‹ L'Organisation centrale de L'Enseignement professionnel: La Question du rattachementChapitre 24 sur 50 · RER AU · texte numérisé non relu

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rait, en vertu des mêmes arguments qu'invoque le Ministère du Commerce pour confisquer l’enseignement professionnel, dire que les études médicales doivent ressortir au Ministère qui a dans ses attributions la surveillance des hôpitaux.

À un autre point de vue, la compétence de l’Instruction publique s’étend à la formation des peintres, des sculpteurs, des musiciens, des architectes, des graveurs, quine sont, en somme, quedes travailleurs manuels d’intellectualité supérieure.

Bien plus, il y a de grands ateliers et d’importantes usines, que le Ministère de l’Instruction publique dirige, et non sans quelque succès, parce qu’elles ont, moins un but de productivité économique, qu’un rôle d'instruction, qui s'adresse, non pas simplement à quelques ouvriers, mais à certaines industries particulières et au goût public. Pourquoi donc le Ministère du Commerce ne demande-t-il pas le rattachement à ses services, des Gobelins, de Beauvais où de Sèvres? La réponse à faire à cette question constitue un argument important en faveur de la thèse que nous développons en ce moment, qu'adviendrait-il, en effet, si les établissements dont nous parlons dépendaient du Ministère du Commerce? Leur production ne tarderait pas à se transformer ; elle deviendrait uniquement industrielle et perdrait ce caractère didactique qui constitue leur

but principal sinon unique.

Chers

Nous savons que l’on invoque comme argument contre la compétence universelle du Ministère de l’Instruction publique en matière d'enseignement, l'existence de grandes écoles dépendant d’autres Départements ministériels.

L’objection n’est forte qu’en apparence, car si on laisse de côté l'Ecole de Saint-Cyr, qui est, à vrai dire, un bataillon de préparation plutôt qu’une école, les autres établissements fonctionnent dans des conditions telles qu’ils sont plutôt des établissements autonomes que des établissements dépendant de Ministères déterminés.

Si, par exemple, le Ministère de la Guerre est chargé de la discipline et de l’organisation matérielle de l'Ecole Polytechnique, peut-on dire que c'est lui, en réalité, par ses fonctionnaires et ses bureaux, qui y dirige l'éducation ?

La même observation peut être faite pour l'Ecole centrale, institution qui jouit d’une autonomie presque complète, ou même encore pour le Conservaloire national des arts et métiers.

Il est, du reste, certain, que ces grands établissements n’échappent pas absolument à l’influence du Ministère de l’Instruction publique. D’où viennent les plus éminents parmi les professeurs qui y enseignent, si ce n’est de l’Université à laquelle la

plupart d’entre eux demeurent d’ailleurs rattachés?

nie

Qu'importe, par exemple, que le décret qui nomme un professeur au Conservatoire des arts et métiers soit rendu sur la proposition du Ministère du Commerce, Si celui-ci ne peut choisir le titulaire d’une chaire que sur la proposition d’une section de l'Insülut, alors surtout que, presque toujours, les personnalités proposées sont des professeurs de nos Facultés.

I n'y a donc, dans notre organisation traditionpelle, rien dont on puisse tirer argument contre le principe de la compétence universelle du Ministère de lInstruction publique en matière d’enseignement ; ainsi que nous l’avons vu dans un précédent chapitre, les premières tentatives qui ont été faites, en France, en ce qui concerne l’enseignement professionnel, émanent de lui et ce n’est qu'à une époque relativement récente que le Ministère du Commerce a élevé sur ce point des prétentions.

Rien de plus logique, du reste, et de plus conforme à l'intérêt général. En effet, l'instruction par la pratique est nécessairement utilitaire et ne vise que les résultats immédiats. L'enseignement proprement dit doit avoir une portée plus grande en ce sens qu'il s'applique davantage à la formation générale de l’individu.

Dans nos Facultés, l'étudiant en médecine et l’étudiant en droit acquièrent certainement des connais-

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sances qui ne seront pas d'une application directe dans l'exercice de leur profession, mais qui leur serviront indirectement, parce qu’elles auront développé leur intelligence et qu’elles donneront plus de puissance et plus d’ampleur à leur capacité professionnelle. w |

Si le Ministère de la Justice créait une école spéciale pour la formation des futurs avocats et des futurs magistrats, il est à présumer que, par la force même des choses, les leçons qui y seraient données viseraient surtout les nécessités de la pratique et laisseraient un peu de côté cet ensemble de connaissances, dont la possession a pour effet de développer l'esprit juridique et de donner à l’étudiant cette élévation de pensée également nécessaire à la barre ou sur le siège du juge.

On peut faire les mêmes observations, quand il s’agit d'enseignement professionnel. Celui-ci peut se concevoir de deux manières : ou bien amener, vaille que vaille, le jeune ouvrier à fournir, le plus rapidement possible, une somme de travail donnée ; — ou bien, chercher à développer ses qualités de conception et d'exécution, et à lui fournir une instruction complète et rationnelle, sans se préoccuper, pour l'instant, de l’utilisation immédiate de sa production. Cette méthode désintéressée fournira, sur le moment, des résultats en apparence moins avantageux que la première, mais au bout de peu de temps,

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l'ouvrier travaillera plus vite et mieux, parce que son action sera méthodique et logique (1).

Or, si nous supposons que chaque Ministère doive s'inspirer d’un esprit spécial, en harmonie avec son rôle, et qui se manifeste dans toutes ses interventions, la première méthode sera vraisemblablement appliquée par le Ministère qui est celui de la production nationale, et la seconde par le Ministère qui est celui de l'éducation nationale. |

Il est donc logique d'espérer que ce dernier Ministère réalisera, d’une façon chaque jour plus intime, l'alliance de la théorie et de la pratique et la collaboration de la science et du travail (2).

. Cette collaboration, qui donne tous les jours des exemples de sa fécondité, peut s'étendre jusqu'aux détails les plus humbles de la production.

Le travail même du dernier des manœuvres peut être scientifique. Un ingénieur américain, M. F. Winslow Taylor, a publié, à ce sujet les curieux ré-

(1) Cf. Supra, chap. 1, în fine. |

(2) « La théorie peut avoir de singulières revanches. De plus en « plus, les moyens de production deviennent des applications scien- « tifiques. Demain le travail des machines remplacera, dans la plu- « part des industries, le travail manuel proprement dit. Alors l’ap- « prentissage ne sera plus fait devant l’étau ni sur l'établi ; ce sera « dans le laboratoire ou le cabinet d’études. » (A. Mas, « Le problème de l’enseignement technique et l’enseignement primaire supérieur », Revue politique et parlementaire, mai 1908). .

sultats de ses recherches (1). Il constate que les opérations les plus simples dépassent, en général, la compétence de l’ouvrier, et qu’il serait possible, en les dirigeant mieux, d'augmenter le rendement utile, tout en diminuant la fatigue. Il suffirait pour cela de faire alterner le travail et le repos dans des proportions à établir, de fixer avec logique la direction etla vitesse des mouvements, d'indiquer l'intensité de chaque effort. Les expériences qu'il rapporte sont significatives et valent d’être citées. Qui songerait à appliquer les calculs scientifiques au travail du terrassier ? Cependant, il est facile de concevoir que, s’il charge en excès sa pelle, il s'impose une fatigue trop grande, qui aura vite fait de le surmener ; sila charge, est, au contraire, trop faible, il y a déperdition d’énergie : celle de 10 kilos, a paru à M. Taylor étre la plus favorable.

De même, voilà des milliers d'années que des millions d'ouvriers construisent des murs de brique, et il n'apparaît pas que, depuis l’origine des civilisations, on ait réalisé, à ce point de vue, aucun pro= grès, ni qu’on ait cru qu’il fût possible de le faire.

Cependant, M. Taylor, en examinant la façon de procéder de l’ouvrier, a constaté l'existence d’une foule de circonstances de nature à ralentir le travail et à augmenter la fatigue. Il a été ainsi amené à

(1) Principes d'organisation scientifique des usines, Paris, Dunod et Pinat.

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