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CHAPITRE IV

Les Commissions Nationales

de Coopération Intellectuelle

La Coopération intellectuelle ne remplira jamais son rôle, ne préparera l’avenir de l'intelligence et la cause de la paix sans posséder un caractère d’universalité; elle est tenue d’entretenir à travers le monde un réseau très complet de liaisons d’autant plus complexes que Ie champ des activités intellectuelles est lui-même un des plus riches. Son cadre est celui de la S. D. N. cadre idéal, mais une liste des Etats membres est une limite trop exigüe pour qu’elle ne cherche pas à dépasser et même à devancer la S. D. N. dans la voie de l’universalité.

Cette universalité se présente sous différents aspects : « universalité indépendance » en ce sens que la Coopération intellectuelle doit être en dehors de toutes difficultés politiques, parce que le plan où elle est située n’est pas celui de la politique; « universalité intellectuelle >» qui exige que toutes les formes de culture et que toutes les grandes disciplines de

la vie intellectuelle se trouvent réunies sous la même accolade; enfin « universalité décentralisation »; la Coopération intellectuelle doit tendre à se décentraliser, à se trouver partout dans le monde où se manifeste la vie de l'esprit, où l’on travaille et où l’on s’efforce de faire progresser les sciences. Elle ne portera ses fruits, n’exercera une action et une influence que si, dans chaque pays, des bonnes volontés et des compétences se réunissent en une assemblée pour assurer l'exécution des décisions prises à Genève, pour répandre dans tous les milieux intellectuels les mérites et l’œuvre de cette coopération, pour établir, de mille façons diverses, des contacts plus directs entre les vies nationales. La Coopération intellectuelle ne saurait être le monopole d’une seule Commission et d’un seul Institut, fussentils internationaux. « ...Il est trop évident que si < nous n’avions, pour représenter la vie intellectuelle « internationale, que la grande Commission interna- « tionale..., notre organisation serait une organisa- « tion abstraite; elle serait superposée au monde « intellectuel, elle ne s’y intégrerait pas... » 1. |

C’est en partant de l’idée que la Coopération intellectuelle doit se faire universelle, s'étendre, élargir ses bases en entreprenant dans chaque Nation et par chaque Nation le plus gros du travail, que peu à peu les Commissions nationales se sont créées. La Coopération intellectuelle ne dispose pas de cette Assemblée générale qui avait été prévue comme la

(1) Discours de clôture de la Conférence Générale des Commissions nationales, prononcé à Paris par M. E. Herriot, le 9 juillet 1937.

Bulletin « Coopération Intellectuelle », n°5 82, 83, page 482.

source d'autorité pour les organisations techniques de la S. D. N. et qui aurait groupé périodiquement des délégations officielles représentant leurs gouvernements. Mais ce serait une erreur de croire que cette lacune n’a pas été comblée; un contact suivi est assuré avec les centres nationaux d'activité intellectuelle par les Commissions nationales,

Dès avant la création de la Commission internationale, il existait déjà des organisations faisant un travail analogue à celui des Commissions nationales prévues dans certains pays. Aux Pays-Bas, par exemple, fonctionnaient une « Commission pour la distribution à l’étranger de la littérature scientifique néerlandaise », fondée en 1919, et un « Institut intermédiaire international » créé dans le but de fournir des renseignements sur les questions de droit international, s’occupant des échanges d'étudiants et de professeurs. D’une façon générale, ces Commissions nationales se sont formées spontanément dès la fin de 1922, dans les régions où la vie intellectuelle était particulièrement menacée, entre la Mer Baltique et la Mer Egée, pour répondre à une enquête instituée par la Commission internationale sur les besoins pressants de la vie intellectuelle dans ces pays. Dès 1923 et en 1924, cette institution nouvelle se révéla l'intermédiaire indispensable entre la C. I. C. I. d’une part et la vie intellectuelle d’autre part; elles forment un organisme nécessaire à la Coopération intellectuelle et représentent celle-ci sous ses formes nationales.

Depuis lors, d’autres Commissions se sont formées et développées dans des pays plus favorables, au niveau intellectuel plus élevé et, tout de suite, ces

Commissions ont désiré non pas seulement faire connaître les besoins de la vie intellectuelle dans leurs différents pays, mais travailler en permanence à l’œuvre entreprise sous les auspices de la $S. D. N. Leur nombre à cru rapidement : de vingt-quatre en 1929, il est passé à quarante-cinq en 1937 1 et il est probable que dans ‘les années futures d’autres Commissions verront le jour, d’autres pays voudront collaborer à l’œuvre de Coopération intellectuelle.

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L'organisation. des Commissions nationales

Du fait que la création d’une Commission nationale est laissée à la libre initiative de chaque Etat, selon ses possibilités tant intellectuelles que matérielles, les Commissions jouissent d’une entière indépendance quant à leur constitution et leur organisation. L'organisation de Coopération intellectuelle doit être souple, mobile, capable de s'adapter aux exigences de l’heure et, cette souplesse doit caractériser en premier lieu l’organisation des Commissions natio-

(1) Voici la liste des quarante-cinq Commissions nationales Allemagne, Union Sud - Américaine, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Bolivie, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Cuba, Danemark, Dantzig, Espagne, Esthonie, Etats-Unis d’Amérique, Finlande, France, Royaume-Uni, Grèce, Hongrie, Indes, Iram, Islande, Italie, Japon, Haïti, Lettonie, Liban, Lithuanie, Luxembourg, Mexique, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Saint-Domingue, Salvador, Suède, Suisse, Syrie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, et trois Commissions internationales : la Commission interparlementaire de coopération intellectuelle, la Commission catholique de coopération intellectuelle, la Commission évangélique de coopération intellectuelle.

nales qui sont les bases de toute la structure. On ne saurait imposer aucune règle rigide en ce qui concerne leur composition, leur fonctionnement et leurs rapports avec la Commission Internationale et la S. D. N.; toutefois, la dernière Conférence générale des représentants des Commissions nationales tenue à Paris en juillet 1937, a émis le vœu que les Commissions nationales, sans revêtir un caractère d’uniformité et en tenant compte des conditions particulières de chaque pays, devraient s’efforcer d'adopter certaines normes communes en ce qui concerne leur action sur le plan international et sur le plan national.

Les Commissions nationales fixent elles-mêmes leurs rapports avec les Gouvernements, leur règlement intérieur et leur composition; elles se constituent comme elles l’entendent, selon les conditions et les possibilités de chaque pays. En Autriche, la Commission nationale comprend les représentants des principaux établissements et associations scientifiques; en Pologne, c’est la Caisse Mianowski (Fondation pour l’encouragement du Travail scientifique) qui a formé la Commission nationale en collaboration avec l’Académie polonaise; en Roumanie, l'initiative est partie de l’Académie roumaine; en Lithuanie, elle est partie de l’Université de Kovno!. D’autre part, en Espagne, par exemple, de puissants foyers de vie intellectuelle ont reçu la mission d’entrer en contact régulier avec la Commission internationale. Leur

(1) « La Société des Nations +t la Coopération Intellectuelle », brochure publiée par la Section d’Information, Secrétariat de la S. D. N. Genève. 3°%° édition révisée, page 20.

composition est avant tout une composition technique, une réunion de personnalités aussi représentatives que possible de la vie intellectuelle nationale, une assemblée des représentants qualifiés des principaux groupements intellectuels nationaux. La C. I. C. I. avait exprimé le désir, dès 1923, de voir ces Comités nationaux comprendre des représentants

a) Des institutions ou associations qui ont été créées antérieurement pour encourager la Coopération intellectuelle dans le domaine national avec les

pays étrangers;

b) Des organismes ayant pour objet des manifestations de pensée sous leurs diverses formes (académies, sociétés savantes, littéraires, artistiques, etc.);

c) Du monde universitaire, soit des Universités particulières, soit des organes interuniversitaires

nationaux ;

d) Des bibliothèques nationales, instituts bibliographiques et services des échanges et publications;

e) Des groupements professionnels ou des fédérations nationales des travailleurs intellectuels 1.

La deuxième Conférence générale des Commissions nationales a souligné l’importance de la collaboration de groupes représentant la jeunesse intellectuelle, de même des représentants des milieux exerçant une influence directe sur l'opinion publique nationale, tels que la presse, le cinématographe, la radio. En

(1) Annexe 2 du procès-verbal de la troisième session de la C. I. C. I. (Paris, 5-8 décembre 1923). Document C-3-M-3-1924. XII. |

vue d’étendre leurs moyens d’action, les Commissions doivent envisager la possibilité d’établir dans leurs pays des liens de collaboration avec les organisations syndicales ou corporations syndiquées, sans distinction de nuance politique (par exemple, le Syndicat national des Instituteurs de France qui a joué un grand rôle dans lélaboration de la Convention pour la révision des manuels scolaires); de même, elles doivent établir des rapports suivis avec les branches nationales des grandes: associations internationales représentées dans le « Comité d’entente », les ministères, académies, universités, établissements scientifiques.

On a constaté que, sans préjudice de toute disposition d’organisation intérieure, les Commissions nationales ont été obligées de créer, pour assurer l'efficacité de leur travail, un secrétariat permanent avec lequel la Commission internationale et l’Institut puissent correspondre régulièrement, chargé de coordonner la double activité que les Commissions sont appelées à déployer sur le plan international et sur le plan national. Un tel secrétariat implique naturellement un budget : les concours des bonnes volontés individuelles ne suffisent pas pour assurer le fonctionnement d’un tel secrétariat et un minimum

de moyens matériels est indispensable.

Où trouver cette aide matérielle, ces fonds nécessaires? C’est au Gouvernement de chaque pays qu’il appartient de subventionner ces Commissions, de leur fournir les locaux nécessaires, de prendre les dispositions utiles pour favoriser leurs participations aux Conférences générales que les délégués de ces Commissions tiendront périodiquement. L’appui des

Gouvernements peut et doit renforcer énormément l’action de ces Commissions et leur permettre de tenir à l’avenir le rôle de tout premier ordre qui leur incombe dans le fonctionnement d’ensemble de l’organisation de Coopération intellectuelle.

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