‹ L'orfèvrerieChapitre 6 sur 40 · Voir Barbier, Journal, loiiie VI, p · texte numérisé non relu

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accaparé par les bijoutiers et les joailliers , ne fut plus guère utilisé que pour la parure, et pour la confection des boîtes, des tabatières, des drageoirs de poche, des petits nécessaires, en un mot de menus objets qui relèvent moins du mobilier que du costume.

Aussi le peu d'emploi qu'on fait de l'or dans l'orfèvrerie courante, joint à ce fait que son traitement et sa mise en œuvre ne diffèrent pas essentiellement de ceux de l'argent, nous servira-t-il d'excuse pour ne ])as entrer actuellement dans de plus longues explications. Nous aurons, au sur- ])lus, au cours de cette étude, maintes occasions de reparler de ce métal, et nous ne manquerons pas de le faire chaque fois que cela nous paraîtra de quelque utilité ou de quelc(ue intérêt.

Fig. 0. — Les orfèvres des Gobi^lins présentant un vase d'or, d'après une tapisserie du xvil" siècle.

L AKGEXT. — ALLIAGES DIVKHS. ALOI DU METAL

EMPLOYÉ PAU LES OHFÈVl!ES.

L'argent, nous l'avons dit, est le second métal que les orfèvres mettent en œuvre. Contrairement à ce qui s'est produit pour l'or, à mesure que, par suite d'une extraction ]>lus importante, il est devenu plus abondant à la surface du globe, son usage, au lieu de se restreindre, s'est généralisé, et si l'on n'assiste ])lus , comme cela avait lieu autrefois dans certaines familles, à l'étalage brillant d'une sonq)tueuse vaisselle, du moins n'est-il pas déménage bourgeois qui n'attache un certain aniour-pro|)re à posséder quelques pièces d'argenterie. L'argent, au reste, mérite, par ses rares qualités, celte persistance et ce redoublement de faveur.

Sa coideur est agréable. Il est blanc, et même le plus blanc des métaux. Sensiblement moins lourd que l'or, car sou ])oids spécifique est de 10,474 lorsqu'il a été fondu et de 10,510 quand on l'a façonné au marteau, il oHre, par contre, plus de résistance et une dureté plus grande. Sans être aussi ductile et aussi malléable que son superbe rival, il possède une élasticité suffisante pour se plier coniplaisamment à toutes les formes qu'on entend lui donner. En le battant, on peut le réduire en feuilles assez minces pour cpie 8,000 d'entre elles ne dé|)assent pas en épaisseur deux centimètres et demi. Sa ténacité est telle qu'un gramme passe; à la lilièi'i! peut fournir 2,500 mètr(;s de fil, et ({u'uu fil de deux millimèlres de diamèti'e |)eul, sans se ronqji'e, j)()rter un ])oids de 85 kilogranuiies. Lnliii, dcniicr avaulage, il se laisse très facilement souder.

Indépendamment d(; ces (pialilés déjà suflisammenl nom-

breuses, il en possède une autre ]ilus précieuse encore. Il €St insipide et inodore. L'air et l'oxygène, soit à l'état sec, soit à l'état humide, n'exercent aucune action sur lui. Il n'est attaqué que par certains acides particulièrement violents, et lorsqu'il est oxydé, son emploi ne présente jamais de danger pour la santé. Voilà pourquoi de tout temps l'argent a été recherché avec une sorte de passion par tous les peujiles de la terre; et sa possession est, depuis bien longtenij)S, considéi'ée comme si précieuse, que son nom est devenu, chez nous, le synonyme de richesse'.

Si, à l'état pur, l'argent est ])lus dur que l'or, par contre il est moins résistant que le cuivre; aussi, jiour lui permettre de s'user moins rapidement et de mieux conserver les contours et les formes qu'on lui adonnés, prend-on ordinairement le soin de le mélanger avec une petite quantité de ce dernier métal. On forme ainsi des alliages qui, indépendamment d'une fermeté et d'une dureté plus considérables, j)résentent encore l'avantage d'être ])lus facilement fusibles que l'argent à l'état pur; et comme la fusibilité de ces alliages est d'autant plus grande que la proportion de cuivre y est plus importante, on utilise certains d'entre eux ])our opérer les soudures.

On sait que souder deux surfaces métalliques, c'est joindre ces deux surfaces à l'aide d'un fondant, c'est-àdire d'un autre métal qui entre en fusion à une température moins élevée que celle où les deux métaux qu'on veut unir commencent eux-mêmes à fondre. Nous parlons autre part et assez longuement (chap. VI) de cette opération compliquée et toujours délicate, qui joue dans la fabrication de l'orfèvrerie un rôle des plus importants. Pour le moment.

1. Les Romains avaient fait dériver le mot pecunia, qui ehez eux iivait cette signification, de jjecus (troupeau), parce que pour les peuples primitifs la possession et l'élève du bétail constituaient la source par excellence de la richesse. Chez nous, à partir du moyen âge, c'est à l'argent que revient ce privilège caractéristique.

nous nous bornerons à constater que la composition de ces soudures ou fondants varie suivant la nature et le prix des pièces que l'on doit exécuter. Les orfèvres, pour leurs travaux courants, en enq)loient de quatre sortes, et les proportions d'alliage de chacune de ces sortes, ainsi que le remarque M. P. Boue, « sont indiquées par le nom même qu'on leur donne et qui ex|)rime la quantité de métal étranger entrant dans leur composition* ». On les appelle, en effet, soudures à huit, à six, au quart et au tiers. Ces <livers alliages étant, nous l'avons dit, d'autant plus fusi- ])les que le cuivre y figure en proportion plus élevée, il semble que, ])our la commodité de l'ouvrage, on ne devrait employer que les soudures les moins fortes , c'est-à-dire celles où le métal précieux entre en moindre cjuantité. Mais l'orfèvre, dans l'exécution des grandes pièces, a toujours intérêt à rendre ses soudures aussi peu apparentes que possible; or celles-ci demeurent d'autant })lus visibles que la proportion de métal commun y est plus considérable. En outre, à mesure qu'on augmente la quantité de cuivre contenu dans le fondant, le titre de la pièce qui a subi les soudures se trouve légèrement abaissé, et sa valeur intrinsèque est par conséquent amoindrie. « Il arrive souvent, ainsi que le constatent INIM. Julia de Fontenelle et Malpeyre-, que quand on revend de la vaisselle montée, la valeur qu'on en trouve est inférieure à celle de la vaisselle plate. — Cela est facile à comprendre : si la pièce, objet de la transaction, ne [)résente pas, par suite du travail qu'elle a reçu, une valeur artistique propre, et que, par suite du changement de mode, elle soit devenue hors d'usage, il est bien évident que, la quantité des soudures augmentant la proportion générale du cuivre, on aura, lors de la refonte, un lingot dont le titre sera abaissé par l'apport à celui du ni('lal pi'opi'ement dit qui a servi à

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