‹ L'organisation de la liberte et le devoir socialChapitre 10 sur 65 · CHAPITRE IL. ne · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL. ne

La liberté et l’autorité.

Avantages et défauts de la liberté et de l’autorité. Examen historique de la question. Alternance de la liberté et de l'autorité dans le .domaine économique ; dans le domaine de la bienfaisance. La conci- Jiation des deux principes est dans la DR 0 AU | a

benne d’abord le débat plus brûlant et plus vivace que jamais qui s’agite entre les défenseurs de la liberté et les défenseurs de l'autorité. | Les partisans de la liberté dé vent. Richter l'a 2 fait au Reichstag dans les séances du 4 et du 6 fé- chse |

vrier 1895, l’État social de l'avenir livré à l'autorité - d’après les idées de Bebel; ils montrent la société | organisée comme une prison, la disparition de la vie . de famille, du ressort individuel, de l'élan vers le pro- __ grès ; la suppression de l'épargne, la sécheresse d’une existence sociale où, moyennant un salaire égal pour | tous, chacun sans joie ni énergie exécute un travail | À Lis par le pouvoir. HO Ees * Les partisans de l'autorité décrivent, avec Carlyle, |

LL lente désagrégation de la société contemporaine,

de LL Diation des ferments révolutionnaires, la

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Spin haine et l'envie des petits, l'inquiétude et l'égoïsme "à des grands, les sombres perspectives, la tristesse et la mélancolie répandues sur ce siècle auquel Adam Smith avait promis le bonheur par la liberté.

d Et pendant que les uns ébranlent le principe d’auto- rité en insistant sur la croyance erronée des sociann. listés, que l'État peut tout organiser; les autres … ébranlent le principe de liberté en insistant sur lillu- 0). ondes fanatiques de la liberté, s’imaginant que les individus peuvent se passer d'organisation.

, Ilest facile de montrer qu ‘aucune des deux écoles ne représente la vérité absolue, et n’est capable à elle f | seule de réaliser l'idéal auquel tendent les sociétés. L'autorité est indispensable; elle a pour écueil la routine; mais elle a pour fondement indestructible la tradition; pour caractéristique, le respect des choses

‘ respectables; pour objectif, le bien-être, le calme, le , ) reposetlordre. : je | Le 7 La liberté est DEEE. Elle a pour écueil

l'utopie; mais elle est la condition de l’activité, du.

changement, du progrès, en un mot, de la vie. Chacun de ces deux principes a son domaine spécial : Quand on ne voit queles individus, on songe surtout à assurer le développement individuel et on recherche La liberté ; ei | quand on ne voit que les masses, on songe surtout à É régler leurs rapports, à bner les forces, et on … | recherche l'autorité. Aussi, les individualistes glorifient la liberté, les socialistes ont foi dans l’autorité.

Au contraire, si on parvient à envisager à la fois et l'individu et la société, sans les sacrifier l'un à : l’autre et en laissant à l’un et à l’autre sa vie PrOBrÉS |

on conçoit aisément qu'il faut non pas opposer la liberté à l’autorité, mais les concilier dans un ensemble Foie | Et dès qu'on est arrivé à distinguer, dans la solution . du problème, l'individu et la société, une nouvelle . distinction s'impose, car la question doit être consi- -dérée différemment, suivant qu'il s’agit du domaine intellectuel et moral ou qu domaine CONORIÈRE, et | social. Fr | ; La liberté favorable aux individus est la source du no progrès. intellectuel et moral. C’est là sa vraie mis- 01 4 Sion. Écoutons autour de nous. Jamais siècle n'a ré- ha | tenti de panégyriques plus superbes de la liberté. En ce moment encore, alors que le soleil de la liberté semble décliner à l'horizon, dans un ciel chargé de nuages, ses adorateurs opposent à ceux qui n’ont plus leur foi robuste, les merveilles que leur idole a en- | fantées, l'élan splendide de la pensée, de la science, ‘ de l’art, de la philosophie; la moisson radieuse due die tous les domaines à la liberté de conscience, à la * liberté des o opinions, de l'association, des cultes, de ù | Vensefgnement. Ce sont là, en effet, des conquêtes ; définitives de la liberté. ne les plus illustres des | | . apologistes modernes de la liberté, Humboldt ou Jules Simon, Stuart Mill ou Spencer ; ils sus rentd'abord MANS d’une façon en quelque sorte négative en la mettant avec raison en regard de l’État de police, de son & atmosphère étouffante, de ses vexations, de sa tyran- .: nie stérile. HS l'abirraënt aussi comme doctrine positive Fe ps ” capable de produire le bien, et cette dernière thèse est ni surtout vraie en tant qu elle s'applique au développe-

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ment moral de l'humanité. Le pivot de la civilisation, c’est l'homme; le pivot de l’homme, c’est la volonté.

Pour obtenir le maximum de force sociale, 11 faut - laisser le maximum d’essor aux volontés. « Un chœur,

a dit Fouillée, a d'autant plus de puissance que chaque voix est plus sonore. » Et il n’y a une vraie conscience

nationale que là où il y a de vraies consciences indi-

viduelles. : | Il importe donc d'assurer à l'homme la possibilité

de se mouvoir librement dans la plénitude de son ori-.

ginalité et de ses facultés propres, et de trouver la

situation qui convient le mieux à ses aptitudes. On.

ne fait éclore des natures vigoureuses qu’en encoura-

geant la spontanéité; et la liberté seule aide à la

circulation de la vie, à la variété des idées, à la .

formation des caractères.

À ce point de vue, la société la plus parfaite est

celle où lya«le moins d'action extérieure du pou- « voir sur les citoyens, le plus d'action interne du citoyen sur le dehors » (!), où l'expansion de l'indivi- - dualité rencontre le moins d'obstacles; où la force qui

oblige les citoyens à être conformes, à se modeler les

uns sur les autres, d’après un type uniforme, est réduite à son minimum. Le despotisme donnera toujours

à la mode une influence démesurée qui s’étendra aux dépens de toutes les qualités primesautières.

Le redoutable défaut de l’autorité, c'est que plus elle agit, plus elle a d’ambitions à satisfaire, plus elle à

inspire d’ CRAN et de crainte, et moins il ya dans

() FouILLÉr, La science ut contemporaine. Hachette. Paris, :

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cas 39 —

l'individu de santé et de vigueur morales, moins il y

a dans l’État de caractères bien trempés, moins il ya.

dans la nation de force créatrice, car « on ne fait

jamais de grandes choses avec de petits esprits ». Ici donc, la liberté apparaît comme la garantie du bonheur et du progrès. Il est évident que, sans elle,

à l’homme ne peut arriver à son complet épanouissement intellectuel et moral.

Mais si, pour que son individualité s'affirme, l'homme doit être libre, pour être libre il doit d’abord manger. Or, pour que le plus grand nombre possible d'individus aient à manger, la liberté n’est pas toujours suffisante.

Et. à son tour, l'autorité favorable aux masses est

utile au progrès économique et social.

L'autorité venue tantôt d'en haut, tantôt d'en bas,

existe depuis que des hommes se sont réunis sur la terre. Il y a toujours eu des supérieurs et des inférieurs, et l’on a toujours admis entre eux des liens de

: subordination. Dès l’origine, le père a eu de l’autorité

sur les siens, le chef sur la tribu, le peuple conquérant

sur le peuple conquis. Toujours les cellules cérébrales

- ont exercé une direction sur les centres inférieurs, toujours les foules ont reconnu la supériorité et le prestige du génie. Dans une société quelconque, démo-

cratique ou aristocratique, le jour où il n’y aurait plus d'autorité, où les liens hiérarchiques seraient rompus,

l'agitation chaotique succéderait à l’ordre et l’on mar- - cherait à une dissolution certaine.

Le mal n’est point qu'il y ait une autorité et des chefs, mais, comme le dit Carlyle, que cette autorité

) nie

et ces chefs ot inférieurs à jte mission et inca-

pables de la remplir. L'autorité n est pas un privilège

et une faveur, mais une charge difficile. Elle doit |

donner la cohésion au corps social et assurer la protection à ceux qui le composent. AE Une société, pour se passer d'autorité, aurait besoin

de ses membres, c’est-à-dire d’un degré de culture, de

lumières, de vertu, d'esprit, de sacrifice, de moralité

qui n’a pas encore été atteint dans ce monde. Or, la vie sociale, telle qu'il nous est donné de la

voir, étant un perpétuel conflit d’ ambitions et d'intérêts, une opposition constante de classes ou d'individus, l'autorité puise précisément sa légitimité dans

l'obligation de régler les antagonismes, de fondre les contrastes, de protéger le droit et Ja liberté du faible contre le caprice du fort, d'empécher le slots des privilèges et de faire régner la justice.

Dans toute société, il y a un intérêt général ous nant de haut les intérêts particuliers. Eh bien! l’autorité représente ce tout organique supérieur qui plane

‘au-dessus des instincts égoïstes et au profit duquel un

peuple doit savoir restreindre la liberté de chacun s al veut arriver à la plénitude de sa puissance.

de la discipline volontaire et permanente de chacun

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À mesure, d’ailleurs, que nous avançons dans l'hise

toire, l'autorité résume de plus en plus toute la force acquise à un moment donné, toute l'expérience léguée par le passé; elle conserve le capital accumulé et en

fait profiter les générations nouvelles. Et si on peut

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confondre les adversaires de la liberté en traçant le tableau des progrès de l'esprit humain et en montrant

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