent à des règles identiques, il se trouve que. les résultats fournis par cette étude peuvent s'adapter précisément aux pièces d'orfèvrerie. Supposons qu'on nous demande d'établir les dimensions normales que doit présenter le pied d'un vase ovoïde, de modèle classique, dont l'extrême largeur est figurée par l'horizontale AB et la hauteur par la verticale CD (fig. 81^. Pour obtenir le résul-

tat cherché, il nous suffira de diviser la partie de la ligne CD qui se trouve 'au-dessous du grand diamètre AB, c'est-àdire la fraction CO, en cinq parties égales, et de faire passer deux diagonales tirées des points A et B par la seconde de ces cinq divisions. Ces deux lignes, en couj)ant le sol aux points S et S', nous fourniront la largeur normale de la base demandée, laquelle conq)rendi'a toujours les deux tiers de la ligne AB, autrement dit du gi'and diamèlre.

Une série de cotes pointées que nous avons iuli'oduitcs dans nos figures 82 et 83 montrent, en ell'et, que les i)roportions révélées par notre calcul ne concernent pas seulement les vases ovoïdes de forme classique, mais encore

les coupes à boire d'un galbe tout différent, et qu'elles fournissent aussi un résultat satisfaisant lorsqu'il s'agit d'aiguières ou de gobelets. Si, au lieu d'un vase élancé, nous avions à déterminer le pieii d'un vase trapu, le problème s'établirait de même et sa solution ne serait pas différente. Comme conclusion de ce qui précède, on peut donc déclarer que la base d'un vase, pour satisfaire aux lois de l'aplomb et de la solidité, doit com[)orter comme largeur les deux tiers au moins du plus grand diamètre de ce vase.

Il demeure entendu que cette proportion n'est qu'un minimum. Si, comme contrôle, nous mesurons un certain nombre de vases anciens ou modernes, qu'on peut avec raison considérer comme des types d'élégance et de bonne construction, nous verrons que cette relation des 2/3, indiquée par nos précédentes figures , est presque toujours dépassée. Réduisant, pour plus de commodité, nos mensurations à un coefficient commun , nous trouverons que l'admirable aiguière de Briot que possède notre musée du Louvre comporte les proportions 84/108 ; que le joli pot à eau de Germain que nous reproduisons lîg.i20i nous donne 81/108, et que ce même chiffre, particularité curieuse, nous est fourni par le beau vase de Vechte, représentant la Paix (voir fîg. 122). Ces diverses pièces, qui peuvent prétendre avec raison au titre de modèles , dépassent donc sensiblement les chiffres que nous avons indiqués et qui, réduits à notre nouveau coefficient , sont seulement de 72/108. Seule, la grande buire de le Brun, dont nous avons constaté les proportions fâcheuses, entraînant un manque de stabilité très apparent, présente 54/108. On voit que, <lans ce premier cas, la théorie et la pratique donnent des résultats concordants, et que les exigences de l'œil sont d'accord avec celles de la géométrie*.

1. Le Brun, dans la composition de cette énorme buire, n'est peutêtre pas aussi répréhensible qu'il le parait. Il peut s'autoriser de 1 exemple de Serlio [loco cit.), qui donne à certains modèles de vases

INIais l'aplomb des pièces d'orfèvrerie ne dépend pas uniquement de leur structure générale. Il peut être modifié, dans une large mesure, par l'adjonction de parties complémentaires. La plupart des vases comportent un certain nombre de membres utiles, parfois même indispensables, qui viennent se greffer sur le corps principal, et dont les formes, les dimensions, et jusqu'à la place, sont réglées par le besoin ou par l'usage. Dans ce cas, l'œil doit montrer quelque condescendance pour ces exigences de construction, car l'utilité dans les pièces dont on se sert journellement, ne peut être entièrement subordonnée à l'agrément. L'œil, du reste, quand leur nécessité est bien démontrée, prend assez vite son pai'ti de ces dérogations toujours regrettables. C'est ainsi qu'il songe à peine à protester contre ces poignées droites en ébène qu'on fixe à la panse des cafetières ou d^s chocolatières, et dont l'aspect ne laisse pas que d'être singulièrement disgracieux. L'extrême commodité de ces appendices, et la ))récaulion qu'on a de les faire en bois , pour bien éta- Idir leur légèreté spécifique, les font accepter cependant presque sans résistance; mais chaque fois que cela lui est possible, l'orfèvre soigneux ne manque pas d'établir entre les parties accessoires qui accompagnent le

1111 d<''Vfl(ii)])ciiieiil dopiofl ;ibsoliiiiiciil insiillisaiil (voir li^^ il'J ;. .M;iis il importa de remarquer que les vases dessinés par Serlio apparliennenl à l'architeeture, sont immobilisés par destination et n'ont rien à dcnii-ler avei' l'orrévrorie.

corps de ses ouvrages, une sorte d'équilibre qui rassure l'esprit.

Ces précautions sont surtout à prendre dans la composition et l'établissement des objets de décoration. C'est ainsi que quantité de vases, au lieu d'une seule anse qui suffirait à leur maniement, en reçoivent souvent deux qui se font contrepoids, ou lorsqu'ils nen peuvent comporter

(piune, l'orfèvre s'arrange de façon que cette anse unique ne vienne pas détruire l'aplomb apparent de sa forme générale.

Tout en lui conservant la force et la solidité nécessaires pour que le vase soit aisément ma- * niable, et l'épaisseur indispensable pour qu'elle puisse 3 être facilement saisie, il prend soin d'en alléger autant que l)ossible le galbe, afin que son poids apparent ne menace pas d'entraîner la masse principale. En outre, il s'applique à la développer en hauteur, de telle sorte qu'elle ne déborde l)as le prolongement d'une ligne idéale joignant le grand diamètre du vase à l'extrémité de son pied. De cette façon la figure entière — ainsi que le démontre la buire que nous présentons sous le n" 84 — se trouve inscrite dans un cône tronqué et renversé, dont les projjortions sagement calculées satisfont à la fois les yeux et la logique.

Ajoutons que ces lois d'équilibre et de pondération ne concernent pas uniquement les vases. Elles revêtent un caractère essentiellement général, et ti'ouvent leur application dans la construction des pièces d'orfèvrerie les plus

Fig. 85. — Diagramme d'un candélabre.

variées. Pour les candélabres, par exemple, il importe beaucoup qu'ils offrent, eux aussi, une assiette très solide. Rien n'est plus inquiétant ni plus désagréable que la contemplation d'un groupe de lumières reposant sur une base insuffisante ou dé|)ourvue d'aplomb, et qui menace perpétuellement de s'écrouler. Le problème posé par ces sortes d'objets, étant de même nature que le jirécédent, se trouve résolu par les mêmes formules, et nous pouvons facilement dresser un diagramme (voir fig. 85) qui convienne non seulement aux luminaires dont il est ici question, mais encore à toute espèce de meubles similaires. Que nous dit cette figure ? Que la base , pour satisfaire aux lois que nous avons établies, doit re|)résenter au moins les deux tiers de l'écartement total des brandies, et que le dévelo[)pement des lumières doit rester en dedans d'un arc de cercle comprenant l'écartement des branches comme diamètre. Un beau candélabre exécuté par M. Odiot et envoyé ])ar lui à l'Exposition de i878, où il fut justement admiré, montre que ces ])roportions sont absolument .satisfaisantes (voir fig. 80).

Enfin, pour en terminer av<>c ectlc partie de notre étude, il nous faut encore dire un mol d'un objet d'orfèvrerie couramment fabriqué, et qui se ])résente sous un aspect sensiblement (liffch'ent de ceux dont nous venons (b» parler. Il s'agit <b's chandeliers qui, se dressant verticalement sur un [)i<'(l |)lus ou moins (b'-vcloppc', sont l)i('n loin, eux aussi,

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