‹ L'Organisation de la conscience moraleChapitre 24 sur 25 · SA PLACE PARMI LES DOCTRINES MORALES CONTEMPORAINES · texte numérisé non relu

SA PLACE PARMI LES DOCTRINES MORALES CONTEMPORAINES

L'art moral d'organisation de'la conscience serait mal venu à prétendre à la nouveauté : on n'a voulu donner ici qu'une forme renouvelée, en accord avec l'état présent des connaissances, d'un art qui a constamment exercé dans l'humanité sa fonction nécessaire. Mais pour bien déterminer le caractère de cette forme renouvelée, il ne sera pas inutile de la confronter d'une part avec les formes de l'art qu'elle doit remplacer, d'autre part avec celles des doctrines actuelles qui s'opposent, non seulement à la forme actuelle de l'art moral, mais à celle même que nous y voulons substituer.

I. — Le légalisme chrétien, représenté par les morales rationnelles issues du kantisme, est encore, à l'heure actuelle, la forme officielle de l'art moral dans notre pays. Nous venons d'indiquer ce qui est, à notre sens, la cause essentielle, de son peu d'efficacité : l'insuffisance de ses principes. Mais cette insuffisance même s'explique aisément par leur origine. La source des prétendues lois morales est devenue des plus incertaines, dès que l'on a cessé de les faire découler de la volonté divine; dès lors l'autorité de la loi perd toute vigueur, l'idée du devoir perd toute vertu organisatrice : l'acceptation plus ou moins sincère de cette idée par l'esprit ne suffit pas h fournir une base d'organisation à notre conscience, et nous laisse dans un état d'anar-

chie morale qui nous expose à une prompte dissolution des mœurs mécaniques.

Aussi bien, la morale purement rationnelle est généralement amalgamée, dans l'enseignement, à des éléments empruntés aux doctrines utilitaires ou eudémonistes. Sans parler de l'inconvénient de la confusion que produit le mélange, ces éléments ne fournissent encore que des principes défectueux d'organisation. Je ne dirai rien de la notion ou vague ou beaucoup trop étroite d'utilité'^ mais la notion même du bonheur est loin de répondre exactement à la réalité de notre nature morale. Cette notion, produit d'une conscience imparfaite, est absente de la grande masse de la nature vivante ; la recherche directe du bonheur, comme celle du plaisir, est une des principales formes humaines de déviation des instincts. D'ailleurs, si l'on y regarde de près, la plupart des systèmes antiques de morale eudémoniste n'en viennent-ils pas à résorber la notion de bonheur dans celle d'union à la nature, de compréhension de la nature? Le platonisme, le stoïcisme, prenant pour point de départ la recherche du souverain bien, n'aboutissent-ils pas à un ascétisme contemplatif ?

Au lieu de chercher les principes organisateurs de la conscience soit au terme d'une prétendue déduction rationnelle, soit dans une notion formée sans méthode, de souverain bien, de but suprême de l'activité humaine, nous les demandons à une analyse positive de la nature humaine, éclairée par les résultats les plus certains des sciences de la vie ; c'est ainsi que nous prétendons donner a l'art moral un caractère positif.

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