‹ L'orfèvrerieChapitre 34 sur 40 · A l'article Orfèvrerie, p · texte numérisé non relu

A l'article Orfèvrerie, p

tement la Renaissance tlavoii' « donné l'exemple d'abnser de la figure humaine et d'en avoir fait l'ornement principal, le plus voyant, le plus saillant de toute chose «. L'accusalion est singulière. Au moment où la Renaissance commença de faire sentir ses effets, la statuaire, depuis plus de deux siècles, avait pris jiossession des métaux précieux, et régnait en maîtresse dans les ateliers d'orfèvrerie. Non seulement les représentations de saints personnages ou de héros trouvaient un emploi fréquent dans l'ordonnance des châsses, des relicjuaires, des croix, comme on peut le voir par la belle croix du trésor de Râle, par le reliquaire de la vraie croix de Jaucourt, ou encore par le ])récieux tript3'C[ue en or appartenant au baron de Rothschild f{ue nous r(^j)roduisons ici (fig. 109) ; mais encore, dans l'orfèvrerie civile aussi bien que dans l'orfèvrerie religieuse , elles jouaient un rôle important en tant que statuettes isoh'es. Dans la parure des sanctuaires, les anges '^^

notamment tenaient une i)Iace con- t.- .,, ^j- ,,. ,

I big. 111. — Vierge ollortc par

sidérable. Ces créations gracieuses, .Tcamio d'Évrcux à l'abbaye

, . , , . , . (Il' Saiiit-Di'uis.

avec leur sexe indécis et leur jeunesse éternelle, se prêtaient admirablement à l'interprétation à la fois na'ive et poétique de ces artistes croyants et émus. Puis venait la douce Vierge Marie poi'hinl son enfant dans ses bras, connue dans celle délicieuse slaluelUî qu'on admire au Louvr»; et qui fui, en l.'i4^j, offerte par Jeanne d'Evi'eux à l'abbaye de Saint-Denis, l^nsuile c'est toute la légion des saints. Rien que dans Vl/n'c/iUiire du duc Louis d'Anjou (1308), nous avons relevé les images de saint

Jean-Baptiste, de saint Pierre, de saint Louis, de saint Jacques, de saint Nicolas, de saint Guillaume, de saint Laurent, de saint Martin, de saint Yves, de saint Marc, de saint Eustache, de sainte Marthe, de la Madeleine, etc. Quelques-unes y figurent même en doubles et en triples exemj)laires. Ajoutez aux statuettes les bustes pi'esque aussi nombreux et singulièrement riches : celui de saint Bernard, fabriqué en 13.34 jiour recevoir le chef du grand abbé de Clairvaux; ceux de saint Pliilipi)e et de saint Jean-Baptiste, donnés par le duc de Berry à la cathédi'ale de Paris et à la sainte Chapelle de Bourges. Parfois, au lieu d'un i)ersonnage, l'orfèvre en réunissait trois ou quatre et composait de vérital)les scènes expressives. En 13G8, Charles V enrichissait la basilique de Saint-Denis dun groupe en argent doré où il était représenté, aux ])ieds de la Madeleine, avec la reine sa femme et son fils le Dauphin. Christine de Pisan nous apprend que ce même prince offrit à l'empereur son oncle, lors de son voyage à Paris, des flacons « où estoit ligure en ymages enlevez comment saint Jaques monstroit à saint Charlemaine le chemin en Espaigne )). Enfin, on peut contempler encore à Altœting, en Bavière, un groupe comprenant neuf personnages parmi lesquels Charles VI en adoration devant la Vierge Marie, abritée sous un berceau de roses, couronnée par des anges, pendant qu'un page pox'te le heaume du roi et qu'à l'étage au-dessous un écuyer tient son cheval. On voit ce que deviennent, en présence de ces constatations, les objurgations de M. Charles Blanc.

Les personnages ne jouaient pas un rôle moins important dans la décoration de l'orfèvrerie d'usage, et la fantaisie, qui dans la vaisselle de service pouvait se donner libre allure, ne manquait pas d imprimer à ces curieuses compositions un caractère pittoresque et divertissant. Soit qu'il s'appliquât à représenter des petites scènes de mœurs.^ comme dans ce surtout figurant « un brouète séant sur un

pié cizeld' à fueilles de vigiic... et y au un des bouz un home qui maiue ladite brouète, qui a les pans à la ceinture et sou chaperon en fourure... et devant a une femme qui en sa main destre tient la brouète et en la senestre tient une hache danoise et a un chaperon d'une vielle, lequel chaperon est à la mode de Picardie », etc.; soit cpi'en veine de satire il s'amusât, au contraire, à combiner de grotescjues ada|>tations; c|u'il figurât « un singe d'argent doré... lequel singe a une mittre d'évesque en la teste », ou « une royne enmantelée... à chevauchons surdos d'une beste sauvaiffe

qui a teste et mains d'omme » ; dans tous ses ouvrages l'orfèvre demeurait original et charmant.

L'étonnante malléabilité du métal lui permettait, en effet, de renchérir encore sur l'idéal jioursuivi par les sculpteurs ses contemporains. En outre, il était, à leur suite, entré dans des voies qu'on peut qualifier d'humaines. Ses figures, prenant une expression de plus en plus personnelle, s'étaient rapprochées progressivement de la nature. Les poses s'étaient assouplies; les attitudes, plus variées, avaient été étudiées sur le vif; les gestes, enfin, avaient pris une vérité attendrie, et les visages une expression pleine d'un sentiment profond d'émotion contenue.

Aussi, semblable à une fleur épanouie sur un champ de ])ataille, cet art jeune et puissant, charmant et robuste, qu'on appelle ini|)roprement « l'art gothique » et que les maîtres de la Renaissance mieux inspirés ncnumaient « l'art français », s'était développé et avait grandi au milieu des péripéties les plus terribles de notre histoire, et, i-adieux comme un symbole, il avait éclairé de ses gracieuses créations le monde féodal, dont il devait demeurer l'expression à la fois la [)lus riche et la plus charmaul(\

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