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n'avaient rien à demander et maintenir les privilèges des puissants contre les réclamations des faibles.
De là une réaction fatale, et qu'il a'été insensé de ne pas prévoir : les faibles n’obtenant rien ont voulu
avoir tout. À un État assurant le règne de la bourgeoi- |
sie industrielle, ils ont rêvé d’opposer un État assurant le règne des ouvriers.
Mais entre l'État veilleur de nuit des économistes et l’État omnipotent des socialistes, il ya place pour un
Etat social ne servant ni aux riches à écraser les : pauvres, ni aux pauvres à écraser les riches, ni au
nombre : à écraser la minorité, mais se mettant au ser-
vice de tous et assurant le règne de la justice par le '
respect de tous.
| Une législation ouvrière n "est pas plus tyrannique | qu'une législation civile, dès. que l’on tient compte de
tous les intérêts en présence. Seulement, il ne faut
pas l'oublier, il y a dans le monde autre chose que les”
prolétaires du travail manuel : il ya les prolétaires du
travail intellectuel et des professions libérales, dont. la situation est lamentable et l'avenir aussi sombre que
celui des ouvriers les moins bien partagés. Il yale …
petit patron, le petit bourgeois, dont la vie dans la
mêlée de la concurrence est une lutte pénible et
constante. Le problème est donc complexe. L'État … peut-il le résoudre- complètement? Il n’y faut pa songer. Peut-il aider à le rendre moins poignant?. Assurément. Pour tendre vers ce but, on lui dira
d’abord ce qu'il ne doit pas être. Il ne doit pas être l’opérateur capricieux faisant d’une matière diffuse l'objet de ses expériences. Il ne doit pas être un pur
symbole planant dans le vide au-dessus des passions de la foule. On lui dira ensuite ce qu’il peut essayer d'être : il doit représenter la nation organisée, reposer sur les traditions historiques et le développement naturel des peuples, être le faisceau des organismes
sociaux, l'association des associations dont parle
Montesquieu. Les fonctions, au lieu d'être centralisées au sommet, doivent être distribuées dans les orga-
nismes fondamentaux du corps social; les citoyens
ont à reprendre une partie de la tâche actuellement dévolue à l’administration professionnelle et à concourir avec celle-ci à l’accomplissement des devoirs or C'est là le caractère du gouvernement local.
I conserve à l’État la direction suprême et lui per- ‘ met, suivant l'expression de Comte, «de rappeler sans cesse la pensée de l'ensemble et le sentiment de la
. solidarité commune »3 il lui donne une réalité con-
crète sans nuire aux droits de l'individu.
Il concilie l’unité nationale, conquête des temps
modernes, etles libertés locales, legs précieux du passé. Il concilie le régime démocratique avec le respect de l’ordre et de l'autorité. | Il a, enfin, cet immense mérite, au point de vue contemporain, de diluer, comme le dit M. Benoist (), le socialisme dans les institutions locales. Dans l'Etat
décentralisé, les groupes locaux en arrivent à résoudre
fort simplement des questions qui au premier abord , paraissent extraordinairement ardues et inquiétantes. Je trouve un exemple frappant des avantages du
(1) Rte Le Dos Mondes, 15 janvier 1895. « Une démocratie historique », par CHARLES BENOIST.
TE 16 — | He) an a
gouvernement local dans le Small Holding Act | de. à
1892, par lequel l'Angleterre cherche à arrêter le dépeuplement: des Campagnes et à reconstituer la petite classe rurale en autorisant les County councils
et les Parish councils à mettre, au besoin par lexpropriation, de petites parcelles de terre à la disposition
de la classe ouvrière dans des conditions déterminées
et à rattacher ainsi les humbles au sol natal. Une transformation profonde du régime de la propriété,
une réforme sociale d’une portée considérable s’accom-
plit là sans protestation, sans danger, au sein des
organismes locaux de l’Angleterre (). AE Les grandes démocraties centralisées n ont rien de :
stable; les moindres réformes y sont difficiles. Rousseau reconnaissait déjà que la démocratie convient surtout aux communautés restreintes. Et l’histoire nous
montre les vices des démocraties étendues et privées
du contrepoids di gouvernement local. Bryce asignalé leur intolérance, leur esprit autoritaire, leur amour
des idées générales, des succès faciles, du bien-être, leur désir de changement, leur mépris de la légalité,
leur dégoût pour les efforts patients et laborieux, pour
l'étude approfondie des questions pratiques. Si les
petits groupes locaux sont souhaitables, si l’on peut
y réaliser des progrès comme ceux que je viens d’indiquer, c’est parce qu’on y trouve l’habitude du con-
trôle et du travail quotidiens, le dédain des creuses
déclamations, le respect des services rendus et des
()} On lira les détails de cette réforme considérable dans l'ouvrage de M. Maurice Vauthier : Le gouvernement local de 1 ‘Angleterre. Paris, 1895, P 136 et suiv., 206 et suiv.
intérêts d autrui ‘ets par oi plus de bienveil-
lance réciproque, de sérieux et de dignité; une conscience plus nette et plus profonde des CGUEES
de l’ordre et du droit.
L'Europe, pour se ménager un développement nor-
mal et régulier, devra en revenir aux anciennes
traditions des peuples libres, à ce régime pour lequel
l'autorité est comme la vie elle-même. La vie ne
choisit pas des hauteurs où elle trône dans la solitude,
elle est répandue partout. Comme elle, l'autorité doit être répandue dans tout le corps social.
On dit : Pourquoi retourner en arrière? L'unité,
c'est le progrès, la cohésion, la rapidité des mouve-
ments. La complexité de la décentralisation, c'est le
passé, le particularisme, les frottements, les lenteurs
d'exécution.
L'histoire contemporaine répond à ces défiances :
ce qui a fait la force des cités grecques, de la ligue
achéenne, des communes flamandes, de la ligue han-
séatique, de la ligue des villes du Rhin, des confédé-
rations des villes du sud de l'Allemagne et des villes lombardes, ce qui a fait la force des Pays-Bas et de l'Angleterre fait encore en ce moment la force de la
démocratie rurale en Suisse, des États-Unis d’Amé- riqueet de l'Empire britannique.
L'Amérique surtout mérite d'attirer spécialement nan Elle à retrouvé le type de l'Etat fédératif dont notre moyen âge avait déposé le germe dans le
é e e Ù h \ e } , \ ° droit public européen. Elle constitue une démocratie
tempérée par la décentralisation et le gouvernement
local. Et en 1789, au moment où la France allait
Mira ee
pousser à l'extrême l’idée de la centralisation, la constitution fédérale se distinguant de toutes celles qui allaient être promulguées sur le continent, : montrait la préoccupation des buts supérieurs que nous aurions toujours dû avoir devant les yeux : elle songeait à garantir non seulement les libertés individuelles, mais aussi les libertés corporatives; elle
réglait les rapports du gouvernement, non seulement
avec les individus, mais avec les groupes locaux; elle assurait l'indépendance des uns comme des autres; elle déterminait avec soin la sphère réciproque de souveraineté des autorités locales et du pouvoir central, et considérait les gouvernements locaux et le. gouvernement fédéral comme des facteurs de valeur. égale, ee 2 L'Amérique a conservé la marque de son origine : la grande république des États-Unis ne fut-elle pas au début une simple corporation, transformée bientôt en colonie, puis en État? La constitution fédérale de 1776 n'est-elle pas simplement le développement de la charte coloniale de 1684, qui, à son tour, étend la charte d’incorporation accordée en 1628 à la compagnie du Massachusetts ? : :
Actuellement, l’État américain est une association de quarante-deux États. Chacun a sa Constitution, son pouvoir exécutif, ses deux Chambres, son FR tion particulière, son système fiscal, son droit, sa procédure, sa justice. Dans chacun, de multiples organismes locaux indépendants, comiés, cités, townships, districts scolaires, se superposent sans. que l’un d'eux absorbe les autres. À la base se trouve
TO le Township, dont l’autonomie est complète. La petite communauté rurale qui, chez nous, s’atrophie et s’étiole dans la mélancolique solitude et l'abandon, forme là-bas une corporation prospère, pleine de . mouvement et de vie. Avec son assemblée électorale, . son pouvoir législatif, son comité scolaire, ses attributions de police, d'hygiène, de finance, de charité, elle constitue un État en miniatüre; elle est la moelle
de la république américaine. Et si l'enthousiasme inspiré jadis par Tocqueville pour le nouveau monde
a bien diminué, si la démocratie vantée par lui ne s’est pas montrée irréprochable, si des abus effrayants se sont manifestés dans les grands centres, si à New- York le suffrage universel privé d'organisation a pro-
duit la corruption effrénée qui a son siège à Tamany
Hall, il faut reconnaître, et Bryce le montre dans son admirable livre: The american commonwealth, que le salut des États-Unis réside dans les institutions locales, dans la démocratie rurale, dont la modération et les qualités solides font contrepoids aux excès de la démocratie urbaine et la tempèrent.
| Le secret de la force de résistance des États-Unis est dans la décentralisation. Grâce à la décentralisation, l'initiative, l'énergie, l’activité, le sentiment de “la responsabilité et de l'indépendance sont répandus danstoute l'étendue du territoire ; grâce à elle, le citoyen est, partout où il réside, rattaché à l’ensemble du Pays par les liens indestructibles du patriotisme local, par . la communauté des intérêts locaux, par la pratique
constante des droits et des devoirs locaux. Et c’est :
ainsi que l'échec de la démocratie à New-York n’en-
RE Re, DEL ER ES pee) Dr
traîne pas la perte de la démocratie américaine. Quand on considère l'immense mécanisme gouver-
nemental et administratif, en apparence si compliqué, de Amérique du Nord, le pouvoir fédéral, avec son
président, ses deux Chambres, sa justice, supporté
par quarante- -deux États qui peuvent être ramenés eux-mêmes à des organismes de plus en plus élémen-
taires, dont chacun &tonstitue une communauté poli-
tique douée d'organes multiples répondant à autant de fonctions sociales, on admire dans ce régime, malgré ses défauts évidents, un robuste faisceau de forces sociales et un type supérieur de société politique. Il
y à là un exemple pour tous ceux qui ne voient pas
dans le nivellement égalitaire, dans la suppression
de la variété des groupements, dans la logique de la
symétrie, le dernier mot de la perfection politique.
L’Angleterre, à son tour, qui, après Guillaume le
Conquérant, a failli un moment être soumise à un
système centralisateur, à su réagir; elle a maintenu
la vigueur sociale dans la nation entière en distribuant le travail social dans la nation entière. Jusqu'au
xvin® siècle, elle a pu, s'appuyant sur la petite classe moyenne rurale et urbaine, groupée dans des corps. historiques et traditionnels, réaliser le vrai gouvernement local et conserver l'esprit des institutions locales. Les mœurs y aidaient puissamment; l’industrie. était
corporative et domestique, les rapports économiques et SOCIaux avaient un caractère familial et intime et,
à la campagne, le squire vivant dans ses terres, accom-
plissant gratuitement les fonctions de juge et d'admi-
nistrateur, était l’âme du gouvernement local.
Non SA
Mais à la fin du xvmn° siècle, la société patriarcale
se dessèche au souffle de la grande industrie; les
- charges honorifiques, les organismes locaux, les tra-
ditions historiques cèdent à l'effort de la centralisa-
tion bureaucratique. Pourtant, les racines du self-
government étaient si profondément enfoncées dans le sol, elles plongeaient si loin dans le passé que rien
n'a pu les détruire et, aujourd’hui, le gouvernement
local prend. un élan nouveau : la loi de 1888 sur les
ans councils, celle de 1894 sur les Parish councils sont un retour à des principes auxquels l'Angleterre doit une situation vraiment enviable.
Les unions de paroisses, associations spontanées de petits groupes organiques, douées de la personnification civile, investies d’un rôle important en matière de bienfaisance, d'éducation, d'état civil, etc., les dis-
tricts de police, les districts sanitaires, sont autant de
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