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CHAPITRE PREMIER

La Constitution de Vidovdan

et les Divers Projets Constitutionnels

C’est certainement sur le terrain administratif que les plus lourdes erreurs ont été commises pendant les dix premières années de l'Etat Yougoslave.

Nombreuses sont ces erreurs. Nous en avons déjà déterminé quelques-unes ; elles étaient dues à la mauvaise organisation administrative et au particularisme des partis gouvernementaux Serbes, qui ne voyaient dans l’appareil administratif que l’instrument de leur but politique.

Les deux grandes théories du système administratif (celies de la centralisation et de la décentralisation) ont eu chacune leurs partisans à la Constituante Yougoslave. Les partis Serbes, partis gouvernementaux de l’époque, s’affirmaient les adeptes d’une organisation de l'Etat Centraliste, cependant que les partis Croates et Slovènes réclamaient une certaine décentralisation. Ce qui, pour les premiers, représentait une condition essentielle du développement de l’esprit national, devenait, pour les seconds, le meilleur gage de la désagrégation même de l'Etat.

Le nouvel Etat, exprimait l’opinion Croate et Slovène, est la Patrie de tous les Serbes, de tous les Croates et de tous les Slovènes. Maïs ces trois frères de la grande et même famille Yougoslave, élevés sous différents cieux, n’ont pas la même

mentalité, ni le même caractère. Il faut laisser à chacun d'eux une certaine liberté d’action, sinon des conflits deviendront inévitables.

Telle est la grande vérité que les pionniers de l’Etat n’ont pas su respecter. Serbes, Croates et Slovènes forment un même peuple, mais ils ont été assimilés à différentes cultures qui, chacune, ont laissé leur trace dans leur propre caractère.

Longtemps soumis à la domination turque, dont ils n’ont été libérés définitivement qu’en 1914, les Serbes leur ont emprunté ce trait de caractère, purement oriental, d’agissements brusques parfois, mais énergiques, alors que la domination Austro-Hongroise a formé chez les Croates et les Slovènes un esprit opposé : des mouvements lents, réfléchis, mesurés.

Moyens d’action tout à fait différents.

D'autre part, la religion accuse, elle aussi, une différence entre les Serbes d’avec les Croates et Slovènes. Les premiers sont tous orthodoxes, tandis que les seconds sont en majeure partie catholiques.

Ces différences exigeaient une organisation d'Etat toute différente de celle prévue par la Constitution de Vidovdan : une organisation plus décentralisée, accordant une certaine autonomie aux différentes unités territoriales, pour leur permeilre de se développer au mieux de leurs intérêts et partant de l'Etat. En transmettant certaines prérogatives, comme le droit de réglementation, à des groupements territoriaux, on ne compromet pas l’avenir de son pays, on l’assure. Ceux qui vivent près du peuple connaissent mieux ses besoins, ses nécessités et demeureront plus aptes à les satisfaire.

Il nous faut le répéter : entre une province serbe et une province croate, il existe certaines diversités et telles qu’elles supportent mal le cadre uniforme imposé par les lois et les décisions du pouvoir central, dont la lourde contrainte brise leurs initiatives et tarit souvent les sources de vie qu’elles portent en elles.

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