DE NOMS
ÏIl faut ajouter à ces chiffres ceux accusés par la stalistique dressée par le service anthropométrique
de la ville de Sousse, c’est-à-dire 3.548 fiches et 330 changements de noms. -— 104.104 fiches classées, 8.814 changements de noms constatés, voilà les résultats merveilleux obtenus grâce à un travail méthodique, intelligent, Constant. Ces chiffres sont assez éloquents pour qu'il ne nous soit pas permis d'insister.
En dehors des travaux que nous venons de signaler, les Services anthropométriques de Tunis et de Sousse envoient quotidiennement aux tribunaux compétents le relevé exact de toutes les condamnations prononcées contre les individus qui ont été mensurés et photographiés dans la journée, ils adressent aussi aux Parquets et aux juges d’instruction tant de la France que de la Tunisie, à la Direction de la Sûreté publique et à l'Administration pénitentiaire, les renseignements qui leur sont demandés ; ils relèvent et classent les fiches des filles soumises, pisteurs, portefaix, guides et autres individus dont l'identité est douteuse, qui leur sont présentés par les Commissariats d'arrondissement ; ils photographient enfin les cadavres inconnus, les lieux d’incendies et de crimes, etc.
Les crédits dont dispose la Direction de la Süreté publique, pour l'entretien et l'achat du matériel, ne dépassent pas 5.000 francs. IL y a lieu de relever ce chiffre dans une notable proportion, car l'insuffisance de ces crédits oblige souvent la direction de la Sûreté de retarder de deux années l’achat d'instruments nécessaires à ‘la mensuration ou
d'appareils photographiques plus perfectionnés. (1)
Il convient de rechercher maintenant si {l’organisation actuelle du Service anthropométrique ne doit pas être développé.
Depuis quelques années, la Tunisie a pris un essor prodigieux ; des mines importantes ont été découvertes et mises en exploitation, attirant un nombre considérable d'ouvriers étrangers ; des sociétés et des agences ont organisé des excursions fréquentes à travers la Régence, appelant ainst les touristes, la plupart allemands et anglais, et multipliant :es guides ; des casinos, des théâtres,des hôtels se sont élevés, à l'instar de notre côte d’Azur, augmentant la cherté de la vie et faisant plus de malheureux et, partant, plus de délinquants. Cette situation préoccupe à juste titre les pouvoirs publics. Il est donc nécessaire d'organiser un service anthropométrique encore plus important et surtout de disposer de crédits plus élevés. Il faudrait, en outre, créer sur le territoire de la Régence d’autres services dont toutes les fiches seraient centralisées à Tunis. Ces annexes pourraient être placées sous la surveillance et le contrôle des Commissaires de police.
Enfin, il serait bon que le personnel de ce service fût hiérarchisé. L’anthropométrie est un art vérita-
(1) Renseignements fournis par M. Chenay, lintelligent chef du Service Anthropométrique de Tunis, Octobre 1908,
ble exigeant de la méthode, du goùt, de lintelligence, qualités qu'un homme pourrait réunir et développer s’il pouvait entrevoir dans cette carrière un avenir assuré et un avancement progressif.
Telles sont les réformes que nous croyons devoir signaler.
En résumé, le Service anthropométripue est d’une utilité incontestable, surtout dans un pays où toutes les races se rencontrent, où règne le cosmopolitisme le plus grand. Grâce à cette institution on peut affirmer qu'il n'existe pas en ;Tunisie un condamné qüi n'ait « sa fiche » ; nulle ruse ne le pourrait soustraire aux rigueurs de la loi ; nul subterfuge ne pourrait induire en erreur les magistrats chargés de le juger. À ce point de vue,la Tunisie n’a rien à envier à la Métropole. Comme la police française, la police tunisienne évolue à son tour dans Ja voie des applications scientifiques.