‹ L'organisation de la liberte et le devoir socialChapitre 56 sur 65 · SC · texte numérisé non relu

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elle n’a pas non plus d'ambitions démesurées. Si ceux « qui la composent restent médiocres, ils pourront être.

“à heureux, même dans la médiocrité, car ils sont à leur L place. S'ils prospèrent, ils formeront une réserve précieuse de raison pratique, de patience, de qualités solides et viriles. Mais quan ils abandonnent les conditions moyennes de la vie sans avoir un bien à grand talent, ils tombent ; car cette fois, ils n’ont plus 4 le droit d’être médiocres; n’est pas médiocre qui veut. . Ils doivent s'élever à tout prix. Et alors, sans l’ouver- . ture d'esprit que donne la vraie culture, ils s'agitent * dans un petit cerele d’intrigues, de cabales, de riva- lités; ils éprouvent des froissements, ils s’aigrissent et finissent par ne plus voir juste. En désertant leur milieu, ils lui ont enlevé une force incontestable; en entrant dans un milieu nouveau, ils ne lui apportent rien que des ferments de désagrégation. La déperdi- *e tion de force sociale est évidente.

» Voilà ce qui a rabaissé les établissements supérieurs au niveau d'écoles professionnelles et les a soumis à : des préoccupations d’un ordre infime qu’ils n'auraient À pont dû avoir.

P , ILyaà cet affaiksement un signe extérieur saisis- 4 sant : la multiplicité des examens pratiques. Je suis Join de prétendre qu'il ne faille pas d'examens, qu'il ne faille pas exiger de ceux qui aspirent aux fonctions publiques des garanties de capacité. Je pense, au contraire, que l'État a le droit de placer à l’entrée des carrières des épreuves bien plus difficiles et plus | sérieuses que celles qu'en impose aujourd’hui. Seule- . ment, en ne séparant pas, comme on le fait en Alle- . magne, les garanties scientifiques pt les garanties : professionnelles, nousn'aVOns ni les unes ni les autres.

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commencent à voyager et à lire beaucoup, nous A A

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contre la marée one des: médiobrités, et ne constituent pas non plus une preuve de vrai savoir. | Notre système est un tamis qui laisse tout passer ; ‘M n’entrave qu'une chose, le développement de la : science 0 et le culte de l'idée. | | 1 Avant d'appeler le xix° siècle le siècle des ouvriers, Gladstone l'avait surnommé le siècle des examens. Et nous sommes bien de notre siècle à ce point de vue. C’est inouï cé que l’on passe d'examens en Europe. Si “4 cela continue, il arrivera un moment où une moitié 4 des nations sera occupée à passer des examens, et. 4 l’autre moitié à en faire subir. Les mandarins, qui.

vent sans doute. D'après Renan, « le système chinois . des examens a produit une incurable sénilité ». Ce serait une question de savoir si le système chinois des examens est une cause ou un effet de la sénilité. Ce qui. est évident, c'est que la manie de tout faire dégénérer : de l’enfance à la vieillesse, en compositions, conco us, | épreuves,grades, diplômes, distinctions detouteespèce, M répond à une fâcheuse tournure d’ esprit, au forma | lisme, à la conviction que la science c’est l'examen, de que l'examen c'est le diplôme, et que le diplôme € est. “à l’homme. D ailleurs, en ne réagissant pas, en disant à a tous les diplômés : : « Croissez et multipliez », EN Produisant-cette armée de candidats, à quels résultats | aboutit le législateur? A celui-ci : Les quémandeurs se pressent devant toutes les avenues, avec la cite

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D nidres ol sacré à une nomination. La candeur : des illusions fait place à à une présompfueuse assu-

rance, à l’amertume de n'être rien encore à vingt ans. Et nous assistons à l'effrayante curée des places, L: chaque jour plus meurtrière et j'ajoute chaque jour plus triste pour un pays. Car, si la lutte pour les idées élève même les esprits humbles et modestes, la lutte | pour les places rabaisse même les esprits élevés; la première éveille des passions respectables et laisse un refuge à la tolérance; la seconde n'’éveille que des

pour cela qu'il faut moins de diplômés et plus d'hommes. La haute culture n’est point celle qui - donne le plus rapidement le plus de notions usuelles,

: . mais bien celle qui donne la meilleure qualité d° ne n Quand on se trouve, à Oxford, devant les vieux 4 collèges couverts de lierre, dans les parcs ombreux où en de grands troupeaux de daims, aux bords de - La tranquille Isis, où jadis, sous les ormes, Addison ' | rêvait; quand on envie la calme et facile existence des i étudiants et des professeurs, on ne comprend pas immédiatement la haute signification de la devise, en À vieil anglais, inscrite au fronton du collège d ‘Exeter :

Manners makytl men.

1 Mais suivons cette race patiente, énergique, active, . Fiheprenente ue ie le monde entier, le

D écces les inventions: “e 1 de. Tandis que les 1 mandarins du continent étouffent sur une scène trop ÿ étroile, eux, au ‘contraire, les hommes d’instinct et h.. d'initiative, se dressent partout, dans le tumulte des

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passions mesquines et rend fatalement sectaire. C’est

flots ou le fracas des usines, dans la vallée de Dar-

jeeling, au pied de l'Himalaya ou au pied des mon- “#1

tagnes Rocheuses, dans les glaces du pôle ou dans les

sables del’Afrique; et partout ils symbolisentetl'amour de la patrie, et la joie de vivre, et la santé physique et . morale, et te splendide équilibre des facultés qui laisse | à l'âme ce qu’elle a de meilleur, sa jeunesse et sa force

créatrice! Nous voyons bien alors que l'éducation fait"

l’homme; qu'il ne faut pas être exclusif en parlant de ‘4 haute culture et l'identifier avec le surmenage du ci)

cerveau. II y a des blasés de l'intelligence comme des

blasés de la vie; l'esprit s'ouvre au contact des idées; il s'ouvre aussi au contact des choses. Les choses ont leur bonté immanente; elles sont capables de faire comprendre toute la poésie qui se dégage de l'univers, 0 toute la science qui se dégage de la vie. La seule méthode qui ne produise rien, la seule qu’il faille condamner à tout prix, c’est celle qui n’a pris que si 4 d'empire chez nous : le formalisme et le verbalisme. Nous sommes ici à la source du mal : nous ne formons pas des hommes: la course au diplôme pro- À fessionnel trop vite conquis, ce rapide voyage à travers des études terre à terre produit des spécialistes dans le sens étroit et défavorable du mot. ne Assurément, dans une civilisation aussi complexe Ë que la nôtre, il ne peut être question de conserver le 1 type uniforme d'instruction qui a donné son empreinte à notre enseignement, de la base au sommet. Il faut, comme l'a si bien dit Michel Bréal, multiplier les types 4 d'instruction, multiplier les écoles spéciales. Toutefois, s’il faut des écoles spéciales, 1] ÿA a deux sortes de spé-

: | cialistes. il ya les hommes qui, après avoir recu uné | ‘ : “ ni forte culture, 5 ‘adonnent à uné branche spéciale, DoUL 0. 0 4 laquelle ils ont des aptitudes ; ils deviennent des a : maîtres et font progresser la Science ; il y a aussi des . spécialistes sans culture ; ceux-ci sont aussi dangereux nu bi que les ignorants ; ‘ils étouffent les idées, ils les gâtent et font songer à ce que lord Chersterfeld, dans, Ses. 7 108 lettres : à son fils, disait de l'hôtel de Rambouillet : es à { « Un laboratoire d'esprit où l’on donne la torture au bon sens pour en tirer une essence subtile. » - Le nombre de ceux qui donnent la torture au bon

sens est considérable. Un homme même peu doué, | se livr ant toujours au même exercice, que ce soit du 1 ap * droit ou de l'algèbre, du sanscrit ou des tours d’acro- bate, deviendra très fort dans sa partie. Mais s’il ne Le connaît que cela, si dans cet organisme graudiose de la. nature, où tout s’enchaîne et se tient, il découpe une petite tranche à son usage et s’isole du reste de ; D Muvere, il perd la notion exacte des choses. Ce n’est plus un savant, ce n’est même plus un pédant, c'est, on l’a dit. (), une chenille qui passe sa vie sur une feuille et la dévore en ignorant que la feuille appar- ne tient? à l'arbre et que l'arbre fait partie du monde infini. “a : A quoi servirait à un philologue de déchiffrer une . inscription cunéiforme s'il ignorait l’histoire ? A quoi # servirait à un naturaliste d'enregistrer un fait sil Len avait pas des idées générales sur le monde? À quoi VUS : servirait à un jurisconsulte d'invoquer des arrêts s'il : n'avait pas l'intuition de la grande ee sociale du ni. 1e droit. + oo le 2:

de Bi A

D Cet

4 UE ) Resanor ALS es Von Einem Hbc ler depée , 1891.

he tue Trop de. sans ae Sue sans idéal, c'est également faux. C'est ce qu'on a appelé l’américanisme, cette tendance ir esprit qui fait des rues bien droites, des maisons bien régulières, des : places bien propres et sans verdure, et qui fait aussi des cerveaux bien positifs, des idées bien terre à terre et des âmes bien sèches. On décore cela parfois, chez nous, du nom de bon sens, mais quand cela est exa- a. . géré, . cela peut s'appeler aussi stérilité d’ esprit, impuissance à s'élever un peu haut. Et ainsi, quand une idée surgit, on assiste à la levée en masse des esprits pratiques, s'imaginant que les idées ne sont Del que comme des quilles dans la conr d’un. cabaret de village, pour être abattues. Et. plus ils en “abattent ; plus ils sont contents. | 1 Ne craignons donc pas de doter de L verdure aux. villes et de la culture à l'esprit, etj } ajoute : Ne chas-

sons pas de la vie l'imagination, car l'imagination est

un don précieux entre tous et, sans elle, lé monde est . morne, triste et vides. à 0 00 HAE 24 Y a-t-il eu, par hasard, une vertu magique autre que l'imagination pour prêter à à la société du xvn° sidelel le charme souverain dont Cousin a subi l'attrait? Ÿ a-t-il eu autre chose: que l'imagination pour faire surgir, au mileu des agitations. du grand siècle, ces nobles et touchantes à de femmes, Me Le Li

lo les salons de Me de ous, dans lé réunions

- brillantes du Luxembourg, ou dans la retraite silencieuse de Port- Royal, ont connu la plupart des: grands * hommes de guerre ou de plume de leur temps, ct ont

su toujours les captiver et parfois les conduire ?

Y a-t-il eu autre chose que l'imagination pour

donner à la femme du xvur siècle cette personnalité

si bien mise en relief par les Goncourt? N'est-ce pas

par l'imagination qu’elle a eu sans pédantisme, sans fausse érudition, sans diplôme de capacité, l'intuition

de toutes choses, la connaissance des hommes et des

événements? C’est l’imagination. qui a fait éclore au xvru* siècle cette chose charmante que le vent égali-

taire a balayée et qui pourtant ne vivait que d’une certaine égalité : je veux dire le salon. Le salon où les femmes savaient, par l'imagination, intéresser. les savants et les philosophes, où les philosophes et les

savants savaient, grâce à l'imagination, causer avec les femmes, et où chacun ne restait pas dans son coin à parler de ses petits plaisirs, de ses petites afaires, ou de sa spécialité. | Qu'il y ait eu alors comme Un hui des coteries,

LOSt certain. [Il y en a eu et il y en aura toujours. Mais les coteries chez Ms Geoffrin, Du Tencin, du Deffand avaient un certain intérêt que les nôtres n'ont plus, et une exeuse que nous ne pouvons plus invoquer : l’art de causer y servait le progrès des

idées .et donnait l'impulsion à l'esprit publie. Les coteries actuelles sont à un niveau inférieur. Faute de

culture générale, rattachant l'intelligence à des idées maîtresses, les arts et les lettres y sont ramenés à une

Si

tomber les idoles avec la ro de la mode incon-

On à parfois prétendu PS l'imagination bonne pour Je passé ne peut convenir à notre époque scientifique, \ 144

pas cependant combien dans la science elle-même "

. sait-on pas que les savants, utiles à l'humanité, les ua

astronome comme Laplace ou Arago, un physicien

sorte d’esthétisme passionné etirréfléchi, à des engoue- he ments aussi furieux que passagers, qui font surgir et 2

stante et versatile. “ 3 ce CRTC Je viens de parler du rôle social et mondain dei l'imagination. Faut-il parler de son rôle scientifique" 0

que la science et l'imagination s’excluent. Ne sait-on

l'influence de l'imagination est considérable? Ne

auteurs de découvertes fécondes, loin de se barnèr à enregistrer des faits, ont up été des re x

d'imagination? TA | | | HR Est-ce qu'un mathématicien comme d’ Ant un

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