‹ L'Organisation centrale de L'Enseignement professionnel: La Question du rattachementChapitre 9 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES FORMES DIVERSES QUE PEUT REVÉTIR L'ENSEIGNE- MENT PROFESSIONNEL. — DES DIFFICULTÉS AUXQUELLES ONT DONNÉ LIEU QUELQUES-UNES DE CES FORMES. — BUT PRATIQUE VISÉ DANS NOTRE ÉTUDE. — CONSÉ- QUENCES GÉNÉRALES ET THÉORIQUES AUXQUELLES ELLE NOUS CONDUIT.

Si tout le monde est d’accord pour admettre la nécessité de l’enseignement professionnel, des controverses assez délicates s'élèvent à propos de la forme que cet enseignement doit revêtir. Parmi ces controverses, la plus importante, et peut-être la plus délicate, est relative au point de savoir si cet enseignement doit être donné à l'atelier ou à l’école (1). C’est un peu et sous un aspect pratique, la question, que nous avons déjà exposée sous son aspect théorique, dans le chapitre qui précède.

(1) Cette question est traitée d’une façon très complète dans le rapport présenté au Congrès de Roubaix 1911 au nom de la section 12 chargée de l'étude des questions générales, par M. Labbé,

Inspecteur général de l'Enseignement technique.

opus

L'enseignement. donné à l’école, a-t-on dit, en effet, aura beau être consciencieux, ilne remplacera pas l'apprentissage. Qu'il puisse former des chefs d'exploitation, des ingénieurs, des contre-maitres, c’est possible ; il ne fera pas des ouvriers. Ceux-ci ne peuvent sortir que de l'atelier, et le vieux dicton fabendo fit faber est vrai aujourd’hui comme ïül l'était autrefois.

L'élève rapportera de l’école des méthodes ingénieuses, qui lui auront donné de l’orgueil, sans le rendre plus habile; mais ce qui lui manquera toujours, c’est la rapidité dans l'exécution et ce tour de main propre à chaque profession.

Habitué à considérer le travail comme une tâche d’écolier, dont le résultat ou le produit ne doivent pas être utilisés, il se trouvera embarrassé, quand il sera en face d’un travail sérieux.

On lui aura peut-être enseigné à bien travailler, mais en prenantson temps ; or, si à l'usine il faut, sans doute, que la tâche soit bien faite, il faut également qu'elle soit rapidement exécutée.

A un autre point de vue, pour apprendre un métier, il est presque toujours indispensable de manier de véritables machines et ne pas se borner à connaître celles-ci d’après des épures exécutées au tableau noir.

Enfin l’enseignement professionnel à l'école, appliqué à la masse des travailleurs, arrivera à mettre dans l’atelier, au moins pendant la période de transi-

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tion, deux populations d'origines différentes, qui ont bien des chances de devenir antagonistes. D'une part, des jeunes gens infatués de leur demi-savoir et portés à mépriser les vieux ouvriers ; de l’autre, ces derniers, justement fiers de leur habileté supérieure, et qui n'auront que dédain pour leurs nouveaux camarades, en qui ils seront tentés de ne voir que des amateurs. |

À coup sûr, ces reproches sont spécieux, mais il faut remarquer qu'ils supposent surtout un enseignement professionnel mal organisé. Lorsque ce dernier est, en effet, bien conçu, il ne se borne pas à enseigner à l’enfant la théorie du métier, maisaussi la pratique ; la première est mise au service de la seconde et n’a d'autre but que de préparer celle-ci. Sans doute, on apprendra à l’enfant à travailler méthodiquement, mais « méthode » ici n’est pas synonyme de lenteur, et il faut voir là, au contraire, un élément de rapidité, en même temps que de süreté dans l'exécution. L'élève devra nécessairement avoir à sa disposition les mêmes machines que celles qu’il retrouvera à l’atelier ou des machines analogues, et il s’en servira de la même manière.

Sans doute, au début, on lui fera faire des travaux « pour rire », et gâcher un peu de matière première. Mais, c’est là un exercice préliminaire, avantageux à un double point de vue ; d’abord, parce que l’enfant, qui sait que la faute qu’il peut commettre n’a

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