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Malgré eux, et bien que nous leur supposions les meilleures volontés du monde, leurs maîtres vont les confirmer dans ces idées (1). [ls donneront à l’enseignement général la première place, d’abord par le temps qui lui sera réservé, et ensuite par l’importance qu'ils seront amenés à y attacher. Si un élève se distingue par son intelligence, ils le pousseront vers les examens du brevet ou les concours des administrations, d'abord parce que sincèrement ils trouvent que cette situation, qui est la leur, est plus noble que celle de contremaître ou d’ouvrier, ensuite, parce que leur amour-propre, ainsi que le souci de leur carrière, les incitent à faire recevoir le plus grand nombre de candidats possibles à ces examens ou CONCOUTs.
Même dans le cas où ces reproches ne seraient pas fondés, ajoute-t-on, ils n'en correspondent pas moins à l’opinion générale des intéressés et cette opinion, justifiée ou non, est un facteur important de réussite.
(1) « … Etant donné le passé, la constitution même de l’Univer- « sité, il n’était pas possible: qu’il en advint autrement. La faute «n’enest donc pas tant au ministère de l’Instruction publique qu’au « législateur, qui a voulu confier à l’Université une mission pour « laquelle elle n’est pas faite. Aussi soyez bien convaincus que, « alors même que les matières facultatives deviendraient obliga- « toires, elles continueraient d’être accessoires, parce que, sous la « direction de l’Université, la préoccupation d’une culture générale « l’emporterait toujours sur l’enseignement technique... » (Modeste Leroy, L'Education nationale au XX° siècle, conférence faite à l'Hôtel des Sociétés savantes le 12 décembre 1907).
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Alors même que le Minisière de l'Instruction publique établirait des écoles professionnelles parfaites et répondant de tous points aux besoins de l’industrie ou du commerce, elles ne pourraient pas rendre les services que l’on attend d'elles, car elles se heurteraient à la méfiance aussi bien des ouvriers que des patrons. \
Des parents, en eflet, qui, exerçant eux-mêmes une profession manuelle, veulent que leurs enfants soient des ouvriers comme eux, hésiteront à les mettre à une école quelconque, professionnelle ou non, qui dépendra de l’Université, craignant que l’enseignement qui leur sera donné, ne change leur vocation, ne les détourne du travail manuel, et fasse d'eux des « messieurs », c’est-à-dire des êtres d’une autre catégorie sociale qu’eux-mêmes.
D'autre part, l’industriel qui a besoin d'ouvriers, n’acceptera pas volontiers ceux qui viendront de ces établissements ; il se défiera de leurs connaissances techniques et craindra que, trop prétentieux, ils ne deviennent dans l'atelier un élément de désordre et de trouble. Dès lors, par la force même des choses, l'établissement modèle, dont nous avons parlé, ne recevant pas de futurs ouvriers ou ne pouvant arriver à les caser, sera progressivement détourné de son but primitifet les trois quarts de ses élèves, sinon davantage, se dirigeront vers les Carrières semi-libérales dont nous avons parlé tout à l’heure.
Une autre considération, assez voisine de celle-ci, est également invoquée contre la compétence du Ministère de l’Instruction publique. L'Université de France évoque nécessairement l’idée d’un passé glorieux, mais qui n’en est pas moins le passé. De création récente, le Ministère du Commerce est, par suite, un Ministère moderne ; en organisant un programme et en déterminant des méthodes, il ne sera jamais tenté de s'inspirer de vieilles traditions, mais uniquement des nécessités actuelles.
A un autre point de vue, les adversaires du Ministère de l'Instruction publique affectent de croire que celui-ci réclame la direction de l’universalité de l’enseignement et que, dès lors, il veut ramener à lui tous les établissements d'instruction de quelque nature qu’ils soient, même ceux dans lesquels l’enseignement revêt un caractère très spécial commel’Ecole centrale des arts et manufactures, l'Ecole Polytechnique et l'Ecole de Saint-Cyr, (1).
(1) Cf. Modeste Leroy, Le Ministère du Commerce et l'Enseignement technique. Conférence faite à l'Hôtel des Sociétés savantes le 9 janvier 1905 : « … Pourquoi donc l'honorable rapporteur, après avoir « eu la large envolée qui convient au rapporteur d’un grand budget, « envisagé la réunion, sous l’autorité du Ministère de l’Instruction « publique « de tous les établissements d’enseignement qu'il y à «en France », limite-t-il sa discussion à une seule catégorie « d'écoles ? Pourquoi M. Massé s’arréte-t-il en chemin ? Pourquoi « montre-t-il ici tant d'opportunisme ? Pourquoi ne demande-t-il « pas, ce qui eût été la conclusion logique de ses prémisses, le « rattachement, au Ministère de l’Instruction publique des écoles
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Naturellement, on peut faire des plaisanteries faciles à propos de ces prétentions réelles ou supposées; et, en effet, on a vite fait de démontrer, qu'il serait absurde de vouloir soumettre à la direction de l’Université, l'Ecole de Saint-Cyr par exemple.
S'il n'y avaitlà qu'un motif à railleries, nous n'insisterions pas; mais on en tire un argument sérieux. Si le bon sens veut que l'Ecole de Saint-Cyr et l'Ecole Polytechnique soient dirigées par le ministère de la Guerre, à cause de l’enseignement spécial quis’y donne, c’est donc que le ministère de l’Instruction publique n’a pas une compétence générale en matière d'enseignement, et les mêmes raisons de spécialisation,quiexistentpourl’enseignementmilitaire,doivent également être acceptées pour l'instruction industrielle ; et logiquement l’Ecole centrale, le Conservatoire et les Ecoles des arts et métiers doivent dépendre du Ministère du Commerce.
Ce premier point acquis, ce Ministère, dit-on, a sa cause gagnée puisque, si l’on lui concède diverses écoles techniques, dontcertaines ont une importance, non seulement professionnelle, mais scientifique, considérable, c'est qu’il est capable de donner l’enseignement, et que son rivaln’exerceen cette matière
« Polytechnique, de Saint-Cyr, Navale, de l’Institut agronomique, « des Ecoles d'agriculture, des Ecoles des ponts-et-chaussées, des « mines, etc..., etc... ? »