‹ L'orfèvrerieChapitre 30 sur 40 · llist. Franc. Script., tome IV, p · texte numérisé non relu

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des mœurs du temps, cjui lui lit i-csliluer au roi l'excédent d'or qu'il n'avait pas employé, nous apprennent fpi'il ])ossédait non seulement une exceptionnelle probit('', mais encore la pratique toujours délicate des alliages ^ Eloi peut donc être considéré connue un orfèvre de premier mérite pour son temps. Néanmoins il ne paraît pas que cet artiste — si considérable qu'il ait été — ait osé rompre avec les formules ornementales que les Francs vainqueurs avaient imposées à la Gaule réduite et soumise.

Il n'y a pas de présomption, en effet, qu'il exécuta non pas une figure humaine en ronde bosse, un buste, une statue, mais même des vases, des croix, des châsses, ornés de basreliefs représentant des animaux ou des j^ersonnages ; et les rares gravures qui nous sont offertes comme images authentiques de certaines de ses œuvres, nous montrent des pièces d'un galbe assurénuMit gracieux, mais très simple et li*ès primitif, ornées de cabochons et d'ara])esques de filigrane, mêlées de plaquettes d'or estampées au marteau, et uniquement décorées de dessins géométriques (voir lig. lO.'J). Ce système de décoration, au surplus, était appelé à demeurer en honneur encore pendant plusieurs siècles, et peut-être saint Kloi dut-il son étonnante célébrité

1^ 10 — (il nul 01 1 I (l(<<)i(L tlo liliyiaui'i .lUriljuoc .1 bciiiit Eloi.

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1. L;ibartc, Ilisloirc des arts inJtisiricls, tome I", p. I'l'i.

LORFEYRERIE

à ce fait qu'il sut amener ce genre de décor à un point de perfection relative.

C'est, en effet, cette même ornementation, cette même association de filigrane d'or et de pierres précieuses que nous retrouvons sous les Carlovingiens et jusque sous les descendants directs de Hugues Capet. La couronne du roi wisigolh Recesvinthe, décédé en G72, c'est-à-dire juste treize ans après la mort de saint Eloi ; la couronne de Charlemagne, conservée au trésor impérial de Vienne; le livre de prières connu sous le nom de Bible de Charles le Chauve, et la reliure des quatre évangiles à l'usage de Metz que possède notre Bibliothèque nationale; ceux des objets du trésor si curieux de Conques l'Aveyroni qui remontent aux temps les plus lointains ; le calice dit de saint Ptemi , qui , après avoir longtemps séjourné au Cabinet des médailles , •v*^^^ fut restitué en 1861 à la cathédrale de

1^1 Reims; le joli vase en verre grenelé

^ qui provient de Suger et qu'on peut

Fis. 104. — Couronne ti.i admirer dans la galerie d'Apollon; touroi wisigoth Rcccsvin- ^^^ ^^^ i)ièces , ])ien que la i)lupart

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soient très postérieures à saint Eloi et embrassent, comme fabrication, un espace de près de quatre cents ans, demeurent fidèles à cette ornementation d'une magnificence un peu primitive, mais cependant délicate et surtout caractéristique.

Toutefois, dès le règne de Charlemagne, prince artiste s'il en fut et dont les capitulaires ordonnaient la création d'ateliers d'orfèvrerie dans toutes les juridictions de l'Em-

pire, un fait considérable s'était produit. Aux cabochons dont avaient été décorées jusque-là les pièces d'orfèvrerie, on avait substitué des camées antiques, des plaquettes d'ivoire sculptées de bas-reliefs, et des émaux byzantins. Ainsi la représentation humaine avait trouvé place de nouveau dans les œuvres des orfèvres, et ceux-ci, entraînés par une pente naturelle, allaient peu à peu cesser de s'attarder

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Fig. 105. — Couiic ililo des PIoK-iuih's. (cAui.Mir Di:s .micd.villes.)

dans la combinaison forcément monotone des lignes géométriques, pour associer, dans leurs compositions ingénieuses, l'observation de la nature aux grandes lignes de la décoration. L'orfèvrerie, en accomplissant cette évolution intelligente, ne faisait, au surplus, que se conformer à la marche suivie parles autres arts. Le beau vase gravé qui porte le nom de coupe des Ptolémées, et dont le hanap antique est complété par une monture carlovingienne, montre le point de départ de cette féconde transformation,

dont la fin est marquée pai' le magnifique vase de porphyre converti en vautour (voir fig. 1) qui provient de Suger et qu'on peut admirer au Louvre.

Mais avant darriver à ce grand abbé, qui, ministre de deux rois, a brillé au moins autant comme homme d'Etat que comme prêtre , il nous faut mentionner les noms d'un certain nombre d'hommes d'église qui se sont vivement intéressés aux progrès de l'orfèvrerie : ceux des évoques Aaron, Iléribald et Hincraar ; ceux encore du Inenheureux Perpetuus , d'Angilbert, abl)é de Saint-Riccjuier, et d'Ansegise, abbé de Saint-Vandrille, tous grands amateurs de belles croix et de riches ciboires. On peut également citer, d'après Augustin Thierry, deux orfèvi'es du nom d'Othon qui l'un et l'autre habitaient la Normandie, et emprunter à jNI. Labarte les noms de trois orfèvres français : Odulphus, Bernelinus et Bernuinus, qui furent, le premier moine de Saint -Ricquier, les deux autres chanoines de Sens. Malheureusement rien n'est demeuré des ouvrages commandés par ces prélats ou exécutés par ces artistes; et antérieurement à Suger, le seul personnage religieux dont c[uelques souvenirs soient parvenus jusqu'à nous est Bégon , dont l'abbaye de Conques possède un certain nombre de cadeaux, parmi lesquels il faut surtout admirer une statue en or de sainte Foy, haute de 0™,85, doul)Iement précieuse par la beauté du travail et par son extrême rareté. Quant aux autres ouvrages d'orfèvrerie si nombreux en ces temps lointains , si considérables, si magnifiques, ils ont, hélas ! disparu.

Nous citions tout à l'heure les deux vases provenant de Suger que possède le Louvre. Certes ce sont là des morceaux d'un immense intérêt, et pour nous d'une valeur inestimable ; mais leur importance est bien minime si on les compare aux merveilleux objets en métal précieux que cet abbé ministre fit fabriquer pour sa basilique préférée, et

dont létonnante somptuosité provoqua les sévères admonestations de saint Bernard. Les plus importantes de ces orfèvreries superbes furent impitoyablement détruites. Le tom])eau de saint Denis et la châsse qui l'enveloppait, véritable chef-d'œuvre des disciples de saint Eloi, dont la description n'occupait pas moins de douze folios dans un Inventaire de l'abbaye de Saint-Denis dressé au XV® siècle ; la grande croix d'or <lont Suger avait orné ce même sanctuaire, et dont le pape était venu eu personne effectuer la dédicace; des retables entiers, des tableaux d'or et d'argent, cent ouvrages qui seraient pour nous sans prix, furent depuis lors anéantis. Eugène III avait cependant fulminé une sentence d excommunication contre tout individu cpii oserait détourner ces précieux joyaux de leur destination sacrée. « Cette mesure comminatoire fut longtemps respectée, écrit M. de Lasteyrie ; au milieu même des guerres de religion, elle eut la puissance d'arrêter

les bras des hérétiques. Il était ré- nelO provenant <lo Suger. (OA-

sei'vé aux plus fougueux catholiques lerie dapollox.) de l'enfi-eindre les premiers. Ce furent les ligueurs, sous la conduite du duc de Nemours, qui mirent les premiers la main sur ces richesses jusque-là épargnées, et sur Ijeaucoup d'autres objets non moins dignes de respect '. »

Et ce n'est pas seulement la basilique de Saint-Denis qui fut ainsi mise au pillage. Tous les beaux et précieux ouvrages dont Maurice de Sully, évêque de Paris, Ger-

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