‹ L'orfèvrerieChapitre 7 sur 40 · Nouveau Manuel du bijoutier orfèvre, tome II, p · texte numérisé non relu

Nouveau Manuel du bijoutier orfèvre, tome II, p

établir chacune des parties séparément. La valeur au poids se trouvera donc diminuée'. »

Voilà pourquoi, dans leurs grands ouvrages et pour les pièces d'argenterie de i)remier titre, les orfèvres n'em- ])loient que des soudures à six ou au quart, et réservent celles au tiers pour les œuvres communes faites d'argent au second litre, et pour ce qu'on appelle dédaigneusement u la petite orfèvrerie ».

Ces remarques offrent un certain intérêt, parce que la proportion de cuivre mélangé par les orfèvres au métal précieux qu'ils travaillent, n'a jamais été facultative et laissée à leur convenance. De tout temps, au contraire, la qualité de leurs alliages a été sévèrement réglée, d'abord par le bon plaisir royal, ensuite par le législateur. Pour des raisons dont nous avons autre part expliqué l'opportunité-, Philippe le Bel, dès 1313, s'occupa de réglementer ce cju'on appelait alors l'aloi, ce que nous nommons aujourd'hui le titre, c'est-à-dire la détermination légale de la cjuantité de métal fin que doivent contenir les ouvrages d'orfèvrerie relativement à leur poids total.

Sous l'ancien régime, le titre de l'or s'évaluait en carats, et celui de l'argent en deniers. L'or le plus fin, j)ur de tout mélange, était dit à 24 carats. L'argent remplissant les mêmes conditions était dit à 12 deniers. Une ordonnance de Henri II rendue au mois de mars 1554 défendait aux orfèvres de travailler, « soit en menuiserie, soit en grossérie », l'argent à un titre inférieur à 11 deniers 12 grains

1. Fait à noter: tous les Arrêts du Conseil relatifs aux diverses refontes des matières d'or et d'argent, établissent une différence de valeur entre la vaisselle plate et la vaisselle montée. Ainsi, les Lettres patentes données par Louis XV le 26 octobre 1759, pour n'en pas citer d'autres, « fixent les prix des vaisselles qui seront portées à la Monnaie : à 56 livres le marc pour la vaisselle platte au poinçon de Paris, et à 55 livres 3 sols 6 deniers pour la vaisselle montée au même poinçon ».

2. Voir le Dictionnaire de V ameublement et de la décoration au.x mots Argent, Orfèvre, Titre, Vaisselle, etc.

(le fin, avec 2 grains « de remède », — c'est-à-dire avec une tolérance de 2 grains pour les soudures. — Cet argent, ainsi lilré, se nommait argent le roi. Des ordonnances de 1586, 1G57, 1079, etc., confirmèrent ou modifièrent légèrement la composition de cet alliage. Quant à l'or, il devait être à 22 carats de fin, au remède d'un quart de carat.

La loi du 19 brumaire an VI changea ces façons de s'exprimer'. Les métaux précieux furent désormais titrés

1. « Tous les ouvrages d'orfèvrerie et d'argenterie fabriqués eu France doivent être conformes aux titres prescrits par la loi; ces titres ou la quantité de fin contenue dans chaque pièce s'expriment en millièmes. Les anciennes dénominations de carats et deniers pour exprimer le degré de pureté des métaux précieux n'ont plus lieu. » [Loi du 10 brumaire an VI.) Néanmoins, puissance de l'habitude et bien que cette façon d'indiquer la pureté du métal ne réponde plus qu'approximativoment et fractionnairement aux titres adoptés par la législation nouvelle, les orfèvres ont continué d'estimer l'or par carats. On remarquera que le mot carat, dans le sens oi!i il a été employé de tout temps, ne désigne pas un poids réel, mais une partie aliquote ou fractionnaire. Ainsi, en décidant que l'or ne devait être employé qu'à 22 carats, le législateur de 1554 entendait dire que le métal, quel que fût son poids, devait contenir 22 parties d'or fin et seulement deux parties de cuivre. Pour plus de commodité, au surplus, voici un tableau indiquant la réduction approximative des carats en millièmes.

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