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L'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL AGRICOLE ET LA QUESTION DU RATTACHEMENT

L'enseignement professionnel agricole n'est pas moins important que l’enseignement technique industriel et commercial ; d’abord à cause du nombre des travailleurs des champs, ensuite, et peut-être surtout, en raison de la révolution qui s’est produite dans l’agriculture.

«Quand l’homme travaillait au hasard et machi- «nalement, écrit M. Louis Passy, l’agriculture était « un métier. Elle est devenue un art, depuis que « l’homme travaille avec réflexion, ou qu’il sait tirer « de la nature les différents aliments qui lui sont né- « cessaires, par les meilleurs procédés et dans les « meilleures conditions possibles (1). »

Aussi l’enseignement agricole, a-t-il été organisé à peu près à la même époque, peut-être même un

(1) L'Agriculture devant la science.

peu avant ; etil existe une véritable Université agricole avec ses trois degrés d’enseignement.

Au sommet, se trouve, à côté de l'Ecole forestière, l’Institut agronomique, dont l'idée première est due à Lavoisier, mais dont Michelet fut promoteur; la Constituante le créa par le décret-loi du 3 octobre 1848 ; mais il ne dura pas, fut supprimé le 14 septembre 1852, pour être reconstitué le 9 août 1876.

1l a pour but de former des professeurs d’agriculture, des administrateurs agricoles, des directeurs de stations agronomiques, des agents des haras, des ingénieurs agronomes, elc. ; il prépare même des élèves de l'Ecole forestière.

Au-dessous, sont les écoles nationales destinées, a écrit M. Tisserand, « à relever le niveau de la classe des propriétaires ruraux et des fermiers » ; elles sont dues à la loi du 3 novembre 1848.

Les écoles pratiques, organisées par la loi du 30 juillet 1875, complétée par le décret du 19 juin 4904, doivent faire une part égale à la théorie et à la pratique, et sont intermédiaires entre les écoles nationales et les fermes-écoles.

Celles-ci, dont l’origine remonte à 1830, doivent fournir un enseignement essentiellement pratique, dans le but de former de bons cultivateurs..

Enfin l’enseignement primaire agricole se donne à l’école primaire élémentaire, à l’école primaire supérieure et dans les cours temporaires.

Cette organisation se complète par l'existence des professeurs départementaux et d'arrondissement. Ceux-ci ont un caractère tout particulier ; leur enseignement s'adresse, moins aux enfants qu'aux adultes. Ils doivent « faire connaître aux agriculteurs les « améliorations, dont la culture locale est suscep- «tible; organiser de nombreux champs d’expé- « riences, se tenir en rapportavec les syndicats agri- « coles, et assister les inspecteurs d'agriculture » (1).

Bien qu’ils soient également chargés de faire, à. l’école normale primaire, un véritable cours d’agriculture, ce ne sont pas, à vrai dire, des professeurs. Aussi une loi sans doute prochaine (2) va-t-elle modifier leur titre et leur donner celui de directeurs des services agricoles, la dénomination de professeurs d'agriculture passant aux anciens professeurs d’arrondissement.

Bien que l’enseignement professionnel agricole ait été, au même degré que l’enseignement technique industriel ou commercial, l’objet de la sollicitude des pouvoirs publics et qu’il présente la même importance que ce dernier, il n’a pas donné lieu aux mêmes controverses.

(1) Annuaire du ministère de l'Agriculture.

(2) Projet voté par la Chambre le 12 février 1902, adopté avec modifications par le Sénat le 14 juin 1912 et renvoyé à la Chambre

le 4 juillet 1912.

Peut-être est-ce parce que, à vrai dire, il ne se préoccupe pas surtout de former des ouvriers agricoles. Seules, peut-être, les fermes-écoles répondraient à ce but, et elles ont un caractère trop spécial pour ;que l’Université ait pu élever, à leur encontre, aucune prétention. Les écoles pratiques sont surtout destinées aux petits propriétaires exploitants, et, quant aux écoles nationales et à l’Institut agronomique, ils fournissent des spécialistes et surtout des fonctionnaires. Nous avons, en effet, fait observer que les professeurs départementaux ou d’arrondissement étaient, non pas des pédagogues dans le sens ordinaire de cette expression, mais des sortes de conseils et de guides, dont l’action se faisait sentir sur les adultes et non pas sur les enfants.

De la sorte, l'enseignement agricole a moins le caractère d’un enseignement destiné à la masse,que d’un organisme particulier destiné à assurer le progrès de la science culturale.

Est-ce à dire que la crise de l’apprentissage ne se fasse pas sentir dans la production agricole ? En tous cas, elle prend ici un caractère particulier.

Par les conditions mêmes dans lesquelles s'effectue le travail des champs, l’enfant qui s’y destine apprend son métier, soit de son père, soit de son patron, soit des ouvriers avec lesquels il travaille, et, quand il sera devenu adulte, il saura tout ce que savent ces derniers.

Popineau 11

Il n’est pas difficile de remarquer qu'il se trouve, du reste, dans des conditions assezsemblables à celles des apprentis au temps des corporations. Il habite, en effet, avec le patron ou les autres ouvriers, mange à leur table, partage leur existence, de telle sorte que la production a un caractère familial. La crise, si crise il y a, provient donc, non pas de ce fait que les maîtres d'apprentissage ne veulent ou ne peuvent soccuper de leurs apprentis, mais de ce que ces maîtres sont eux-mêmes insuffisamment instruits ; äl n’y a donc pas, à vrai dire, crise d'apprentissage, mais crise de production. Il ne s’agit pas de suppléer à une institution qui s’en va, mais de combler les lacunes qu’elle présente, et, si l’on donne aux enfants une instruction professionnelle, cette instruction s'adresse également et surtout aux adultes; c’est même par l'intermédiaire des premiers que les seconds la recevront souvent.

Quoi qu’il en soit, la masse des enfantsne pourra être préparée à la profession agricole, qu’à l’école primaire élémentaire et à l’école primaire supérieure.

L'idée d'organiser dans les écoles rurales l’enseignement de notions élémentaires d’agriculture remonte à 1860, alors que M. Rouland était Ministre de l’Instruction publique, et il est intéressant de faire observer que les instituteurs étaient unanimes à réclamer cette innovation. M. Duruy chargea une commission spéciale d'élaborer un programme, qui

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fut mis en application par le décret du 42 février 1867, dont, il est vrai, les résultats ne furent pas très appréciables.

La question fut reprise par la loi du 16 juin 1879, qui plaçait les notions élémentaires d'agriculture au nombre des matières obligatoires enseignées dans les écoles primaires, et, afin que cet enseignement put pratiquement être organisé, elle l’établissait également dans les écoles normales. Malheureusement, elle laissait aux conseils départementaux le soin d'élaborer les programmes. Beaucoup se tirèrent assez mal de cette tâche ; aussi, les arrêtés ministériels des 24 octobre et 30 novembre 1895 nommèrentils une com mission mixte, dont les membres élaient désignés par les deux Ministères intéressés, en vue de préparer une instruction officielle, qui parut en janvier 1897 et avait pour but de guider les instituteurs.

L’enseignement devait comprendre trois parties : des notions de choses données dans le jardin de l’école, des indications sur le sol et les instruments

de culture, et enfin quelques leçons d'agriculture,

horticulture et comptabilité agricole.

M. Méline, dans son beau livre sur le Æetour à la Terre, demandait de joindre à cet enseignement technique une sorte d'enseignement moral, tendant à attacher l’enfant au sol et qui ouvrirait son âme « au sentiment de la nature, en lui révélant le côté poétique, qui attache et émeut ».

Diverses décisions, et notamment l'arrêté du 4 août 1905, organisaient, dans les écoles normales d'instituteurs, un enseignement analogue réparti en trois années, la première et la deuxième étant consacrées plus spécialement à l’enseignement général et aux travaux agricoles, la troisième à la préparation pédagogique. Les programmes devaient être adaptés aux besoins régionaux et varier, par suite, suivant les différentes écoles.

L’instruction professionnelle agricole était égalementintroduite dansles écoles primaires supérieures; elle y a d’ailleurs été remaniée et améliorée par les décrets du 26 juillet 1909 et les programmes y annexés, qui ont complétement réorganisé l’enseignement professionnel dans les écoles primaires supérieures : le programme spécial des sections agricoles fait la part légitime de l’expérimentation et des applications pratiques des sciences physiques et naturelles.

Sans entrer dans des détails qui n’ont rien à faire ici, on peut constater que l’organisation de l’enseignement agricole, dans les établissements dépendant du Ministère de l’Instruction publique, a été combinée d’une façon rationnelle et pratique. Cependant, si quelques résultats paraissent avoir été obtenus, ils n’ont pas été aussi complets qu’on au-. rait pu l’espérer. Sans doute, dès 1906, l’enseignement agricole était donné dans 222 écoles primaires supérieures, mais, dans bon nombre de

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