LE MINISTÈRE DU TRAVAIL ET L'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
I ne semble pas, qu’au cours des polémiques nombreuses et ardentes auxquelles ont donné lieu l’organisation et le rattachement de l'Enseignement professionnel, personne ait jamais réclamé ceux-ci, pour le Ministère du Travail (1).
Cependant, et pour être complet, il nous paraît intéressant d'examiner les arguments que l’on pourraitinvoquer en sa faveur, car ses droits sur ce point nous paraissent au moins égaux à ceux du Ministère du Commerce.
Lorsqu'il fut créé, en effet, le 25 octobre 1906, ce fut, suivantune expression employée quelques années
(1) G. Bourrey, dans son livre sur le Problème de l'apprentissage et l'enseignement technique (1913) croit savoir qu'on songerait à faire valoir les droits du Ministère du Travail en matière d’organisation de l'Enseignement professionnel, mais déclare ne pas voir quels arguments l’on pourrait invoquer.
Popineau 10
auparavant par M. de Mun (L), pour séparer « l'intérêt du produit » de « l'intérêt des hommes qui le font naître ».
On faisait observer, qu’entre ces deux intérêts, il peut y avoir antinomie et le Ministère, qui est chargé de défendre les premiers, paraît peu compétent pour défendre également les seconds.
Le Ministère du Travail était donc destiné à « embrasser tout ce qui concerne les travailleurs envisagés comme tels » (2).
Or, pour reprendre cette expression, dans « ce qui concerne les travailleurs envisagés comme tels » ne faut-il pas comprendre leur instruction professionnelle, et au moment où le Ministère du Commerce se scindait pour donner naissance au nouveau Département, ne convenait-il pas que celui-ci emmenût avec lui la direction de l'Enseignement technique ?
On protège, sans doute, le travailleur, en assurant l'hygiène de l'atelier, en limitant la durée du travail, en lui garantissant des jours de repos, en cherchant à le soustraire aux conséquences du chômage, en veillant aux conditions du salaire, etc., n’est-ce pas le protéger d’une façon aussi efficace que de lui donner les notions nécessaires pour travailler avec moins de fatigue et plus de profit ?
(1) Chambre des députés, 5 juillet 1890.
(2) « Le Ministère du Travail »; Courrier Européen, novembre, 1906. 5