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•eut achevé de conquérir le trône de France, il ne restait presque plus rien de tant de merveilles, et il ne jiaiMÎt pas que son entourage direct, (oriné dans les canq)s, insti'iiil au culte des arts sur les chanq^s de bataille, ait été en ('-tat d'apprécier comme il le méritait un dommage pareil. Certes, les orfèvres que le galant Béarnais fit travailler de préférence, Albin de Carnoy, Jean Delahaye, Paul le Mercier, Jean Allain, Isaac et David de Vimont, Pierre Touset, etc., furent d'habiles gens ; mais il ne nous est demeuré d'eux au-
Fig. lie. — Aigiiiùru avec sou bassiu (ooiuiucncemciit du xvii" siècle).
cune œuvre capitale capable de lutter avec celles de leurs illustres prédécesseurs; et la jiassion de la joaillerie qui commença de régner à ce moment, suffirait, à défaut d'autres raisons, à expliquer la révolution essentiellement fâ- •cheuse qui se produisit alors dans l'orfèvrerie. La recherche de la somptuosité se substitua au goût des formes î'iégantes, délicates et pures.
Louis XIII, élevé au milieu de cette cour peu rafllnéc, instruit, ou, pour parler plus exactement, goin'cr/ie par ÙM"'° de Monglat et M. de Souvré, bien inca|)ables l'un et l'autre d'insuffler à leur élève des idées vraiment artistiques, ne paraît guère avoir exercé d'influence sur l'orfèvrerie de
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son temps. Il n'en fut pas de même d'Anne d'Autriche, et surtout de Louis XIV. Avec la fille de Philippe III, les idées espagnoles franchirent les Pyrénées et se taillèrent un vaste domaine dans nos arts et dans notre littérature. Elles s'implantèrent chez nous, juste au moment où la mise en exploitation régulière du nouveau monde faisait affluer en Espagne les métaux précieux importés par des flottes entières. Leur abondance était telle dans la péninsule, quon y faisait des mobiliers entiers en argent. Anne d'Autriche, qui, suivant un mot de M"^^ de Motteville, « ne prenoit plaisir qu'à ce qui lui rappeloit l'Espagne », ne pouvait manquer d'introduire chez nous ces modes somptueuses. Elle fut la première à posséder des tables, des guéridons, des balustres en métal ])récieux. Le cardinal de Mazarin, non moins épris de luxe coûteux, s'efforça de renchérir encore sur la prodigalité royale, et c'est dans ce double exemple qu'on doit chercher sans doute l'origine de cette magni- , ficence débordante et sans précédent, qui distingue la première moitié du règne de Louis XIV.
Nous ne pouvons guère aujourd'hui nous faire une idée bien précise de ce que put être, pendant cette ])ériode de trente ans (iG()0 à KJOO), l'orfèvrerie dont celui qui se faisait appeler le Gi'and Roi meubla, enrichit, décora le palais de Versailles et ses autres « maisons royales ». Jamais, dans les temps modei'nes, semblable profusion ne s'était rencontrée. Jamais on n'en devait revoir de pareille. Brancards d'argent portant des girandoles, caisses d'argent destinées à recevoir les orangers, et posées sur des bases de même métal, torchèx*es en vermeil surmontées d'énormes chandeliers d'argent, grands vases qu'on ne pouvait mouvoir c[u'à l'aide de brancards, foyers d'argent de deux pieds de haut, guéridons de six pieds, tables, garnitures de cheminée, lustres, encadrements, plaques, candélabres, etc., le palais de Versailles, dont la description détaillée nous est fournie par le Mercure d'avril 1681, possédait en métal pré-
deux un mobilier ])resque complet, sujet d'admiration et d'envie pour tous les souverains de l'Europe.
La plupart des pièces de réception regorgeaient de ces meubles superbes; mais c'était surtout l'appartement particulier du roi, celui où il résidait d'une façon constante, qui en était orné. Dans la salle du trône, on admirait un fauteuil d'orfèvrerie de huit pieds de haut, accompagné de scabelons d'argent portant des carreaux de velours, et des girandoles de même métal, hautes de |dus de six pieds. Dans la chambre à coucher, le lit était entouré d'une balustrade d'argent de deux pieds et demi de haut, sur lac|uelle étaient disposés huit superbes chandeliers d'orfèvrerie. Dans les angles, sur des escabeaux d'argent, étaient placées des cassolettes également d'argent, mesurant cinq pieds de hauteur. Les chenets en argent n'avaient pas moins de quatre pieds, et les cadres de miroir, aussi en argent, en comptaient neuf de haut... On n'en finirait pas si l'on voulait énumérer ces richesses fantastiques, où l'art le disputait comme prix à la matière. « Il n'y a point de morceau d'argenterie qui ne soit historié, ajoute le recueil contempox'ain auquel nous em- [iruntons ces détails. Des chandeliers représentent les douze mois de l'année. On a fait les saisons sur d'autres, et les travaux d'Hercule en composent une autre douzaine. Il en est de même du reste de l'argenterie. Tout a esté fait aux Gobelins et exécuté sur les dessins de M. le Brun. »
Ici le Mercure commet une erreur qu'il importe de rectifier. La pla])ai't des meubles incompara])lcs (pi'il décrit avaient bien été confectionnés d'après les croquis de le Brun, ou tout au moins sous son inspiration directe; mais nous savons les noms des orfèvres qui les exécutèrent, et le j)lus grand nombre d'entre eux ne dépendaient pas des Gobelins. L'illustre Claude Ballin, que A oltaire n hésite pas ù comjjrendre parmi les artistes les j)lus célèbres de ce lem|)s, et qui travailla avec Marcadé à ce que les Comptes des bast'uneiis ai)pellent les « grands ouvrages », Claude
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Ballin était logé au Louvre. C'est au Louvre également que demeuraient Gravet, auquel Louis XIV demanda sa belle nef d'or, et Thomas Merlin, qui livra à Versailles la plupart des bassins, des brancards et des vases dont on décora la o-rande galerie. Viaucourt, Gérard Débonnaire, du Teil, Guillaume Loir, René Cousinet, Verbeck, ancien fournisseur de Gaston d'Orléans, et aiirès lui sa veuve, lurent réo-ulièrement employés aux travaux de Versailles et des maisons rovales, et tous tenaient boutique au cœur même de Paris. Ces illustres artistes, dont les noms méritent d'être retenus , prirent à la décoration des appartements de Louis XIV une part au moins égale à celle que peuvent revendiquer Alexis Loir et de Vilers, qui seuls, à cette époque, avaient leurs ateliers sur les bords de la Bièvre.
Par la belle tapisserie intitulée la Visite du roi à la manufacture des meubles de la couronne, nous avons , au surplus, la représentation des principaux morceaux dorfèvrerie qui virent le jour dans cet établissement célèbre, et aussi les portraits des habiles artistes que Colbert avait réunis dans cette enceinte privilégiée (voirfig. G et 7). Par la suite des Maisons royales, par celle de V Histoire du roi et par Y Entrée d'Alexandre à Bahylone, nous possédons également l'image d'un certain nom])re de belles argenteries qui furent exécutées sur les dessins mêmes de le Brun. Les superbes gravures de Bérain et de Lepaulre, ainsi qu'une collection précieuse de dessins, conservée au Cabinet des estampes dans le fonds de Robert de Cotte, achèvent (le nous initier au caractère plus fastueux qu'élégant de ces vastes ouvrages. Malheureusement c'est tout ce qui nousen est resté, et l'on ne sait vraiment s'il faut amèrement regretter la disparition de ce luxe exagéré, empreint assurément d'une indiscutable solennité et d'une certaine grandeur, mais manquant de mesure, disproportionné dans ses effets comme dans ses moyens, et qui semble comme imprégné, même dans son meilleur temps, de cette redon-
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Kij;. 1 17. — (;;il'cl iiTi', l'i-iiclli' M (irrilli's ri siirriiT cil :ii\:;ciil. l'i'poiissô et cisolii Orlcvri'i'ic' de hi lin du xvii' siècle el tlu xviu".
dance et de cette emphase espagnoles, qui avaient en quelque sorte présidé à sa naissance.
On sait que Louis XIV dut, en 1689, se séparer de ces trésors. On sait également que l'infortuné prince éprouva de grands déboires à leur refonte. Il s'étonna — nous l'avons dit plus haut — que les six millions employés à meubler Versailles ne lui rendissent que la moitié de l'argent qu'il Y avait dépensé. Il n'avait pas fait figurer dans son compte le prix des façons. Cette omission lui parut pénible. Elle ne le rendit pas toutefois moins rigoureux à l'égard de ses fidèles sujets. Dès le 14 novembre 1689, en effet, une Ordonnance royale avait enjoint aux particuliers de se conformer à l'auguste exemple donné par le maître, et d'envoyer leur orfèvrerie à la Monnaie. En dépit de ses déceptions personnelles, le roi ne se relâcha pas de cette cruelle exigence, et ses ministres tinrent sévèrement la main à son exécution. Par cette fatale Ordonnance nous avons la nomenclature de la plupart des objets mobiliers qu'on fabriquait alors en métal précieux. La liste mérite qu'on s'y arrête. Nous relevons dans le nombre des meubles prohibés, les balustres, bois de chaises, cabinets, tables, bureaux, guéridons, chenets, grilles, garnitures de feux et de cheminées, chandeliers à branches, torchères, girandoles, bras, plaques, cassolettes, corbeilles, paniers, caisses d'orangers, pots à fleurs, urnes, vases, carrés de toilette, pelotes, buires, seaux, cuvettes, carafons, tourtières, casseroles, etc. Elle montre assez que les respectueux courtisans du Grand Roi s'étaient fait un devoir de copier le luxe débordant de leur prince et seigneur. Ajoutons qu'ils s'empressèrent également de se conformer à son invitation, et le 24 janvier 1690 Dangeau pouvait écrire : « On porte tant d'argent à la Monnoie, que l'on n'a pu, dans le mois de janvier, fondre tout ce que l'on y portoit. »
Ce désintéressement, toutefois, ne fut pas de longue
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durée. La haute société de ce temps ne pouvait guère se passer de vaisselle plate et montée. En dépit des Edlts royaux, la belle argenterie resta la marque distinctive des bonnes et vieilles maisons. Aussi, l'orage une fois éloigné, se remit-on de toutes parts à commander et à acheter de pesantes orfèvreries. Et c'est à cette hâte de se remonter en argenterie courante — - au moins autant qu'au renchérissement de la main-d'œuvre — qu'il faut attribuer l'emploi des procédés à la fois économicjues et rapides, cjui se généralisèrent alors dans la confection de la vaisselle de service. Le mouton et le tour dont nous parlons dans notre première partie prirent, en effet, à partir de cette époque, une importance décisive dans la fabrication de ce qu'on appelait « la grosserie » .
C'est grâce à ces machines expédilives qu'on put en quelques années remeubler les appartements royaux, décorer les hôtels princiers et garnir à nouveau les tables des grands seigneurs et même celles de la finance et de la riche bourgeoisie, si bien qu'en 1709, lorsque Louis XIV crut devoir renouveler l'épreuve désastreuse à laquelle il avait soumis, vingt ans plus tôt, le dévouement de ses sujets, la quantité d'argenterie portée à la Monnaie fut presque aussi considérable que lors de la première refonte. Cette fois encore, la France entière se conforma aux exigences du trésor réduit aux abois. Puis, quand on eut épuisé la somme des sacrifices qu'on était en droit d'attendre de l'abnégation volontaire, les recherches fiscales commencèrent. Des perquisitions furent ordonnées et des saisies pratiquées chez tous les orfèvres. Jamais destruction ne fut conduite avec une méthode plus rigoureuse et une plus implacable sévérité. C'est ainsi qu'achevèrent de disjjaraitre non seulement toutes les belles œuvres qui avaient illustré les noms de Claude Ballin, de Delauuay, de du Teil, de Cousinet, de Verbeck, île ViaucourI, de Gravet, de Merlin, de Van Clèves, de Gernuiiu, de J^oir, de Laurent de Mon-
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larsy, etc., mais encore les précieux ouvrages des siècles antérieurs, qu'un zèle pieux avait pu sauver des crises précédentes, si bien qu'on a lieu de s'étonner que quelques très rares pièces, datant de ces tenaps lointains, soient parvenues jusqu'à nous.
Hàtous-nous d'ajouter que les rarissimes écuelles, plats, bassins et chandeliers datant du xvii*^ siècle, qui furent exceptionnellement dérobés à cette destruction en quelque sorte systématique, nous font doublement déplorer les mesures de rigueur édictées par le Grand Roi. Si la plupart de ces objets d'une allure plus modeste, d'une tenue moins emphatique que les grandes argenteries de ^ ersailles, conservent une certaine lourdeur de formes qui interdit toute comparaison, comme élégance, avec les chefs-d'œuvre du xvi*^ siècle, on retrouve, ])ar contre, dans leur ornementation, l'arrangement délicat de ces motifs rayonnants ou lambrequinés qui caractérisent si bien le style Louis XIV et qui, appliqués avec goût aux ouvrages d'ameublement, ])roduisent un effet à la fois riche, agréable et varié. Aussi la plupart de ces pièces sont-elles considérées, par nos orfèvres contemporains, comme des modèles à suivre, et on les recopie encore aujourd'hui, à cause de leur belle tenue et de leur aspect un peu grave, mais très décoratif.
F'ig. 118. — Bassin en argent d'après un dessin de le Brun.