HAVE
«sions, agricoles, industrielles, commerciales et «même maritimes » (1).
Cette conception s’expliquait, du reste, à un moment où l’on considérait que l'apprentissage proprement dit pouvait suffire pour former les ouvriers ordinaires. Mais, si, comme on est bien forcé de le faire, on admet que cet apprentissage a disparu, sans qu'il soit possible d’espérer qu’il revive un jour, on est logiquement conduit à donner plus d'extension à l’enseignement professionnel, qui, dès lors, doit s'adresser à la masse des enfants (2).
Sans insister davantage sur ce que l'on‘peut appeler l’aspect externe de l’enseignement professionnel, nous allons nous efforcer de préciser son caractère interne et pédagogique.
De quelque façon que les programmes soient conçus, qu’il s'agisse de l’enseignement pratique ou de l’enseignement théorique, il est certain que l’enseignement professionnel constitue avant tout «un enseignement ».
L'enseignement est l’acte par lequel une personne qui sait communique ses connaissances à une personne qui les ignore.
Pour que cette opération puisse être réalisée, il ne suffit pas que le professeur sache, mais encore et sur-
(1) L'enseignement professionnel en France au début du XX siécle. (2) Paquier, L'enseignement professionnel en France.
RATE OERRSS
tout, il sera indispensable qu'il sache enseigner. On a dit bien souvent que l'éducation est à l’esprit ce que la nourriture est au corps, et cette comparaison devenue banale est ici, et dans le cas qui nous occupe, d’une vérité suggestive. Se nourrir, C’est introduire dans l'organisme un certain nombre d'éléments dont celui-ci a besoin pour fonctionner, s’entretenir et se développer. Mais si on lui présentait ces éléments à l’état pur, le but poursuivi ne serait pas atteint; il faut pour cela qu'ils soient introduits dans une combinaison qui les rende assimilables, et cette opération essentielle de l'assimilation exigera des préparations différentes suivant la force et l’état de l'estomac du sujet: c’est ainsi que l'enfant ou le malade devront êlre alimentés autrement que l’adulte ou l'individu sain. La situalion se présente à peu près de la même manière pour l’enseignement. Le plus souvent, si l’on se bornait à donner simplement à l'élève des indications scientifiques ou techniques, il ne pourrait ni les comprendre ni les retenir ; on imposerait simplement à son cerveau une fatigue inutile et, au lieu de l’instruire, on le rebuterait. Il faut que les matières à apprendre subissent une préparalion de nature à les rendre assimilables. C’est là l’œuvre du professeur, et c’est la façon dont il l’accomplit qui détermine son mérite pédagogique. C’est pour cela qu’un très grand savant pourra être un éducateur
déplorable et qu’à l’inverse, une personne, ne possédant que des connaissances restreintes se trouvera, si elle a les qualités nécessaires, naturelles ou acquises, donner un excellent enseignement.
Cette aptitude spéciale peut, en effet, s’acquérir. et, considérée à ce point de vue, constitue une véritable science qui a ses principes et ses méthodes.
On peut dire, bien entendu, dans une certaine mesure eten se gardant de donner à cette alfirmation une portée trop absolue, que celui qui possède cette science peut enseigner même ce qu'ilignore, à la condition de l’apprendre lui-même rapidement.
Ces considérations sur lesquelles, du reste, nous aurons à revenir dans les chapitres qui vont suivre, s'appliquent aussi bien à l’enseignement scientifique qu’à l’enseignement professionnel, et sont également vraies, qu’il s'agisse de former un latiniste ou un mathématicien ou d'apprendre son métier à un menuisier, à un forgeron ou à un mécanicien.
Même dans ce second cas, il faudra que celui qui enseigne à l’élève sa profession ait des aptitudes pédagogiques.
Mais, allèguera-t-on, dans le temps où l’ancien apprentissage florissait, des artisans ignorants de tout ce qui ne constituait pas leur métier et ne s’embarrassant guère de méthodes pédagogiques, n’en arrivaient pas moins à former d'excellents ouvriers. Pour cela, ils se bornaïent à travailler devant l’ap-
prenti et à le faire progressivement travailler avec eux.
Sans doute, mais, même à ce moment là, il y avait de bons maîtres d'apprentissage, pédagogues d’instinct ou d'expérience, sachant exposer clairement les principes de leur art et les indiquer avec patience et dévouement ; il y en avait de mauvais, et siles apprentis de cesderniers pouvaient acquérirles connaissances nécessaires, c'était au prix d'efforts personnels et dans les mêmes conditions où se trouverait un jeune homme qui devrait préparer son baccalauréat tout seul ou avec un prétendu professeur sachant, mais ignorant l’art d'enseigner. |
Puis, il ne faut pas oublier que, dans l’ancienne conception de l'apprentissage, le temps n’était pas ménagé ; l’apprenti disposait pour se former progressivement d’un nombre d’années assez long ; moins pressé par les conditions de la production, le maître d'apprentissage pouvait consacrer autant d'heures
qu’il le fallait à l'éducation professionnelle de l’en-
fant ou du jeune homme.
D’autre part, il intervenait un autre élément qui pouvait suppléer à ce que l’enseignement avait de défectueux : c'était le dévouement et le lien quasifamilial qui, par la force même des choses, s’établissait entre l’éducateur et l'élève.
Les trois éléments de la petite production ma-
Popineau 2