CHAPITRE III
L'ÉVOLUTION ADMINISTRATIVE DE L'ENSEIGNEMENT PRO- FESSIONNEL (1). LES ORIGINES DU CONFLIT ENTRE LE MINISTÈRE DU COMMERCE ET LE MINISTÈRE DE L'INS- TRUCTION PUBLIQUE.
Sans vouloir faire ici l'historique de l’enseignement professionnel, nous devons constater que, depuis le jour où, le 25 juin 1793, Lakanal affirmait la nécessité de donner aux enfants, en même temps que l'instruction nécessaire à tous, « les notions indispensables de travaux manuels pour les deux sexes », tous les ministres de l'Instruction publique, ou tout au moins ceux qui ont manifesté une activité novatrice, se sont préoccupés d'organiser l’enseignement professionnel.
Un arrêté du 17 octobre 1798, mettant en applica-
(1) Nous négligeons volontairement de parler des efforts intéressants faits à diverses époques par l'initiative individuelle, car nous n’avons naturellement à nous préoccuper dans cét examen histo-
rique que de la direction ministérielle donnée à l’enseignement professionnel.
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tion le principe de Lakanal, introduit l’enseignement du travail manuel dans les écoles de garçons et de filles, dans le but « de développer le goût, l’habi- « leté et la dextérité, de leur faire comprendre l’im- « portance du travail manuel ».
Le premier Ministre de l'Instruction publique, M. de Vatimesnil, dans un rapport adressé au roi, demandait « que l’on créât, dans les collèges « royaux, des sections particulières d'élèves qui de- «vraient étudier, d’une façon spéciale, les sciences « et leur application à l’industrie, les langues mo- « dernes et la théorie du commerce ».
Cousin, chargé d’une mission dans l'Allemagne du Nord et la Prusse, écrivait : « Un cri s'élève d’un «bout de la France à l’autre, et réclame, pour les « trois quarts de la population française, des éta- «blissements intermédiaires entre nos écoles élé- « mentaires et les collèges. C’est une affaire d'Etat ».
Saint-Marc Girardin, au retour d’une mission dans le sud de l'Allemagne, s’exprimait à peu près de la même manière : « Notre éducation nationale «est bonne pour faire des savanis, des lettrés, des « magistrats et des professeurs. Il nous faut aussi « des agriculteurs, des commerçants, des manufac- «turiers.. »
Mais voici Guizot qui va tenter d'organiser les écoles primaires supérieures. Sa conception se rapprochait de celle que devait réaliser plus tard Jules
ST (IT ee Ferry ; et il la formulait à peu près dans les mêmes
termes. Il entendait «donner à cette instruction pri « maire supérieure plus de variété et d’étendue ; et, «tout en en déterminant d'avance les principaux « objets, le projet de loi ajoutait qu’elle pouvait, sui- «vant les besoins et les ressources des localités, « recevoir les développements qui seraient jugés « convenables » (1).
De Salvandy se préoccupa de créer un enseignement intermédiaire et pratique, l’enseignement spécial, dont les programmes étaient calqués du reste sur ceux d’une école due à l'initiative privée, l’école Turgot.
Un projet de loi, décidant la création de collèges agricoles et industriels, fut voté par l’Assemblée constituante de 1848, mais ne fut jamais appliqué.
Duruy, en arrivant au Ministère de l'Instruction publique, s’appliqua à relever l’enseignement spécial, à lui donner un caractère mieux adapté aux besoins, à l’élever au rang de l’enseignement secondaire, ce que fit la loi du 21 juin 1865. Dans une lettre adressée à l’Impératrice le 6 juillet 1866, il indiquait le but poursuivi par lui: « Nous avons en « France 60.000 enfants, écrivait-il, qui font du grec «et du latin, 5 millions quiapprennent l’A.B.C.Entre «ces deux groupes, rien ou presque rien. C’est
(1) Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps, tome IL, chap. xvi.