‹ L'Organisation de la conscience moraleChapitre 12 sur 25 · UTILISATION MORALE DES LOIS UNIVERSELLES · texte numérisé non relu

UTILISATION MORALE DES LOIS UNIVERSELLES

L'afTirmalion des moralistes, que la plus profonde joie est dans le sentiment du devoir accompli, paraît aujourd'hui, il faut Tavouer, de plus en plus considérée comme un édifiant paradoxe : à juste titre, au sens étrange que l'apriorisme chrétien a imposé au mot devoir. Mais cette affirmation n'est pas assez forte pour exprimer la valeur unique des lois premières de la vie ; car le naturaliste doit dire, en négligeant les déformations de quelques espèces prodigieusement compliquées, que la notion de joie perd toute signification générale, toute application normale, dès qu'on la détache de la notion de l'accomplissement des devoirs naturels en lesquels consiste la vie pratique.

L'idée mystique du paradis pesait sur Schopenhauer, quand il concluait que la Nature est un leurre perpétuel et que le piège de l'Amour attire et retient sans cesse l'univers dans la douleur. Il manifestait ainsi son incompréhension de la nature, qui n'attire nullement vers le plaisir les êtres toujours déçus ; mais la nature vivante, généralement insoucieuse du plaisir, se satisfait à chaque instant dans l'accomplissement de sa destinée. La séparation de la joie d'avec le sentiment du devoir accompli n'apparaît dans l'ensemble de la nature que comme l'effet d'une viciation des instincts, due principalement, dans quelques espèces supérieures, au fonctionnement imparfait de ce puissant mais délicat instrument d'adaptation qu'est la conscience.

Ainsi la méditation des lois primordiales de la vie nous rend claire la notion du devoir, dont la réalité fut si longtemps recouverte de mystère et d'erreur ; elle nous conduit à la source de l'énergie

individuelle, de la volonté robuste et joyeuse de vivre ; à la source du dévouement de l'individu à la race ; à la source de l'harmonieuse discipline sociale et des sacrifices héroïques qui jettent des hommes à la mort et grandissent des nations ; à la source où se puisent la consolation et la sérénité, tandis que l'aveuglement, inconscience ou erreur^ nous retient dans l'angoisse de la mort prochaine.

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