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la situation n’est pas douteuse, nous sommes en présence d’un véritable établissement d'éducation artistique et industrielle.
Elle doit former le goût du public, en produisant des objets de grand art, répandus dans la circulation grâce à la vente directe et aux dons nombreux faits par le chef de l'Etat ou les Ministres, qui les offrent, en cadeaux ou surtout en prix, dans un très grand nombre de concours populaires.
Elle fournit aux industriels des modèles, fait à leur intention des recherches, dont profite l’entière production céramique française, leur donne des consultations, effectue pour leur compte, dans son laboratoire de chimie, des expériences.
Elle forme des apprentis et des ouvriers qui, après avoir reçu une éducation technique incomparable, passent dans l’industrie libre, où ils ne manquent pas d’être attirés par des salaires supérieurs.
Enfin, elle comporte une école céramique, « école « professionnelle destinée à former des céramistes « décorateurs et des chefs d'industrie, et qui ne rend « pas des services moindres que telles autres insti- «tutions plus connues, comme l’école Robert « Estienne, l’école des Arts décoratifs ou l'Ecole cen- « trale » (1).
L'école nationale des Arts décoratifs pourrait
(A) Op cit, ipe227.
rendre à l'industrie française d'énormes services, en maintenant sa suprématie dans un domaine où, jadis, nous n'avions pas de rivaux, et dans lequel nous sommes aujourd’hui menacés par la coneurrence étrangère. Cependant elle végète et, les rapporteurs du budget vont le constatant d'année en année (1). .
Cette situation n’a rien d'étonnant. L’administration des Beaux-Arts a, comme rôle, de protéger en France l’art dans son évolution, dans son développement, dans ses manifestations diverses et variées.
Or, la scission préparée depuis le xvi° siècle entre les Beaux-Arts et les Arts décoratifs, est aujourd’hui devenue définitive. Cette scission, fâcheuse pour l’art dit « pur », a été désastreuse pour les arts décoratifs qui tendent à disparaître de notre pays, où ils ont eu naguère un si magnifique développement (2).
Les inconvénients de cette situation ont été, semble-t1l, aggravés par la combinaison qui s’est efforcée de maintenir un lien administratif entre deux frères autrefois étroitement unis, aujourd’hui définitivement séparés.
Rattachée aux Beaux-Arts, l'Ecole des arts décorätifs a occupé une situation secondaire et dédaignée; il est permis d'espérer qu’elle reprendrait une
(1) Op. cit., p. 75.
(2) Op. cit., p. 59.
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vitalité nouvelle, si on la rattachait franchement à l'enseignement professionnel, sur l'ensemble duquel elle exercerait une influence, dont les avantages ne sont plus à démontrer.
On peut faire des observations analogues relativement aux écoles nationales d'art décoratif de Nice, de Limoges, d'Aubusson, de Roubaix et de Bourges et surtout aux écoles départementales qui n'existent que de noms.
Les manufactures nationales et les établissements dont nous venons de parler constitueraient done un élément important du sous-secrétariat nouveau.
A ces éléments, pris à l’Instruction publique et aux Beaux-Arts, il faudrait naturellement en adjoindre d’autres, provenant du Ministère du Commerce.
Enlèverons-nous à ce dernier l'entière direction de l’enseignement technique et, avec elle, les Ecoles d'arts et métiers et, plus particulièrement, le Conservatoire national des Arts et Métiers et l'Ecole centrale. Pour les premières, la réponse à cetle question n'est pas douteuse ; elles doivent évidemment, et sans qu'il soit besoin d'une plus ample démonstration, suivre le sort des écoles qui, naguère, appartenaient à l'Instruction publique et, comme celles-ci, être rattachées à ce dernier Ministère.
La question est un peu plus délicate pour les deux autres grands établissements.
L'Ecole centrale des arts et manufactures apparaît plutôt comme une institution autonome, que comme un établissement relevant réellement et pratiquement du Ministère du Commerce. Elle a un budget propre et est dirigée par un Conseil d'administration qui jouit d’une large indépendance. Non seulement son fonctionnement n’appelle aucune critique, mais il est encore au-dessus de tous les éloges. Il semble done, qu’à son égard, il n’y ait aucun motif pratique d'innover. En revanche il y a, pour ce faire, des raisons théoriques ; du moment que l’on enlève au Ministère du Commerce sa fonction d’enseignement, on ne voit pas pourquoi on lui laisserait l'Ecole centrale, alors surtout qu’il ne s’agit pas de la transférer au Ministère de l’Instruction publique, mais de la rattacher à un organisme spécial d’enseignement professionnel.
En ce qui touche au Conservatoire national des Arts et Métiers, il comprend ‘deux éléments: un Musée et une Ecole supérieure industrielle.
Peut-être, pourrait-on laisser le Musée au Ministère du Commerce; cependant il faut remarquer, qu’un musée, el surtout celui-là, a comme utilité principale de servir à l'éducation, non seulement des enfants, mais encore des hommes.
Quant à l’Ecole supérieure, nous savons que ce n'est que de nom qu’elle se rattache au Ministère du Commerce, puisque la plupart des savants éminents
qui y enseignent, ont été prêtés par l’Université, et que, beaucoup d’entre eux, sont désignés sur la présentation de l’une des sections de l’Institut.
Il n’y a donc aucune bonne raison pour que Île rattachement ne soit pas complet, et ne s'applique, aussi bien aux établissements que le Ministère du Commerce possédait antérieurement au conflit et à ceux qu’il a lui-même fondés, tels que, par exemple, son Ecole normale technique, qu’aux écoles qu’il a prises au Département ministériel rival.
Nous n’avons parlé, au cours de l’historique du conflit, que d’une façon assez sommaire de l’enseignement agricole. Celui-ci, en effet, n’a donné matière à aucun litige. Le Ministère de l'Agriculture n’a élevé aucune prétention en ce qui concerne les écoles primaires supérieures où un enseignement agricole est donné et, à l’inverse, on lui a laissé la direction paisible des établissements de divers ordres fondés par lui. Il n'apparaît donc aucun inconvénient pratique à rester dans le sfatu quo, et une réforme radicale ne s’impose pas à l'égard de l’enseignement agricole dans les mêmes conditions, qu'en ce qui touche l’enseignement technique industriel ou commercial.
Cependant, les raisonnements que nous avons faits, à l'égard de celui-ci, peuvent également se répéter à
l'égard de celui-là, et peut-être même avec plus de force.
En effet, l'hypothèse que nous avons émise, à propos de l’école primaire élémentaire considérée comme un facteur éventuel de l’enseignement professionnel, est déjà réalisée à propos de l’enseignement agricole. Nous avons vu, que celui-ci fait partie du programme des écoles rurales ainsi que de celui des écoles normales d’instituteurs.
Nous avons constaté, que cette organisation était heureusement combinée et susceptible de produire d'excellents résultats. Malheureusement, il ne semble pas que ces résultats aient été partout obtenus, soit, ainsi que nous l’avons fait observer, parce que les champs d'expériences indispensables à une éducation culturale pratique manquent le plus souvent, soit parce que les instituteurs ne déploient pas, en la circonstance, tout le zèle qu’on pourrait attendre d'eux. |
Ceci s'explique un peu, car l’enseignement agricole, bien qu'inscrit au programme, reste cependant un enseignement supplémentaire, auquel, le plus souvent, les maîtres n’attachent pas une grande importance, persuadés qu'ils sont, que les inspecteurs primaires n’en tiendront que très légèrement compte dans leurs notes. Peut-être en serait-il tout autrement, si l’enseignement agricole passait au Ministère de l’Instruction publique ;lil serait, en effet, incorporé d’une façon étroite à l’enseignement général ; l’école élémentaire, prendrait rang dans la hiérarchie des
établissements professionnels et préparerait à la ferme école ou à l’école pratique.
Les avantages de cette situation seraient encore accentués si, comme nous en avons émis le vœu, l’enseignement primaire tout entier était mis sous la. direclion du Sous-secrétariat de l'Enseignement professionnel. Dans ce cas, les leçons d'agriculture prendraient rapidement la même importance que les lecons d'histoire ou de français, et cette équivalence nous paraît conforme à la logique et surtout aux besoins de la société et des individus.
Ajoulons même que l’enseignement général y gagnerait; on sait, en effet, combien les enfants de nos campagnes ont tendance à manquer l’école et l’on peut, sans exagérer, dire qu’en moyenne le total des journées d’absence équivaut à celui des journées de présence, si même il ne le dépasse pas. Or, il nous paraît probable, que le père de famille attachera plus d'importance à l’assiduité scolaire, lorsqu'il saura que son enfant acquiert, en dehors d’une instruction qu'il est souvent porté à dédaigner, des connaissances qui lui permettront de devenir plus tard un bon cultivateur et de rendre, en attendant, à la ferme paternelle d'appréciables services.
En ce qui concerne le rattachèémentdesécoles supérieures, et, en particulier, de l’Institut agronomique, aucune difficulté ne s’élèverait. En effet, les rapports qui existent entre la science pure et l’enseignement
agricole sont plus étroits encore peut-être que ceux qui relient cettè science à l’enseignement industriel. Ce sont des savants, et qui n'étaient pas des spécialistes, qui ont fait les découvertes par lesquelles a été transformée l’agriculture ; ce sont également des savants, en même temps que des spécialistes, qui professent à l’Institut agronomique, et leur zèle serait plus soutenu, si leurs efforts étaient appréciés par le Ministère de l’Instruction publique au lieu de l’être par celui de l'Agriculture.
Peut-être, à première vue, la question est-elle un peu plus délicate à l’occasion des fermes-écoles. IL s’agit là, en effet, d'établissements qui sont de véritables exploitations rurales, donnent un rendement et fournissent des bénéfices. C’est là une conséquence même du travail cultural ; celui-ci ne saurait s'effectuer à vide. Tandis qu’un apprenti menuisier ou ébéniste peut s’employer à des travaux, qui ne sont pas destinés à être utilisés, le futur agriculteur est bien forcé de faire pousser de véritables récoltes dans le champ, le verger ou le jardin qu'il s'exerce à cultiver. Mais cela n'empêche pas que la fermeécole soit surtout un établissement pédagogique, où la préoccupation de l'instruction des élèves doit primer toutes les autres. Le rattachement aurait, vraisemblabiement, pour effet d’accentuer ce caractère, qu’oublient trop souvent les directeurs de fermesécoles, plus soucieux d'obtenir un bon rendement,
que de donner un maximum d'instruction aux enfants qui leur sont confiés.
Nous savons que la question se présente tout autrement pour les anciens professeurs départementaux d'agriculture, qui vont devenir des directeurs d’agriculture (1).
Nous avons dit que, malgré le nom qu'ils ont porté et que continueront à porter les professeurs d'arrondissement, ce ne sont pas de véritables professeurs, mais des inspecteurs, des conseils, dont le rôle est plutôt un rôle de direction que d'éducation pédagogique. Il nous paraît donc logique de les laisser au Ministère de l'Agriculture, dont ils sont et doivent rester les agents.
Pour que le Sous-secrétariat d'Etat de l’enseignement professionnel méritât complètement son titre, il faudrait aller plus loin et lui adjoindre toutes les écoles qui préparent réellement à l’exercice d’une profession déterminée. On réaliserait ainsi, d’une façon presque complète, la conception d’un Ministère de l'Education nationale.
Nous croyons cependant qu'il y aurait quelque imprudence à pousser la réforme jusque-là.
En premier lieu, il y a, en effet, une distinction à faire parmi les écoles professionnelles. Les unes préparent à l'exercice d’une profession sociale, que
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leurs élèves exerceront plus tard librement, et, dès lors, contribuent, sous un aspect et dans des catégories déterminées, à l'éducation générale du pays ; — les autres ont un caractère plus spécial, elles ont pour but de faciliter le recrutement des fonctionnaires de l’Elat et des diverses administrations : ce sont, notamment, l’école de Saint-Cyr, l’école Polytechnique et l’école Navale, les écoles des Mines et des Ponts et Chaussées. Ce n’est que d’une façon exceptionnelle que ces divers élablissements fournissent des ingénieurs ou des employés à l’industrie privée.
On peut donc, très facilement, soutenir qu’il est logique qu’elles soient sous la direction des départements qu’elles intéressent et à qui elles doivent fournir les éléments d’un bon fonctionnement futur.
Le problème est plus délicat pour les établissements d'enseignement maritime qui sont bien des écoles professionnelles, dans le sens ordinaire du mot, puisque c’est à des entreprises privées qu'elles procurent des marins ou des officiers.
Cependant, on peut remarquer qu’il s’agit ici d’un enseignement très spécial et dont le rattachement à l'organisme nouveau compromettrait cette unité d'éducation, dont nous avons montré les avantages au cours de ce travail.