LA PERIODE OGIVALE
Avec le xiii^ siècle s'ouvre une époque glorieuse et féconde pour l'orfèvrerie française. Cet épanouissement n'eut -pas pour cause unique un redoublement dans l'affection immodérée que la noblesse et le clergé avaient antérieurement marquée pour les métaux précieux et pour leur traduction en beaux ouvrages. Une recrudescence de ce genre n'était guère possible. Un moment, il est vrai, les sombres ^pprébensions de l'an 1000 avaient attiédi quelque peu et relégué au second plan cet amour désordonné des argenteries magnifiques. INIais, la date fatale une fois passée, les •craintes s'étaient évanouies; le monde s'était senti renaître à l'espérance , et l'invincible jiassion avait repris de plus belle. Si le moindre doute pouvait exister sur le goût excessif de nos ancêtres du xi* et du xii^ siècle pour les brillantes orfèvreries, la littérature du temps suffirait à le lever. Chansons de geste, romans, chroniques, tous les poèmes, tous les récits relatifs à cette lointaine période de notre histoire , prennent , par la précision des détails, l'importance et la netteté d'une déposition. Le Roman de Bcrthe aux grands pieds, la Chronique riinc'e de Philippe Mouskes, le Roman du chevalier au cygne, celui de Godefroicl de Bouillon, la. gracieuse Histoire de Floire et Blancheflor, etc., non seulement attestent cette persistante tendresse, mais fournissent même sur le bel art que nous étudions des renseignements instructifs.
Comme preuve des révélations curieuses que nous offrent ■certains de ces textes, un peu trop négligés des historiens
spéciaux, on pourrait citer, rien que dans cette dernière Instoirc, une centaine de vers consacrés à la description d'une
... chièrc coupe d'or Qui fut emblée du trésor Au riche cniperéour de Rome.
Détaillant les scènes relatives à la guerre de Troie représentées à l'entour de ce joyau, l'auteur nous révèle indirectement l'importance considérable que, durant le xiii** et le xiv*^ siècle, les émaux translucides appliqués sur bassetaille prirent dans l'orfèvrerie de service. Un autre passage de ce gracieux roman nous apprend que la tombe de Blancheflor, exécutée par de « boins orfèvres bien sachans «, fut.
... moult bieu ovrée D'or et d'argent et néellée,
et prouve ainsi renq:)loi courant des nielles pour la décoration des plus vastes ouvrages. Dans le Roman du chevalier au cygne, à peine la reine Matabrune a-t-elle pu s'eml)arer des chaînes qui ornaient le col de ses petits -fils,, ([u'elle envoie chercher « ung orfèvre qui esloit boin ouvrier »,
Et 11 dist : « Allez moy une couppe l'orgier Et le me raportès, puis ares vo loyer. »
Et la façon familière dont cette commande est donnée non seulement nous renseigne sur les rapports qui existaient alors entre les plus grands princes et les orfèvres, mais nous dénonce surtout l'empressement singulier qu'on apportait à faire traduire en vases, en coupes, en drageoirs, toutes les matières d'or et d'argent dont on pouvait se saisir. L'orfèvrerie, en effet, à ces lointaines époques et, du reste, pendant tout le moyen âge, joua un rôle politique et social qu'elle a perdu depuis. « C'était tout l'avoir des rois, des pi'inces, des seigneurs, éci'it avec beaucoup de raison M. de Jjal)()r(b^ '. Ce qu(i nous |)la<;ons <huis les fonds pu-