‹ L'Organisation centrale de L'Enseignement professionnel: La Question du rattachementChapitre 35 sur 50 · NO RE RS AE · texte numérisé non relu

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appel à la bonne volonté de travailleurs de la localité ;

mais souvent, serait-il plus pratique de laisser, à | Vinstituteur, le soin de donner l’enseignement manuel, en le préparant à cette tâche dès l’école normale. Cetie préparation ne serait pas compliquée, car elle ne comprendrait, bien entendu, que ces opérations préliminaires, qui sont à la base de tous les métiers, et au courant desquelles un adulte peut se mettre rapidement.

Il n’est pas besoin d’insister davantage sur ce point, pour faire comprendre les avantages de tous ordres que présenterait l’organisation du préapprentissage ainsi compris. Au sortir de l’école primaire l’enfantauraitainsiquelquesnotionssur différents métiers, et il serait mieux à même de discerner celui vers lequel le poussent son goût et ses aptitudes. D'autre part, il aurait déjà acquis une certaine dextérité et quelques connaissances élémentaires, ce qui ne manquerait pas de faciliter l’acquisition d’une instruction professionnelle plus complète.

Si nous avons cru utile de parler ici du préapprentissage, c'est parce que les partisans de la thèse du Ministère de l’Instruction publique estiment y trouver un argument en faveur de celle-ci.

Le préapprentissage, en effet, ne saurait, pratiquement etau moins dans la plupart des cas, être donné qu’à l’école primaire par le maître ou sous sa direction.

Or, dit-on, si l’Université est compétente à propos du pré-enseignement professionnel, pourquoi ne le serait-elle pas en ce qui touche à cet enseignement lui-même ?

Les conditions sont différentes, c’est entendu : dans un cas, il s’agit simplement de notions élémentaires que l’instituteur aura pu facilement acquérir et transmettre ; dans l’autre, il faudra apprendre à l'enfant la technique compliquée de métiers très divers et faire appel à des spécialistes. Mais, au fond, la façon d'enseigner sera la même etelle consistera à combiner la théorie et la pratique ; dans une hypothèse comme dans l’autre, il faudra agir suivant des méthodes rationnelles et s'inspirer du même esprit.

Ce qu'il convient surtout de faire remarquer c’est que, pour que le préapprentissage puisse rendre des services, il faut qu’il se soude à l’enseignement pro= fessionnel qui ne sera que son prolongement ; il faut que l’enfant, qui passera de l’école primaire à l’école pratique, ne fasse, en somme, que poursuivre ses études et n’ait pas l'impression d’une solution de continuité dans celles-ci.

S'il en était autrement, le préapprentissage perdrait de son utilité et pourrait même être nuisible. L’apprenti, à qui l’on dirait que ce qu’on lui a enseigné ne sert à rien, et à qui l’on apprendrait des méthodes nouvelles, serait dérouté et perdrait cette confiance dans les leçons du maître, qui constitue.

le facteur le plus important de tout enseignement.

L'unité dans l’éducation professionnelle est donc désirable au point de vue de la méthode pédagogique; ellene l’est pas moins à celui de l’organis-a tion pratique. Les professeurs de diverses catégories pourront collaborer étroitement et se prêter un mutuel appui. Ici, il faut raisonner, non pas simplement par rapport à la situation actuelle et aux écoles pratiques telles que nousles connaissons, mais aussi en songeant à la situation de demain, et au moment où l’enseignement professionnel sera donné, non pas à un petit groupe de privilégiés, mais à la masse des enfants. À ce moment, et pour des raisons que nous avons déjà indiquées, le facteur principal de l’éducation technique sera, non pas l’école pratique, mais le système défini plus haut et qu’on désigne assez généralement sous le nom de cours de demi-temps.

Ces cours, où seront-ils matériellement organisés? — Parfois, à la vérité, dans des locaux spéciaux, ou à l'usine elle-même, mais bien souvent, ce sera à l’école primaire ou dans ses dépendances.

Comment se recrutera le personnel enseignant? — Pour la partie technique ce seront, presque toujours, des citoyens de bonne volonté, ingénieurs, contremaîtres ou ouvriers d'élite ; mais pour l’enseignement général, dans le plus grand nombre des hypothèses, on fera appel au corps enseignant universitaire et plus spécialement aux instiluteurs ; et,

en revanche, ces professeurs bénévoles dont nous venons de parler, pourront aller de même à l’école primaire et y donner, ou tout au moins y diriger, le préapprentissage. Cette conception, qui ne peut être réalisée, d’une façon complète et sans donner lieu à des conflits d'aucune nature, que par l’unité d’enseignement, présente, à tous les points de vue, des avantages évidents.

Depuis l’âge de sept ans jusqu’à celui où son apprentissage finira, vers quinze ou seize ans, l’enfant sera, aussi bien au point de vue technique qu’à ce-

lui de sa culture intellectuelle, sous la même direc-

tion ou sous des directions associées : l’apprentissage et le préapprentissage se confondront ; et, en revanche, l’enseignement général se prolongera pendant toute la jeunesse de l'individu.

À ce propos même, et bien qu’à première vue elle

semble ne se rattacher qu'indirectement à notre sujet, il y a lieu de faire une observation intéressante. On à constaté trop souvent, qu'au moment où ils arrivaient au régiment, les jeunes hommes ne conservaient que peu de traces de ce qu'ils étaient censés avoir appris à l’école. Si l’on peut s’en affliger, on ne doit s’en étonner que médiocrement, car, en huit ans, on a le temps d'oublier les leçons du maître, et l’on s’en apercevrait si l’on interrogeait, après huit ans, les étudiants qui ont reçu même une bonne instruction secondaire. Quoi qu'il en soit, cet

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inconvénient ne serait plus à redouter, si le même maitre complétait nécessairement l’enseignement de l'enfant par des leçons post-scolaires. La culture . générale se développerait, pour le plus grand bien du jeune homme et le plus grand profit de son instruction professionnelle.

Cette collaboration entre l’école primaire et l’école professionnelle apparaîtra surtout indispensable, si, comme l'opinion et les groupements intéressés le demandent, l'obligation scolaire est prolongée d’un an ou deux, de façon à empêcher qu’entre le moment ou l'enfant quitte l’école et celui où il entre en apprentissage, il y ait une période d'interruption pendant laquelle, livré à lui-même, sans occupations régulières, il perd son temps, oublie ce qu’il a appris et est exposé aux pernicieuses tentations de l’oisiveté et de la rue.

Ceite scolarité supplémentaire pourrait, ainsi que tout le monde le conçoit, être employée, en même temps qu’à perfectionner l’enseignement général, à commencer l’enseignement professionnel et cette période intermédiaire entre l’école et l'apprentissage, faciliterait la préparation du futur apprenti (1).

Il n’y aurait pas, en effet, à se préoccuper de l’utili-

(1) Voir ot 1, p. 68. — Cf, Gasquet, l'Enseignement professionnel

et l'enseignement technique ; — Revue internationale de l’enseignement, 1908 (Communication à la Société de l’enseignement supé-

rieur).

sation du travail, puisque l’enfant ne peut pas encore être occupé dans un atelier ; aussi son labeur seraitil uniquement orienté dans le sens de son éducation technique.

Pour ne pas précipiter le choix d’une vocation, on se garderait de lui enseigner encore un métier spécial, mais on se contenterait de lui donner une certaine éducation technique, générale et préparatoire. Tous les avantages du préapprentissage se trouveraient ainsi affirmés et développés.

Mais, plus encore que pour ce dermier, cette organisation ne peut se concevoir que, s'il y à un accord étroit entre l’instituteur et le professeur de l’école technique. Le premier, en effet, continuera naturellement sa tâche normale d'enseignement général, mais les notions qu'il a reçues à l’école normale et qu’il aura pu développer par un travail personnel, suffisantes, parfois, pour les leçons du début, cesseraient de l’être pour les leçons semi-professionnelles de cette période complémentaire ; le plus simple, évidemment, serait de faire appel aux professeurs de l’école pratique ou des cours de demitemps.

L'éducation de l'enfant se développerait ainsi d’une façon harmonique. De sept à douze ans, il recevrait une instruction générale, au cours de laquelle un certain nombre d'heures seraient prélevées pour le préapprentissage ; de douze à treize, l’enseignement

proprement dit et un enseignement professionnel général se partageraient son temps d’une façon à peu près égale; et enfin, de treize ans jusqu’à la fin de l'apprentissage, c’est ce dernier qui aurait la part la plus importante, le premier n’ayant plus qu’un caracière complémentaire.

Cette conception est à coup sûr séduisante, et il n'est pas besoin de démontrer qu’elle seraitégalement avantageuse pour l'enfant, pour l’avenir de l’industrie nationale et pour la formation de l’ouvrier et du citoyen.

Mais elle repose presque entièrement sur la bonne volonté réciproque et sur l’accord intime du maître

de l’enseignement général et du professeur de l’en-

seignement professionnel. Or, cet accord, qui paraît facile, si l’un et l’autre font partie de la même hiérarchie et sont soumis à la méme autorité, devient plus que douteux s'ils ‘dépendent de deux ministères différents.

Les conflits dont nous avons constaté l'existence et qui, de l’avis de tous, ont jusqu’à ce jour, empêché

le développement de l’enseignement professionnel,

ne manqueraient pas de se reproduire à tous les degrés, à tous les instants et à toutes les occasions. Ils se traduiraient par des froissements, des disputes, des résistances qui, non seulement aboutiraient à une véritable anarchie administrative, mais encore compromettraient l'éducation de lenfant tiraillé en sens

divers. Le maître de l’enseignement général, mal disposé, le plus souvent, à l’égard de son collègué de l’enseignement professionnel, ne faciliterait pas sa tâche et montrerait du dédain pour ses leçons, tandis que le second, au contraire, tournerait en ridicule l'instruction proprement dite, et, naturellement, la paresse de l'enfant trouverait son compte à cette situalion, car il en proliterait pour ne rien faire.

Sans doute, ces prévisions pessimistes ne se réaliseraient pas partout et toujours, mais l'expérience permet malheureusement de craindre qu’elles ne soient trop souvent exactes.

Dès lors, si l'unité dans la direction de l’éducation de l’enfant est indispensable, comme on ne peut pas raisonnablement supposer que le Ministère du Commerce songe à revendiquer toutes les écoles primaires, il faut donc que ce soit le Ministère de lInstruction publique qui ramène dans sa compétence l’enseignement professionnel.

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