‹ L'organisation de la liberte et le devoir socialChapitre 57 sur 65 · CT LL LEA AE · texte numérisé non relu

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comme Ampère, un naturaliste comme Cuvier ou Darwin, un physiologiste comme Schwann, ne doivent A pas beaucoup à cette faculté puissante entre toutes? | L'imagination chez les névrosés est une maladie, elle +0 provoque des hallucinations et il faut la guérir. Mais dans les cerveaux sains, l'imagination est une force; . on peut dire qu’elle est dans le monde moral comme

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le soleil dans le monde physique. Comme le soleil, en | 4 effet, elle fait resplendir la réalité; comme lui, elle 0 rend les choses plus nettes, elle leur donne le relief,

la couleur et la vie et pas plus que lui elle n ‘empêche 1310 de les voir telles qu'elles sont. - M Tel est le grand avantage de la culture générale. 1

Elle fournit un ensemble d'idées et de sentiments qui. É

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élèvent l ne elle le fortifie : elle le met à même de :

. saisir d’instinct la valeur et la portée des choses.

SEE si l’on demande maintenant : Quelle doit donc

“ ce la culture générale de notre temps? La réponse qui s'impose est celle-ci : : Elle doit être moderne.

. Je touche à une question bien vieille, on la discutait

à dejà du temps de la Convention et du temps d’Arago,

et bien actuelle, elle est discutée en ce moment par- |

tout; c’est la question brûlante d'une période de transition ; elle met aux prises les partisans et les adversaires des humanités classiques. |

Les huüumanités classiques, c'est le culte de l'anti-

. quité; nous en vivons depuis des siècles, nous en sommes imprégnés, et notre vie intellectuelle en est

a tellement imbue que nous avons oublié l’origine et la

signification des études classiques. | Le culte de l'antiquité classique a été, pendant un moment, un énorme progrès de l'esprit humain; il a

donné son num à une des plus grandes étapes de da,

pensée, puisque la Renaissance, tout le monde le sait, a été la renaissance des lettres anciennes. Cette renaissance était une réaction contre le formalisme.

Elle signifiait : épanouissement del idée ; plus d’indéa et de liberté : compréhension plus hante de

l'univers; la vue de Gi élargie, son horizon |

: étendu.

De nos jours, le oo est encore quelque

4 che évidemment, mais il n’est plus cela; ilest sur-

tout le type de la majesté du style, de l'harmonie, de la cadence, de la pondération dans les mots.et dans les idées, On y revient, on y reviendra éternellement,

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comme à une source siépuisable de noblesse et de or

dignité. Quand on voudra admirer des œuvres où rien 4 ne choque, où aucun élan désordonné de passion, où aucun ‘écart de sentiment ou de raison né froisse notre #4 goût inné de l’ordre, de l'harmonie, on relira une page de Cicéron ou de Virgile, une ode d'Horace, une lettre : de Pline le Jeune. Mais si le classicisme nous donne encore des impressions et des formes, il ne nous donne plus d'idées. Pi ne A Le :

Au contraire, au temps de la Renaissance, l'étude de l'antiquité répondait à la réalité ; elle était générale; l'éducation entière était latine; le latin étaitla | langue des études, des universités, des belles-lettres, parfois de la diplomatie. Un humaniste du xvi° siècle parlant le latin était un véritable savant. Il était, par le latin, en rapport avec tous les savants de son temps; “à il était, par le latin, à la hauteur de toute la science de son temps. Le latin était donc un instrument de. civilisation, au même titre qu'aujourd’ hui la vapeur et l'électricité ; il abaissait les barrières, il rapprochait les peuples. Actuellement, on voit dans le latin une ë . « gymnastique de l'esprit », c’est la vertu que ses partisans lui attribuent, et leur grand argument en faveur des études classiques. Eh. bien! le latin était alors bien plus qu’une gy mnastique de l'esprit; il était le vrai levier, la vraie force morale; on y puisait des mobiles et des exemples, des ee pra- 4 tiques. | : 0 il Mais quelque chose est né au xvit° siècle. qui &. changé tout cela : le sentiment de la nature. Le sentiment de la nature éclate soudain au XVII siècle avec

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h divine splendeur d'u un amour jeune, chaste et fort, et il trouve son expression ardente dans la profession de foi du vicaire savoyard. Tel est le sentiment qui se

… dresse devant l'antiquité classique ; l'amour nouveau

- “ | éclipse les anciennes amours ; 1l réduit le culte de

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l'antiquité à une sorte d'esthétique spéculatrice planant dans la région des idées pures, et il transforme de fond en comble le monde intellectuel.

En effet, l’ämour de la nature n’a été que le signe précurseur de l'étude de la nature; et l'étude de la

de nature est devenue la note dominante de la civilisation

contemporaine; elle a produit le merveilleux essor - des sciences, elle nous enveloppe comme l'océan entoure Le navire qui avance. a Ce nest tout. L'étude de la nature a exercé son influence même sur La politique. Elle y a introduit la question des races, des nationalités; Le principe que la … langue fait partie 1 l'individu comme sa chair et son sang; le principe qu'un peuple ne peut se-développer

… spontanément et librement que dans sa langue. Elle

fournit un argument de plus à ceux qui repoussent la centr alisation dans le sens latin et veulent la décentralisation dans le sens national, Elle contribue ainsi à l'avènement des langues modernes, et elle modifie les

conditions de notre culture intellectuelle.

Nous sommes aux antipodes des humanistes. Rien

n'est plus contraire à la simplicité, à l'unité, à la sécu- rité du développement gréco-latin que le Nr

ment moderne.

Le développement moderne est la variété, la com- | cation, la mobilité. 5 excellence; ce sont ee

incertitudes, de l'homme huis noie ses te contre l'inconnu; ses méditations devant TH sable: ses efforts quant à l'interprétation de la vie; les à conflits tragiques d'intérêts et d’aspirations, aboutissant 3 aux questions sociales. La civilisation se présente cn “ quelque sorte à nous sous l’image d’un vaste chaos,

traversé par des rayons lumineux, où l’on entend

passer par instants de grands souffles populaires. Où trouver l’écho de tout cela? Est-ce dans la littérature oTrÉCO- latine ? Assurément non. Nousl’entendons

dans les littératures modernes; dans Faust ou Hamlet,

dans Shakespeare ou Gœthe, Byron ou Hugo ou.

Léopardi. Comment étudier désormais une science quelconque sans le secours des langues modernes?

L'impossibilité est absolue. Elles sont donc notre

substance; elles nous fournissent non seulement notre

esthétique et nos rêves, mais encore les mobiles de

nos actions. Et c'est la condamnation des humanités classiques telles qu’elles sont enseignées.

Quand on monte en ballon, on embrasse une plus grande étendue de pays, mais les régions connues apparaissent réduites, les détails s’effacent et l’ on à

surtout une vue. d'ensemble. Quand on s'élève dans ‘1e domaine intellectuel, il en est de même; la perspec- | é

tive change aussi; on voit plus de choses, on voit . moins le détail. Si nous avons une vue moins nette de l'antiquité classique, nous découvrons une vue | superbe de l’humanité vivante. Nous avons donc une . perspective nouvelle, nous devons adapter l'enseigne- | ment à cette perspective et réduire considérablement la part des langues anciennes au profit des langues :

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