‹ L'Organisation de la conscience moraleChapitre 8 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. — L'étude scientifique de la vie nous avertit aujourd'hui de l'unité profonde de la nature, de l'accord fondamental, sous une infinie variété de formes, des lois générales de la vie. Nous savons que les organismes individuels sont des composés de cellules, et que toutes les fonctions essentielles des organismes se retrouvent, sous la forme la plus simple, dans la cellule : assimilation et désassimilation, digestion, respiration, motilité, réactions diverses aux excitants : tous ces phénomènes du corps vivant existent déjà dans la cellule isolée ou composante où ils paraissent régis par des lois extrêmement constantes; sous la forme simplifiée qu'ils y présentent, leur nature, leurs conditions, leurs liaisons apparaissent plus clairement, sont beaucoup plus compréhensibles que dans les orga- Delvolve. 5

nismes complexes : c'est pourquoi la physiologie cellulaire et l'étude de la fine structure des éléments organiques prennent dès maintenant une très grande place dans les études physiologiques et préparent des bases nouvelles à l'art médical.

L'unité de la nature ne se limite pas aux phénomènes de la vie organique : elle s'étend très certainement à ce qu'on appelle les phénomènes de la vie morale, c'est-à-dire aux formes d'activité qui ne sont pas spéciales à une partie de l'organisme, mais appartiennent à l'ensemble de la synthèse organique, dont elles manifestent au dehors la nature.

Si donc nous cherchons des lois fixes et certaines pour servir de centre à notre vie morale et de principes de détermination de notre conduite, l'analogie des sciences biologiques nous conduit à les demander aux formes les plus simples de l'activité vivante, aux formes de la vie pratique de la cellule. Et en cela l'analogie scientifique ne fait que confirmer l'expérience de notre vie intérieure : la vie morale nous apparaît-elle autrement en nousmêmes que comme une réflexion sur les tendances inconscientes de notre nature, comme un perpétuel effort pour pénétrer par notre intelligence les formes élémentaires de notre activité ? — Pour nous aider dans cette tache de pénétration intellectuelle des instincts, ayons recours d'abord à la connaissance objective des lois universelles de l'action, telles qu'elles nous apparaissent dans la vie cellulaire.

II. — La matière vivante est caractérisée par la propriété qui lui appartient de se conserver et de s'accroître en vertu de son activité interne, c'est-h-

dire en tirant du milieu extérieur des éléments dont elle enrichit sa substance spécifique. Nous n'avons pas à nous attacher ici à Tanalyse des processus physiologiques selon lesquels s'accomplit cette fonction primordiale de l'activité vivante; il suffit de considérer cette fonction en tant qu'elle manifeste la nature de la synthèse vivante.

A ce point de vue, cette loi première est fréquemment désiofnée sous le nom d'instinct de conservation. Cependant le terme de conservation est loin d'en exprimer toute la réalité. Il convient de le remplacer par celui d'accroissement. La caractéristique du vivant n'est pas seulement de se conserver, c'est-à-dire de maintenir la forme vivante de l'amas de matière dont il est constitué, mais de s'accroître, c'est-à-dire d'augmenter indéfiniment la quantité de matière soumise à sa forme spécifique. Sans doute les dimensions de la cellule ne peuvent indéfiniment s'augmenter, elles atteignent au contraire très tôt leur limite ; mais cette limite est déterminée non par la cessation normale de la fonction d accroissement de la cellule, mais par les conditions matérielles qui s'opposent à l'accomplissement de cette fonction : l'accroissement individuel de la cellule est arrêté lorsque l'augmentation de son volume est tel que, s'il s'accroissait encore, la surface ne suffirait plus aux échanges nécessaires pour l'alimentation de la masse. Mais cette limitation ne supprime pas l'instinct d'accroissement : elle le contraint seulement à se manifester sous une forme nouvelle. Cette forme dérivée nous fournit une deuxième loi universelle de l'activité vivante, la loi de 7'eproduction.

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