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CHAPITRE IV

L’individualisme moderne.

Contradictions de la doctrine individualiste. Elle n’a rien de commun avec le respect de l’individualité. Elle a subi l’action du droit romain, de la théorie du contrat social et des systèmes économiques. Conséquences funestes des excès de l’individualisme dans la conception du contrat de travail, dans la question du paupérisme, dans la famille et les mœurs.

Pour nous rapprocher de cet idéal, il ne suffit pas que l’autorité soit décentralisée, il faut encore et surtout que les hommes isolés, se groupant, réagissent contre la conception individualiste dont tous les esprits ont été imprégnés pendant les cent ans qui viennent de s’écouler.

Nous rencontrons ici la seconde grande cause des symptômes de déclin que présente notre civilisation.

Les voyageurs décrivent le mélancolique spectacle aperçu des hauts plateaux près de Jérusalem quand, à midi, sous les rayons d’un soleil torride, l’espace semble vide et que tous les plans uniformes se détachent avec leurs lignes dures et anguleuses dans la sécheresse de l’air.

Au monde, lel que nous l’ont légué la Révolution et l’Empire, il manquait aussi quelque chose pour estomper les angles et adoucir les contours : la Révolution a fait de la société une poussière d’atomes desséchés; l’Empire, sur ce sable mouvant, a élevé des constructions géométriques, et l’aspect que les hommes de 1789 et de l’Empire ont ainsi donné à leur création est aussi déplaisant que celui de cette Judée brûlée par le feu du ciel. Aussi a-t-on reconnu que, dans un mécanisme pareil, les chocs seraient redoutables et de nombreux penseurs ont songé aux moyens de les amortir.

Le vice fondamental de la conception moderne, c’est l’individualisme atomistique. Montrer la fragilité d’un agrégat d’unités sans liens ni devoirs réciproques, où chacun a le droit de rechercher son plus grand intérêt en ne s’inquiétant pas de l’intérêt d’autrui, et où la civilisation est ramenée à la lutte acharnée de tous contre tous, c’est presque devenu une banalité et l’on commence à se fatiguer d’entendre toujours comparer l’individu à un atome.

Pourtant, on ne saurait assez le répéter, quand on considère qu’une société doit puiser sa force dans le groupement spontané des initiatives semblables, dans le faisceau résistant des énergies collectives, on déplorera que la Constituante et la Convention aient détruit les sociétés particulières dont se composait la société générale, que Napoléon, pour assurer sa tyrannie, ait eu besoin de l’isolement de chaque individu et qu’ainsi, au lieu des organismes naturels de l’humanité, nous n’ayons plus que des divisions administra-

lives, de découpures territoriales et une hiérarchie d’autorités.

L’individualisme moderne renferme d’ailleurs une contradiction flagrante. Voyez l’individu dressé au seuil de notre époque dans sa royauté factice, dans son orgueilleuse solitude, ramenant tout à ses impressions personnelles de joie ou de douleur. Adulé, déifié, proclamé par la Constituante le maître du monde, il en est arrivé h croire qu’il disposait de l’univers, à s’affranchir de toute sujétion gênante, à admettre que la société n’existe que pour lui permettre d’exercer sa souveraineté, d’obéir à ses passions, de satisfaire ses appétits.

Seulement, comme tous les individus ont désormais les mêmes ambitions, le même désir effréné de parvenir au même but, le même droit de l’atteindre, et que dans cette cohue houleuse, impatiente, avide, une bien petite minorité arrive seule à ses fins, l’individu est en somme mécontent et malheureux et il rappelle involontairement les paroles de Bossuet : « Où tout « le monde peut faire ce qu’il veut, nul ne fait ce « qu’il veut, où il n’y a plus de maître, tout le monde « est maître, où tout le monde est maître, tout le « monde est esclave. »

La souveraineté, en passant des dieux aux rois, des rois aux peuples, des peuples aux individus, s est morcelée à l’infini et chacun en a une part trop diluée pour qu’elle puisse lui être utile. Taine le montre dans le Régime moderne (vol. I), l’individu sent beaucoup plus son devoir de soldat et de contribuable que son droit de citoyen.

L’individualisme ainsi entendu n’a plus rien de commun, d’ailleurs, avec ce que l’on entendait jadis par individualisme, c’est-à-dire avec la libre expansion de l’individualité morale, décrite par Humboldt dans son livre célèbre : Ideen zu einem Versucli die Granzen der Wirksamkeil des Staates zu bestimmen.

L’homme doit évidemment désirer une situation où il puisse se développer dans son originalité et agir le plus possible d’après ses besoins, ses forces, ses facultés et son droit. Cela lui est utile à lui-même; cela est utile aussi à la société : car c’est un progrès incontestable pour un ensemble organique d’avoir des parties de plus en plus individualisées.

Seulement, la véritable théorie individualiste ne s’arrête pas à cette simple notion ; pour elle, l’individu n’est rien s’il n’est en même temps un organe par rapport à un tout vivant qui lui est supérieur; s’il vit uniquement pour soi et le présent et non pas également pour autrui et pour l’avenir. Le principe d’individuation implique une tendance à la beauté morale, un effort pour la réaliser, et dans ces conditions il est un élément essentiel de civilisation; on peut affirmer que la société la plus parfaite est celle où l’individualité aura le plus d’essor.

Mais le maximum d’individualité ne résulte pas de l’excès d’individualisme.

L’Angleterre a le respect de l’individualité, elle n’a pas exagéré le culte de l’individu. Par l’acte d 'Habeas corpus et le Bill of Rights, elle a été la première nation à protéger l’individu contre la tyrannie. Par l’acte de 1824 sur les coalitions, elle a également été la pre-

mière à protéger l’individu contre les dangers d’un individualisme outrance et à distinguer la liberté individuelle de l’isolement dans la liberté.

L’isolement dans la liberté, c’est la conception purement mécanique de la société, celle qui juxtapose des unités sans s’inquiéter du résultat de leur contact, sans prendre aucune mesure pour empêcher la majorité des faibles d’être étouffée au profit d’une minorité d’élite; celle qui fait ressembler la civilisation à un immense fumier dont la pourriture grandissante est nécessaire à l’épanouissement de quelques fleurs splendides. Cette conception a désagrégé la société, l’a réduite en poussière et a amené un état d’atomisation qui s’est traduit par la devise : « Chacun pour soi. » On répond, il est vrai, que telle n’a jamais été l’intention des individualistes. C’est évident. Mais telle est bien la situation qu’ils ont engendrée. Ils rêvaient le bonheur du genre humain, nous avons assisté au drame sinistre de la lutte pour la vie. Ils rêvaient le triomphe de l’individu, nous avons assisté à son écrasement.

D’ailleurs, l’individualisme, tel que nous l’a légué le xvme siècle, n’est pas le fond de l’histoire. Les sociétés puissantes et prospères douées de la vraie santé morale ont toujours été organisées et ont toujours considéré le problème du groupement des individus comme aussi fondamental que celui de la répartition des richesses. Pendant la jeunesse de l’humanité alors qu’elle avait la souplesse et la vigueur qui donnent l’audace et permettent les longues espérances, l’unité sociale était non l’individu, mais la

collectivité. L’individu livré à lui-même est une abstraction moderne; l’individu vivant dans la collectivité, soutenu par elle et ne comptant que par elle, telle est la réalité qui a présidé à la formation des sociétés et la loi de leur développement historique.

Dans un groupe social élémentaire dont la vie, réduite à sa plus simple expression, peut être ramenée à un intérêt unique, on admet une organisation fondée sur la simple agrégation des individus, bien que déjà la famille y exprime la manifestation initiale du groupement. Mais dès que la communauté s’étend et que les intérêts se multiplient, la nécessité des groupements sociaux apparaît. Alors le progrès ne résulte plus des efforts isolés de chacun, il s’effectue par les efforts combinés de tous, par les collectivités sociales, sources des principales conquêtes de notre civilisation.

Comment la force créatrice, l’esprit organique, le sentiment de cohésion ont-ils fait place à des impulsions en sens contraire? Comment le faisceau des forces qui faisaient d’un peuple un tout harmonique et résistant s’est- il rompu pour ne laisser en présence que de flottants atomes?

L’individualisme commence à poindre à la Renaissance. L’humanisme libéral apparaît comme une noble aspiration à la vie individuelle, comme un hommage au droit individuel et à la liberté.

Mais, nous l’avons dit plus haut, des causes analogues à celles qui ont engendré la centralisation ont contribué aussi à accentuer l’individualisme et à faire d’une tendance favorable à l’individualité, un

obstacle à sa reconstitution et un élément dissolvant.

La première de ces causes, c’est l’influence du droit romain. Le droit romain ne reconnaît que des individus isolés, dont les rapports, tout extérieurs, se réduisent cà des actions et à des réactions mécaniques, et dans un groupement quelconque de personnes, il ne voit que ces mêmes individus et n’admet entre eux que les mêmes rapports extérieurs.

Il ne comprend pas des groupes portant en euxmêmes une volonté commune; il est rebelle à la notion de l’être collectif avec une vie collective. Pour le légiste romain, entre Puni té théorique du Populus Romanus et le Pater familias, il n’y a rien. Il n’admet pas d’organismes intermédiaires, et il est si loin de favoriser la conception juridique du groupement, qu’il repousse même la liberté d’association. A ses yeux, des hommes s’unissant spontanément dans un but déterminé, commettent un acte de défiance et d’hostilité envers l’Etat, source unique de 1 activité sociale. L’association n’existe que quand elle est reconnue par le Prince. Mais alors encore, 1 individualisme conserve sa toute-puissance : le Romain est tellement pénétré de la conviction que 1 individu seul est une personne, qu’il ne peut accorder d’existence réelle à une collectivité de personnes. Quand il veut introduire dans le droit privé une association, il ne voit d’autre moyen que d’en faire un individu nouveau, pour lequel il créé la fiction de la personne civile. Cette création conventionnelle d’un individu nouveau demeure complètement étrangère aux êtres vivants qui composent le groupe juridique, et le

groupe juridique, à son tour, ne dépasse pas le type d’un conglomérat où chaque unité reste ce qu’elle était et n’apporte ou n’emprunte rien à la personne civile.

La société romaine, sous l’Empire, a. le caractère d’un agrégat d’individus tous égaux, parqués administrativement dans des collèges, des municipes, et non groupés organiquement. Elle nous montre des individus disséminés en face d’un Etat absolu qu i supprime les vies collectives, qui tyrannise, nivelle et paralyse les vies particulières, qui met tous les pouvoirs, toutes les nations à la merci d’un seul homme et arrive à la fois au maximum possible d’atomisation en face du maximum possible de centralisation.

Les légistes de la Renaissance n’ont donc qu’à s’appuyer sur le droit romain pour réduire les organismes locaux en divisions administratives, mettre en tutelle les forces collectives, leur refuser une place dans le droit public, arracher les individus à l’existence corporative et les parquer dans des cadres artificiels, de façon à éliminer de la vie sociale ses éléments les plus solides.

Et Napoléon 1er, se drapant dans le manteau de la Rome impériale et hanté de la vision des Césars, promènera à son tour à travers l’Europe son rêve de centralisation et d’isolement à outrance de l’individu.

La philosophie politique contribue de son côté au triomphe de l’atomisme individualiste. Dès le xvie siècle, elle s’appuie sur la théorie du contrat social et fait remonter l’origine de la société à un contrat. La théorie du contrat social naît à cette époque dans la

démocratie protestante, où plie est mise en relief par Hotmail, l’auteur du Franco Gallia, et surtout par l’ouvrage Vindiciœ contra Tyrannos, de Hubert Languet.

Au xviia siècle, on la retrouve chez un absolutiste comme Hobbes, un libéral comme Locke, un juriste comme Grotius. Elle se répand au xvme siècle, avec Rousseau et Kant, et inspire les théoriciens de la Révolution.

La thèse du contrat social est, à ses débuts, la défense de la liberté contre l’arbitraire du Prince. Elle est; à son apogée, l’affirmation du dogme de la souveraineté de chaque citoyen et l’assimilation de la société à une juxtaposition d’unités égales entre elles.

« Les philosophes, écrit Taine, avaient transporté « la souveraineté hors de l’histoire dans le monde « idéal et abstrait, dans une cité imaginaire d’hommes « réduits au minimum de l’homme, infiniment sim- « plifiés, tous semblables, égaux, détachés de leur « milieu et de leur passé, véritables pantins qui « levaient la main du même geste rectiligne pour « voter à l’unanimité le contrat social f). »

Chez tous, l’on retrouve la même préoccupation : élever l’individu très haut. Tous aboutissent aux mêmes conséquences : enlever à l’individu tout point d’appui.

Pour Rousseau, « il ne faut plus de société partielle « dans l’État ». « Le but à atteindre, c’est que chacun « n’obéisse qu’à lui-même et reste aussi libre qu’aupa-

(') Taine, Le Régime moderne. Vol. I, p. 1G4.

« ravant. » « Il est absurde que la volonté se donne « des chaînes pour l’avenir » (*).

Pour Kant comme pour Rousseau, le contrat originaire a fait de la volonté individuelle une volonté autonome, législatrice, se donnant la loi à elle-même. Il proclame en ces termes la supériorité de l’individu : « Considéré comme personne, l’homme est cc au-dessus de tout prix. Il possède une dignité par ce laquelle il force au respect de sa personne toutes les « autres créatures raisonnables et qui lui permet de « se mesurer avec chacune d’elles et de s’estimer sur cc le pied de l’égalité (2). »

Il serait odieux de ne pas rendre justice aux nobles esprits qui ont contribué à l’émancipation de l’être humain. On ne peut méconnaître toutefois qu’ils n’aient enfanté l’école des thuriféraires de l’individu. Ceux-ci, exagérant la part de vérité contenue dans les idées de ceux-là, ont voulu faire de chacun de nous un fondateur de société, un maître inviolable, doué d'une liberté absolue qu’il faut se garder d’entraver. Ils n’ont imposé au citoyen, au propriétaire que l’obligation toute négative de ne pas nuire à autrui. Ils ont ébranlé le droit social en lui donnant comme fondement instable et vacillant une poussière d’atomes, et en le livrant ainsi au jeu de forces éphémères.

On a vu la Révolution française prendre des millions d’individus, les supposer sans liens entre eux, sans passé, sans devoirs, attendre de leurs libres volontés ainsi suspendues dans le vide la création

(!) Contrat social. Passim.

(2) Kant. Doctrine de la vertu. Paul Janet. Yol. II, p. 638.

d’un monde nouveau et oublier que s’il faut vouloir être libre, il faut aussi savoir être libre, c’est-à-dire organiser la liberté.

Mais si le droit romain et la théorie du contrat ont exercé leur action sur notre société, les faits et les doctrines économiques lui ont donné une empreinte décisive, en surexcitant au dernier point l’aiguillon de l’intérêt personnel et de la libre concurrence.

D’abord, le passage de l’état agricole à l’état industriel et de la petite industrie à la grande, marque au xvine siècle le passage de la société organique à la société individualiste. Commencée en Angleterre (J), l’évolution s’étend bientôt au continent, amenant à sa suite avec plus de richesses plus d’individualisme.

Cela était inévitable. La grande industrie ne pouvait plus se contenter des débouchés locaux et travaillait pour le marché international. Elle s’y trouvait aux prises avec les rivaux de l’étranger et se voyait obligée d’économiser de plus en plus sur les frais de production. Aussi, de plus en plus, elle est amenée à réunir des capitaux, à construire des fabriques colossales, à y entasser des machines perfectionnées à lutter contre des concurrents. A mesure qu’elle prospère, il lui devient plus difficile de se mouvoir dans les cadres qui contenaient anciennement les travailleurs et qui, désormais trop étroits pour elle, se brisent sous son élan énergique et continu.

Au progrès de l’industrie correspond rapidement la multiplication des centres industriels, un afflux de

(x) Schulze-Gavernitz, Zum socialen Frieden, vol. I.

population dans les villes, la concentration dans leurs murs de grandes masses ouvrières, en un mot, le développement du prolétariat moderne.

On eût peut-être songé, cependant, à enrayer un mouvement dangereux en lui-même, si les industriels, au lieu d’être mis en garde contre ses conséquences, n’eussent trouvé une doctrine, pour leur inspirer la certitude qu’ils étaient dans le vrai, et pour légitimer à leurs yeux les abus.

Les physiocrates et les encyclopédistes, expression de la réaction des droits naturels contre les droits historiques, de la liberté contre les excès du gouvernement, de l’égalité contre les privilèges féodaux et les monopoles, concevaient les hommes libres et égaux et disposant de leur personne à leur gré. Seulement, au lieu de les voir dans la réalité de la vie, membres d’une famille, d’une communauté, d’un groupe social, ils repoussaient l’action de l’ensemble organique sur l’individu, dont ils faisaient un être détaché de son milieu, parfait par lui-même et relié à ses semblables uniquement par l’échange. Il n’y avait qu’à le débarrasser de toute entrave, de toute intervention et à l’abandonner à l’empire des lois naturelles; sous le règne de la nature, l’intérêt de chacun lui indiquerait le mieux ce qui est le plus utile.

Ces idées ont inspiré Adam Smith. Son livre : Recherches sur la nature et l’origine de la richesse des nations, publié en 1776, fait de lui le vrai père de l’individualisme atomistique moderne.

Son esprit humanitaire et libéral avait en vue l’affranchissement de l’ouvrier et il ne pouvait pré-

voir, en 1776 (alors qu’il n’y avait ni capitalisme, ni machinisme), qu’en combattant dans l’intérêt des ouvriers la réglementation d’en haut et celle d’en bas, c’est-à-dire le régime mercantile et les jurandes, il défendait une théorie que ses successeurs allaient invoquer contre ceux qu’il voulait protéger.

Le reproche à lui adresser n’est pas d’avoir émancipé le travail, d’avoir proclamé l’égalité et la liberté des individus, mais d’avoir fait le vide autour d’eux; de les avoir laissés à leur instinct, livrés aux tentations de l’intérêt personnel.

C’est le désir du gain éveillé chez l’individu isolé qui doit produire l’harmonie sociale; c’est l’individu isolé auquel l’État doit garantir la liberté de ses appétits, de ses goûts, de ses dispositions. « C’est l’intérêt individuel qui défend le mieux le droit du propriétaire (x). » Chacun réalisera le mieux le bien de l’ensemble en réalisant d’abord son bien à lui; la libre concurrence des intérêts individuels est la meilleure façon de réaliser l’intérêt général; l’amour de soi-même devient le fondement de toutes choses et le conflit des égoïsmes, la base de l’ordre social.

Adam Smith, c’est là sa grande erreur, n’a pas compris le sens historique des corporations et n’a aperçu que leurs défauts. Il est hostile au principe même de l’association; il partage le préjugé romain et voit dans tout désir d’association une tendance révolutionnaire, un acte de mauvais gré à l’égard des autorités : « Dès que des ouvriers d’un métier se

(') Honoré Péroux, Napoléon Ier, p. 274.

<c réunissent, écrit-il, c’est pour conspirer contre le « bien public, pour faire monter les prix. On ne peut « leur défendre la réunion. Mais la loi ne doit rien « faire pour la faciliter ou la rendre nécessaire. »>

Pour détruire des abus incontestables, il ébranle le principe de cohésion si nécessaire à la vigueur du corps social, et laisse dans l’organisme économique une lacune immense qu’il ne cherche pas à combler.

Avec l’impassible confiance d’Adam Smith dans la nature de l’individu, avec ce rôle assigné à chacun d’améliorer sa condition sans s’occuper des autres, la vie devient un corps-à-corps pour la conquête des meilleures places, et les plus forts ont le droit de marcher sur les plus faibles tombés dans la mêlée.

Le xviue siècle est l’aboutissement de ces tendances multiples. Le droit, la philosophie, l’économie politique, tout converge vers l’explosion qui remplace soudain la réalité traditionnelle des organismes histo*riques par l’idéal de la liberté de la personne. Voltaire, Rousseau, d’Alembert et Helvetius comme Adam Smith et Turgot, comme la Constituante et les Girondins, rompent avec la conception organique et ne laissent subsister que 1 individu et l’intérêt de l’individu, dont ils font le pivot de toutes les conceptions économiques, politiques et morales, et dont Bonaparte fait le pivot de sa puissance. Les disciples de l’illustre fondateur de l’économie politique classique ont suivi le chemin qu’il leur avait tracé. Ils n’ont pas eu un instant d’hésitation ou d’incertitude. Ils devenaient même plus dogmatiques à mesure que les faits se dressaient devant eux pour les ébranler dans leur conviction, et il est

permis d’affirmer que leurs illusions comptent parmi les causes du trouble profond de notre époque. L’individualisme égoïste et mal compris, en donnant naissance à l’atomisme et à ses abus, a conduit à la conception socialiste.

Les classes dirigeantes ont puisé dans la théorie économique la conviction que leurs rapports avec les déshérités étant uniquement réglés par la nature, tout souci à leur égard était superflu et toute intervention une folie.

L’homme, leur disait-on, est responsable de ses actes, et pour subvenir à ses besoins, il n’a à compter que sur lui-même. Personne ne doit nuire à autrui. Personne ne doit aider autrui. Tous ayant les mêmes droits, l’intervention de la communauté ou de quelques-uns au profit des autres est un privilège en faveur des secourus et au détriment de la masse.

Les obligations que le seigneur féodal avait vis-à-vis du vassal constituaient pour celui-ci une sorte de protection. L’industriel moderne n’a plus d’obligations vis-à-vis du prolétaire. La propriété et la fortune donnent le droit d’user et d’abuser; elles ne sont plus des fonctions sociales. Le maître emploie ou délaisse l’ouvrier suivant qu’il y trouve son profit, et quand il a payé le salaire, il est libéré vis-à-vis du salarié. Le contrat de travail est un contrat comme un autre, qui a pour objet une marchandise comme une autre, la main-d’œuvre. On n’a qu a appliquer à ce contrat les règles du droit romain sur 1 ’emplio-vendilio ; les deux contractants étant libres et égaux s’arrangeront selon leurs convenances.

Or, cette assimilation de l’employeur et de l’ouvrier à deux individus égaux débattant librement le prix d’une marchandise, était une erreur colossale.

Le contrat de travail, Engel et Brentano l’ont démontré, a pour objet l’utilisation de la force du travailleur. Le travailleur ne se borne pas à livrer une marchandise comme un maquignon livre un cheval; le travailleur, pour livrer sa marchandise, doit employer son corps, son intelligence et son cœur.

S’il est vrai que les règles du droit romain suffisent à tout, c'est un fait régulier, normal, c’est un incident naturel de la vie de tous les jours, que l’ouvrier refusant le travail surtout quand il est le plus utiie à la société, et décrétant la grève générale.

Assurément, le préteur romain appliquant les règles du contrat n’eût pu voir là une situation révolutionnaire.

S’il est vrai que le droit romain suffise à tout, il n’y a aucune raison pour blâmer le patron, quand son intérêt l’exige, de forcer l’ouvrier à accepter sous la pression de la faim un salaire dérisoire; de négliger dans ses ateliers les mesures les plus élémentaires d’hygiène et de salubrité; d’accepter l’offre de travail d’enfants débiles ou même de malades.

L’assimilation aux règles classiques de Yemptiovenditio est impossible (').

Le contrat romain suppose l’égale liberté des contractants. Et en proclamant la liberté sans l’organiser, en mettant face à face des individus isolés, vendeurs

(*) Brentano, Die A rbeiter- Versicherung gemciss der heutigen Wirtschaftsordnung. Leipzig, 1879 (p. 19 et 20).

et acheteurs de travail, en leur disant : « Débattez vos intérêts à votre gré », le régime moderne n’a pas vu l’abîme existant entre l’ouvrier et le capitaliste.

L’ouvrier, pour vivre et élever sa famille, a besoin, au point de vue physique, de force, de sobriété, d’une santé à toute épreuve; au point de vue moral, d’ordre, d’épargne, de discipline, d’intelligence. Et la moindre faiblesse, le moindre oubli, la plus légère secousse le mettent, lui et les siens, hors des rails.

Assurément, le capitaliste pris individuellement ne prospérera pas sans fortes qualités morales et intellectuelles. Toutefois, dans la grande industrie, dans la société anonyme, tous ceux qui forment le capital n’ont pas besoin de ces qualités au même degré.

Comparez la vie de l’ouvrier à la vie de l’industriel. Ils ont l’un et l’autre à compter avec les mêmes événements, la destinée leur réserve les mêmes douleurs, la morale leur impose les mêmes devoirs.

Ils doivent élever leurs enfants, leur donner l’éducation et l’apprentissage. Ils doivent prévoir la maladie, l’accident, les infirmités, la vieillesse et la mort; ils doivent prévoir des crises, des ralentissements de production, des chômages.

Quelle différence néanmoins dans la répercussion de ces événements!

D’un côté, grâce au capital, à la permanence des revenus, l’existence matérielle continue régulière et assurée, pour le chef de famille ou pour les siens. La voie est tracée. La machine continue à rouler.

De l’autre, chacun de ces incidents entraîne des sacrifices pénibles, de profondes secousses, un boule-

versement complet; les ressources sont taries et le problème de la misère apparaît.

Comment donc admettre dans le contrat de travail l’égalité des contractants?

En outre, dans le contrat de travail, il y a (ce que l’on ne rencontre pas dans les autres contrats de vente ou d’achat) des devoirs moraux réciproques.

Il ne suffit pas que chacun ne songe qu’à son intérêt personnel immédiat. Chacun doit songer à l’intérêt d’autrui. Chacun doit faire un éertain sacrifice de son avantage présent pour mieux assurer l’avantage futur de tous.

L’industriel doit accorder des salaires élevés et des journées réduites pour que la classe ouvrière grandisse en intelligence, en dignité, en moralité.

L’ouvrier doit, en discutant son salaire et ses heures de travail, tenir compte de l’état du marché international pour que l’industrie ne succombe pas sous le poids de la concurrence.

Le contrat de travail ne met pas en présence deux individus, un acheteur et un vendeur de travail, mais deux organismes, l’industrie et le prolétariat; l’intérêt social l’emporte sur l’intérêt individuel, la conception sociale sur la conception atomique.

Mais la conception atomique a triomphé, et avec elle ont triomphé tous les excès de l’égoïsme individuel.

Les patrons, privés de frein modérateur et excités par la concurrence, ont imposé aux ouvriers des conditions toujours plus dures, des salaires toujours moins élevés, des journées de travail toujours plus

longues. Ils ont recruté des travailleurs toujours plus incultes et plus avilis, leur ont offert des conditions d’hygiène et de salubrité toujours plus désastreuses, et leur ont abandonné une bouchée de pain qu’ils étaient réduits à se disputer avec leurs femmes et leurs enfants devenus des rivaux. L’Anglais Nasmylh, le grand fabricant de machines, s’était enrichi en substituant dans son usine les jeunes garçons aux adultes. Appelé à Londres devant la commission d’enquête sur les Trade-Unions, il fit la déposition significative suivante : « Pour un fabricant, « il est désirable de pouvoir compter sur une grande « masse d’ouvriers en quête d’ouvrage. » Et comme on lui demandait ce que devenaient les ouvriers inoccupés et leurs familles, il répondit : <t Je n’en sais « rien; je laisserais cela à, l’action des lois naturelles « de la société (l). »

Turgot et Ricardo avaient établi d’ailleurs la théorie du salaire naturel, c’est-à-dire du salaire descendant, en vertu des lois naturelles, à ce qui est strictement nécessaire pour ne pas mourir. Ricardo démontrait, fort logiquement, qu’il n’y avait pas à se préoccuper des conséquences de l’action des lois naturelles en cette matière, car le but à atteindre était la richesse, et la richesse restait invariable, quel que fût le taux de la population. Peu importait donc que la population fût décimée! « Pourvu, dit-il, que le revenu « net de l’Angleterre, que ses fermages et ses profits « soient les mêmes, qu’importe qu’elle se peuple de

(') Cette déposition est rapportée dans le livre de Quack, De Socialisten. Vol. I. Introduction.

« 10 ou 42 millions d’individus? Quoi donc! la « richesse est tout et les hommes ne sont rien (:). »

Et tandis que Ricardo se montrait simplement indifférent aux fluctuations d’une population minée par la faim, Malthus, nous l’avons vu, effrayé de l’augmentation des bouches à nourrir, s’en remettait à la liberté pour en réduire le nombre. L’industriel avide de profits admettait sans difficulté que secourir les malheureux c’est accroître le nombre des pauvres, que donner de l’occupation par bonté, c’est créer un inoccupé, que ne pas tirer du contrat du travail tout ce qu’il peut donner et tenir compte de la situation misérable de l’autre contractant, l’ouvrier, c’est de la philanthropie malsaine.

Et, contradiction poignante et cruelle, les économistes qui, à certains moments, désireux d’avilir le prix de la main-d’œuvre, voyaient dans le progrès de la population un bénéfice pour l’industrie, en arrivaient cependant, aux époques de ralentissement de production, à compter sur les guerres, les épidémies, la mortalité effrayante des enfants pauvres comme remède à un surplus de bouches inutiles!

Un mal en engendrait un autre : à côté d’une classe moyenne riche, mais indifférente aux souffrances et uniquement préoccupée de l’accumulation des capitaux, on voyait s’étendre la plaie du paupérisme.

Le paupérisme, dans sa forme actuelle, est une chose bien particulière au xixe siècle.

Jadis la cité et la patrie se confondent, l’homme vit

(') Espinas, Histoire des doctrines économiques, p. 501.

et meurt où il est né, la commune est la réunion des familles : on grandit, on vieillit ensemble; on se soutient dans le malheur, et, jusqu’à la fin du moyen âge, l’histoire des institutions publiques en Europe est l’histoire de la responsabilité et de la garantie collectives. Le pauvre n’est pas hors la loi, il trouve aide et protection auprès de ses frères.

Peu à peu, toutes les fraternités, les gildes, les corporations,, sociétés d’assurances réciproques, refuges contre l’adversité, abris contre la misère, écoles de charité et de solidarité s’écroulent, et au lieu d’un sol couvert des plantes vigoureuses de la mutualité et de la coopération, il n’y a plus qu’une plaine aride et déserte où souffle un vent de discorde. Grâce à la facilité des communications, à l’esprit d’entreprise et d’aventure chassant l’homme du foyer et le lançant dans l’inconnu de la grande mêlée, la commune n’est plus la collectivité des familles; elle est la réunion éphémère d’éléments étrangers les uns aux autres. Un caprice les attire, un autre les disperse. Une commune n’a plus ses pauvres qu’elle connaît, soutient et nourrit; elle a des pauvres qu’elle ne connaît pas, des nomades dangereux contre lesquels elle doit se défendre. Le wargus de l’ancien droit germanique qui, chargé du poids de son crime, erre pour échapper à la vengeance, revit en certains points dans l’indigent moderne qui erre pour échapper à la peine ou au dépôt de mendicité.

La distribution même de la population dans les grandes villes, la séparation des quartiers riches et des quartiers pauvres est un obstacle au maintien des liens

sociaux. Les riches n’ont pas sous les yeux le spectacle des souffrances humaines; seuls les philanthropes qui vont aux pauvres, les aperçoivent, les autres les ignorent, et les misérables vivent à part dans leur abaissement, les privilégiés dans leur luxe.

Déjà l’individu dégagé des liens sociaux, atome séparé de la molécule chimique dont i! fait partie, ne se développe pas de façon régulière. Il conçoit d’une manière plus radicale que l’être incorporé dans un milieu social. Il ne saisit pas la vie d’ensemble et ne se rend pas compte du sacrifice qu’il y a à lui faire ; c’est pour cela que l’isolement aboutit soit à la philosophie de la force ou de l’intérêt, soit au pessimisme. L’individu isolé va plus vite au doute, à la négation, au désespoir.

Mais, quand à l’isolement se joint l’abandon et la misère, quand le malheureux se trouve semblable au voyageur perdu dans les sables du désert, quand il recherche le pourquoi de la souffrance sans obtenir de réponse à sa question, il passe de la tristesse au désir d’un bouleversement social.

Quand il entend dira que chaque homme est libre de poursuivre la satisfaction de ses appétits, que chacun doit gagner le plus possible pour contribuer au bonheur de tous, lui, qui ne possède rien et ne gagne pas assez, en arrive à considérer comme équitable que chacun ait la même somme de bonheur et sonsre au

partage des biens.

Quand aigri, déçu, il se trouve sans intermédiaires en face de l’Etat abstrait qui passe pour veiller de loin et de haut sur toutes choses, il en arrive à considérer

l’État comme le seul obstacle à ses aspirations et rêve soit de le conquérir, ce qui est l’essence du socialisme, soit de le détruire, ce qui est l’essence de l’anarchisme !

Les philosophes, qui les premiers ont propagé l’idée de la liberté individuelle, songeaient à la liberté morale de l’individu plus qu’à son intérêt. Les économistes, eux, ont certainement plus songé à l’intérêt personnel qu’à la liberté morale de l’individu; et leurs tendances adoptées par la classe moyenne comme un drapeau, ont eu le mérite d’endiguer le despotisme, et le défaut de dissoudre l’esprit social et d’ébranler la sécurité publique.

L’influence de l’égoïsme individualiste ne s’est pas fait sentir seulement dans l’ordre économique. Nous la retrouvons partout, même dans la famille.

Un observateur attentif, M. Fournier de Flaix, déplorant l’arrêt de croissance de la population française, écrivait : « Les préférences données dans nos institutions, nos lois, nos mœurs, nos idées, depuis un siècle au moins, à l’individu sur la famille peuvent affaiblir la puissance de renouvellement et de développement de la nation {l). » Et M. Fournier de Flaixentrevoit le moment où la population de la France sera réduite à 30 millions.

Il est certain que le code civil a morcelé la famille, comme le droit public a morcelé la société. La législation civile a jeté les héritages aux quatre vents du ciel, elle a enlevé au groupe familial le

(i) L'Économiste français, 30 juillet 1892, p. 134.

sentiment de la continuité, elle lui a donné la sensation d’un être éphémère qui est entraîné dans la circulation formidable des choses ('). La réforme du Home Slead, dont l’origine est dans la législation américaine et dont le but est la constitution d’une petite réserve mettant le foyer familial à l’abri de la saisie, du partage forcé et de la ruine, est un essai de réaction contre ce morcellement.

Le principe de désagrégation a donc agi sur la famille, et il a agi sur la famille d'en haut comme sur celle d’en bas.

Dans les couches inférieures, il nous a montré, vers le milieu du siècle, le foyer conjugal désert, le père affalé sur le banc d’un cabaret pendant que la femme et l’enfant lui font concurrence à l’usine; le travail de nuit les rendant étrangers les uns aux autres et empêchant tout rapprochement des époux autre qu’un accouplement furtif de bêtes fauves; l’enfance laissée à la promiscuité hideuse des taudis, des ateliers, des rues, et préparant ainsi à la criminalité des recrues certaines; en un mot, chacun de son côté engagé pour son compte dans la lutte pour l’existence.

En haut, la recherche des jouissances a produit des résultats analogues :

De même que l’ouvrière a été entraînée dans sa vie

(*) Dans le volume posthume de Taine sur les origines de la France contemporaine, on lit (avant-propos anonyme) que Taine comptait étudier comment le code civil et tout le système individualiste français avec son esprit égalitaire et niveleur a abouti aux plus fatales des conséquences : le rétrécissement de la famille et la décroissance de la natalité.

de misère, la bourgeoise a été entraînée dans une vie de luxe et de frivolité; elle a dû livrer ses enfants à l’abandon ou les confier à des mercenaires et ne leur consacrer que des moments fugitifs. Les théâtres, les cirques, les fêtes mondaines, les courses, le sport, le jeu, les toilettes, la lutte pour l’apparence, l’ostentation et la vanité ont créé dans une certaine partie de la bourgeoisie les forçats du plaisir, comme l’industrie, les machines, la concurrence ont créé les forçats du travail dans une certaine partie du peuple. Les conséquences ont été identiques : plus de famille, plus d’éducation; l’enfant grandissant au hasard sans idéal, sans but, mûr bientôt pour le désœuvrement et l’inconduite, perpétuant les traditions d’isolement égoïste dont il est la victime, et fournissant le type du bourgeois viveur, désœuvré, ignorant, dont les traits distinctifs sont la sécheresse du cœur, l’étroitesse de pensée, la brutalité vulgaire, type qui diffère si peu de celui du mauvais ouvrier paresseux et ivrogne.

En résumé, Kant a défini le droit : « L’ensemble « des conditions sous lesquelles la liberté de chacun « s’accorde avec la liberté de tous. »

Pourquoi cette définition nous paraît-elle une insaisissable abstraction? Pourquoi ne peut-elle plus servir de base à l’ordre social? Parce qu’en fait, la liberté de chacun ne s’est pas accordée avec la liberté de tous. Et l’on en revient toujours à la même conclusion : le défaut de notre société, c’est d’avoir méconnu la nécessité du principe organique, d’avoir donné au droit: un support trop faible : l’individu isolé.

L’homme gravissant péniblement la rude montée de la vie, sans être soutenu par personne, se sent ignoré, perdu et va à la dérive. Il doit chercher un supplément de force dans l’esprit d’organisation et d’association.

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