‹ L'Organisation centrale de L'Enseignement professionnel: La Question du rattachementChapitre 8 sur 50 · LT TEO RE · texte numérisé non relu

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nuelle : le maître, le compagnon et l'apprenti vivaient sous le même toit, mangeaient à la même table, prenaient ensemble leurs distractions et ne se quittaient guère. La transmission des connaissances techniques était donc en quelque sorte permanente. La disparition de ces conditions d'existence est, du reste, une des causes qui ont fait disparaître l’ancien apprentissage et créé la nécessité de lui substituer un mode d'enseignement nouveau.

L'évolution qui s’est produite, ou est entrain de se produire, en cette matière, ne fait en somme que renouveler tardivement celle qui s’est manifestée à une époque déjà reculée pour l’enseignement proprement dit.

Lorsque l'enfant est mis au monde, le rôle des parents n’est point terminé; ils lui ont donné la vie; ils doiventlui permettre de conserver cette vie, d’abord en assurant sà subsistance tant qu’il ne peut pas la conquérir lui-même, ensuite en lui transmettant ce minimum de connaissances, sans lesquelles l’existence n’est point possible ou demeure incomplète.

Cette éducation s’accomplit d’une façon purement ‘instinctive et en utilisantce don d'imitation, qui constitue le caractère principal de l’esprit de l’enfant. Il entendra parler, et en s’efforçant de répéter les mots prononcés devant lui, il apprendra le langage; il imitera les actes accomplis par les personnes au milieu desquelles il vit et il s'exercera à agir.

De la sorte, il pourra même acquérir une instruction professionnelle rudimentaire en accompagnant son père aux champs, à la chasse ou à la pêche, ou, s’il s’agit d’une fille, en voyant sa mère vaquer aux travaux du ménage.

Tout cela se fait sans plan arrêté et par la force même des choses, comme toutes les opérations de instinct.

Ce n’est que plus tard, avec les progrès de la civihsation, les complexités nouvelles de l’existence et la nécessité pour l'enfant d'acquérir une instruction générale plus étendue que celle que beaucoup de parents pouvaient lui donner, que l’enseignement proprement dit est devenu extra-familial, que des gens ont fait profession d’enseigner et que l’école est apparue.

Mais cette modification ne s’est produite que pour l'instruction proprement dite, et le régime ancien s'est encore conservé pendant longtemps dans l’enseignement professionnel.

Même, lorsque la division du travail s’est étendue de la famille à la cité et qu'il y a eu des méfiers, l'enfant conservait en général le métier de son père, et l’apprenait comme aux temps primitifs la chasse et la pêche en imitant ce qu'il voyait faire. Que si la vocation ou des circonstances économiques le poussaient à choisir une autre profession, on se bornait simplement à le placer dans une famille

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exerçant cette profession, et où il se trouvait à peu près dans les mêmes conditions que dans la sienne propre. C’est ainsi qu’apparait l'apprentissage et les considérations qui précèdent expliquent très bien Je caractère familial qu'il a conservé au cours des temps etqui n’a pas entièrement disparu aujourd’hui.

L’apprenti est, moins un salarié où même un élève, qu'une sorte d'enfant adoptif, et le patron bénéficie d’une espèce de délégation de la puissance famihale.

Cette situation paraît d'autant plus logique que l'unité de production industrielle, avec ses trois éléments, le maître, le compagnon et l'apprenti, revêt un caractère familial. Tout le monde habite sous le même toit, s'assied à la même table, partage les mêmes plaisirs. Si le patron a lui-même des enfants, l'apprenti est confondu avec eux ; ils sont apprentis comme lui, et ce dernier, n’est qu'un enfant de plus.

Dans ces conditions, il est permis d'affirmer que l'apprentissage n'est, en somme,que l'une des formes que peut revêtir l'éducation donnée par les parents. [1 demeure, tout au moins dans son ensemble, instinctif ou tout au moins empirique. L’apprenti aura surtout à imiter ce qu'il voit faire, et si le maître lui donne des indications et des conseils, ceux-ci n’auront aucun caractère pédagogique, ne seront soumis. à aucune règle, ni à aucune méthode.

Pour que cette façon de faire puisse fournir d’heu-

reux résultats, il faut qu’il y ait, d’une part, de la complaisance et du dévouement, de l’autre, du respect et de la bonne volonté. Il est nécessaire que le personnel de l'atelier ne soit pas nombreux, qu’il soit lié par un lien d’affection et surtout qu'il soit Stable et permanent. Si, en effet, le maître ne peut pas avoir l'apprenti complètement sous les yeux, si les ouvriers vont d'atelier en atelier, suivant les besoins changeants du travail ou les règles de l'offre et de la demande, la petite famille industrielle perdra son unité, et l’apprenti, au lieu d’être un enfant venu du dehors ne sera plus qu’une sorte de manœuvre, de la faiblesse duquel ses compagnons de passage ne tarderont pas à abuser.

A un autre point de vue, la situation que nous venons d'indiquer, suppose un état économique dans lequel les métiers seront bien marqués et où le progrès sera interdit. En mettant les choses au mieux, et, hors le cas de capacités exceptionnelles, | l’enfant ne pourra faire autre chose que ce qu'il a vu faire et aura appris à imiter par routine. |

Ces conditions n'étant plus réunies, l’apprentissage devait perdre son utilité et sa raison d’être, malgré les efforts du législateur et d'hommes de bonne volonté pour le maintenir et le rénover. Et, de même que l'éducation familiale à disparu le jour où la loi d’accession sociale a exigé que l'enfant sache plus que son père. de même l’apprentissage

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devait disparaître, au moment où la loi de progrès commandait à l’ouvrier de demain d’avoir plus de connaissances et d’habileté que l’ouvrier d'hier. Le premier a été remplacé par l’école proprement dite ; le second le sera de même par l’enseignement professionnel.

Il résulte de ce qui précède que l’apprentissage et l’enseignement professionnel ne doivent pas être confondus, et, bien que concourant sans doute au même but, sont très différents dans leurs méthodes et surtout dans leurs résultats.

Le second est forcément très supérieur au premier, et surtout mieux adapté aux conditions actuelles de la production.

Un exemple fera mieux saisir cette différence : On sait, ou toutau moins on affirme, que les petits violonistes italiens apprennent le violon sans connaître la musique. Leur maître se borne à jouer devant eux ; et, en l’imitant, grâce à une justesse d'oreille native, ilsarrivent à jouer eux-mêmes et quelquefois fort bien. On ne peut pas dire qu'ils aient reçu un enseignement musical, ils ont simplement fait. l'apprentissage du violon. Quels que soient les résultats qu’ils obtiennent de la sorte, ils sont dans une situation de beaucoup inférieure à celle d’un enfant qui aura appris méthodiquement la musique. Les premiers ne connaîtront que les airs qu'on leur aura « montrés », tandis que le second sera capable de

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jouer n'importe quel morceau, et, au besoin même, avec assez peu d'efforts et d'étude, de se servir d’un autreinstrument. Cependantil pourra, à première vue et à certains égards, apparaître que les premiers ont une certaine supériorité sur le second. Ils sont, par exemple, arrivés beaucoup plus vite à jouer, parce que celui-ci aura employé un long temps en exercices préparatoires; mais il n’est pas besoin d’observer que ce temps n’est pas du temps perduetsera vite rattrapé par la suite.

La situation nous paraîtra exactement la même, si nous comparons l'apprenti avec l'élève de l'école professionnelle. En quelques mois, le premier sera arrivé à fournir un travail utile, tandis que le second en sera encore aux rudiments de son métier. Mais laissons passer quelques années et, tandis que lun restera un ouvrier médiocre, prisonnier de formules apprises par routine, l’autre ne sera point l'esclave de son métier, mais son maître (1). Il se pliera sans

(1) « Sans cesser d’être lui-même, l’enseignement professionnel « peut et doit faire à la culture générale la large part, faute de « laquelle il serait impuissant même à produire de bons spécialistes.

« En même temps que l'artisan d’une tâche, l’enseignement tech- « nique doit viser à former l'homme.

«Ses élèves ne seront excellents dans leur profession, quelle « qu’elle soit, qu’à la condition de dominer leur œuvre au lieu « qu’ils en soient dominés.

«Ses maîtres n'oublieront pas que la valeur de l'individu se

à LP c La £ L4 : > « mesure à sa capacité d'idées générales, et que l'important n'est

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la moindre peine aux transformations industrielles ; il découvrira le cas échéant, des procédés nouveaux, et si la tâche à laquelle il est accoutumé vient à lui manquer, il en accomplira facilement une autre, parce qu’en même temps que sa main son esprit s’est formé et parce qu'il travaille non par habitude mais par raisonnement.

« pas qu’il devienne quelque chose, mais qu'il soit quelqu'un. » (A. Millerand, L’Enseignement technique ou professionnel, Conférence à l'Ecole des Hautes études sociales, année scolaire 1903-04).

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