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en des sens divers, et avec des dangers semblables, soit que ces influences s’exercent d’une façon concomitante, soit qu’elles s’exercent d’une façon successive ? N’est-il pas nécessaire, pour que l’intelligence conserveson équilibre, qu'il y ait entente et harmonie entre toutes les forces qui s’exercentsurelle ?
Si l’école primaire et l’école professionnelle dépendent de deux Ministères rivaux, il est vraisemblable qu’il existera entre elles quelque chose qui ressemblera à de la rivalité et à de la méfiance. Les maîtres de l’une seront peut-être disposés à avoir du dédain pour les maïtres de l’autre. L’instituteur pourra parfois avoir prévenu l'enfant contre l’enseignement qui lui sera donné quand il sortira de son école, et, en revanche, le professeur du cours technique tentera parfois de diminuer la valeur des leçons déjà reçues par l’enfant.
Sans doute, cette opposition ne se manifestera pas avec éclat, mais il ne faut pas oublier que l'enfant possède des qualités instinctives d’intuition qui lui font deviner, et amplifier la pensée de ceux qui l’instruisent.
Or, la situation que nous venons de préciser est de nature à nuire à l’éducation de l’enfant, à lui enlever cette croyance aveugle dans ses maîtres qui est la base de toute bonne pédagogie, à lui donner un certain scepticisme et enfin à lui faire perdre du temps.
Popineau 6
Dans ces conditions, on comprend combien il serait avantageux que tous les cours et tous les enseignements soient confiés à des maîtres, différents sans doute, mais qui, subissant une même direction, faisant partie d'une même hiérarchie, s'inspirant d'un même esprit, collaboreraient sans arrière-pensée et combineraient aisément leurs efforts en vue du résultat à atteindre, les uns et les autres se préoccupant également, chacun en ce qui le concerne, et dans la limite de sa compétence, de former des citoyens instruits et des travailleurs habiles.
Le danger résultant de la double origine du personnel enseignant va se manifester encore à un autre point de vue.
Sans doute, le Ministère du Commerce a déjà créé des Sections et même une Ecole (1) destinées à fournir à ses établissements des maîtres de tous ordres, même pour des matières telles que les langues vivantes, les mathématiques, le français ; mais il n’est pas excessif de faire remarquer que, pendant longtemps
(1) L'Ecole normale de l’enseignement technique a été définitivement créée par l’art. 53 de la loi de finances du 27 février 1912 et les décrets des 26 et 31 octobre 1912 ; ses cours ont commencé le 4 novembre suivant dans les locaux mis provisoirement à sa disposition par l'Ecole d'Arts et Métiers récemment établie à Paris. La création avait été préparée par plusieurs décisions antérieures, intervenues notamment en 1910. — Cf. Gasquet, Les écoles techniques, Communication à la Société de l’enseignement supérieur ; Revue pédagogique, décembre 1906. — Cf. un article non signé du Temps, 30 juin 1911, l’Université du commerce et de l'industrie.
encore, il sera forcé de faire plus ou moins appel à des professeurs ayant appartenu à l’Université ou s’y rattachant encore. Or, pour les attirer à lui, il est contraint, nous l’avons déjà constaté, de leur consentir des avantages pécuniaires el de pratiquer un système de surenchère (1) peu compatible avec la dignité de l’enseignement. Certes, nous sommes convaincus que les maîtres, qui abandonnent, dans ces conditions, l’enseignement universitaire pour l’enseignement professionnel, n’obéissent à aucune pensée de lucre, mais il n’en reste pas moins fâcheux qu’on puisse les soupçonner d’un acte incompatible avec ce dévouement désintéressé, qui est la première des qualités du professeur.
Mais, admettons même que les écoles normales professionnelles se multiplient de façon à répondre aux besoins de l’enseignement technique, est-ce à - dire que le Ministère du Commerce pourra jamais
(1) « Souvent, en effet, au Ministère de l’Instruction publique, on « est tout étonné d'apprendre que telle municipalité, qui avait une « école primaire supérieure, demande sa transformation en école « professionnelle. Le fait s’est produit à plusieurs reprises, et, « presque toujours, on s’est aperçu que les motifs de la demande « étaient les mêmes. La municipalité ne faisait, la plupart du « temps, que céder aux sollicitations, non des parents, mais du « personnel de l’école. Celui-ci, en effet, a un double avantage à « dépendre du Ministère du Commerce, plutôt que de celui de « l’Instruction publique. Il est d’abord mieux payé, et il n’est pas « soumis au contrôle permanent de l’inspeeteur d’Académie et de « l'inspecteur primaire. » (Massé, Anfagonisme, La Tribune (de Ne-
vers) du 1° décembre 1905).