‹ L'Organisation de la PoliceChapitre 44 sur 57 · LOTIR · texte numérisé non relu

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certains quartier. À Tunis, le foyer principal était la vieille prison de la rue de l'Eglise, dont la démolition fut si souvent demandée. Aujourd’hui elle est désaffectée et désinfectée.

La maladie la plus fréquente en Tunisie est certainement la cariole qui fait des ravages effrayauts dane la Régence ; pour ne citer que Tunis, la mortalité générale est, en 1886, de 3.744 personnes ; en 1887, elle est de 3.685; en 1888, elle monte à 9.807. Il est mort cette année-là, à Tunis, 1645 personnes de la variole. En 1894, la petite vérole faisait encore 870 victimes à Tunis. (1) La variole est pourtant une maladie essentiellement évitable ; on est inexcusable dene rien faire pour la conjurer. Comme le dit le docteur Perrier : « C’est une honte pour un pays civilisé d’avoir encore à compter avec cette maladie, lorsque on a sous la main un préservatif dont l'efficacité est démontrée depuis plus d’uv siècle. » (2) Ce préservatif, c'est la vaccination.

Si elle était régulièrement pratiquée, dit M. le professeur Roger, elle entrainerait à tout jamais la disparition d’un des plus grands fléaux de l’humanité : le côté pratique ne mérite pas d’être discuté. (3)

(4) V. Dr Loir « La Vaccination obligatoire en Tunisie ». Extrait de la Revue Tunisienne. 1897.

(2) V. D: Perrier. Etude sur la désinfection publique dans l'Afrique du Nord. p. 17. — 1906.

(3) H, Roger. « Introduction à L'étude de la Médecine » 1908, p. 656 et S.

En France, et dans beaucoup de pays d'Europe, la vaccination et la revaccination sont obligatoires, et cette obligation est le seul moyen par lequel on Soit arrivé, comme en Allemagne, à faire disparaitre celte maladie des statistiques de la mortalité.

Jusqu'à ces derniers temps, comme nous l'avons vu, la variole causait beaucoup de décès en Tunisie. Cet état de chose était dû aux résistances des musulmans et des Italiens à se laisser vacciner. Les chiffres suivants le prouvent,

En 1888, sur 1645 décès par variole, on compte 1.38% Arabes, 101 Juifs, 160 Européens. En 1894, sur une mortalité de 870 varioleux, on compte 712 musulmans, 30 Israëlites, 128 Européens. (1)

Depuis trois ans, grâce au zèle des médecins municipaux et à leur propagande intelligente en faveur de la vaccine, la variole a beaucoup diminué. Pendant le deuxième semestre de l’année 1908, on n’a compté que 62 cas, alors que la même période de l’année précédente en avait vu près de 500. (2)

Les ftaliens, victimes de leur répugnance à se laisser vacciner, ont fourni à eux seuls les 2/3 des malades. Dans les milieux et centres indigènes, des vaccinations et revaccinations ont été pratiquées avec succès. Enfin, dans une pensée de sage pré-

(4) Dr Loir, op. cit. p. 3.

(2) Archives de la Direction de la Sûreté publique. (Etat sanitaire de Tunis, dossier 4403).

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voyance, les rédacteurs du décret du16 février 4909, sur la police sanitaire maritime,ont décidi que «par mesure sanitaire spéciale, et en conformité des dispositions du décret du 2 mai 1905, les passagers de 3e el 4° classes qui débarquent en Tunisie sont considérés comme immigrants et sont assujetis à leur arrivée dans un port tunisien à la visite médicale et, si le médecin chargé du service le juge nécessaire, à la vaccination antivariolique. (1)

La scarlatine qui, jusqu'alors, était une maladie rare à Tunis, a fait au printemps de l’année 1908 une incursion assez sérieuse. Les Arabes, chez lesquels elle était à peu près inconnue ont été euxmême atteints. Cette maladie semble surtout frapper les Européens. La diphiérie est restée rare et bénigne. (2)

La fièvre méditerranéenne semble être la seule maladie dont l'augmentation est très sensible. La déclaration n’en étant pas obligatoire, il est difficile d'avoir une statistique exacte; les renseignements puisés dans les hôpitaux et chez les médecins, montrent qu'il est de toute nécessité de prendre des mesures pour remédier à cet état de choses. Au ‘surplus, le gouvernement n’a pas manqué de se préoccuper de cette situation et des mesures seront

(1) Décret du 16 février 1909, art. 21.

(2) Archives de la Direction de la Sûreté publique. (Etat sanitaire de Tunis).

prises prochainement en vue de réglementer en Tunisie l'importation des chèvres maltaises, causes de la propagande de cette maladie.

Quant à la fuberculose, qui doit être considérée comme un produit de notre civilisation, l'arrêté du 8 juillet 1908 la range parmi les maladies dont la déclaration est facultative. (C'est peut-être une erreur.(1) Cette maladie, l’un des fléaux de l'humanité, a occasionné, pendant le 2e trimestre 1908, 374 décès ; les Arabes, à eux seuls, en comptent 277 ; les Israëlites, au contraire, ne figurent dans ce chiffre que pour huit décès. La tuberculose frappe surtout le prolétariat indigène, à cause de sa misère, de son insouciance, de ses coutumes et surtout de ses déplorables conditions d'habitation.

En résumé, l’état sanitaire de Tunis s’est maintenu excellent pendant l'année 1908. Aucune épidémie ne s’est produite, et si l’on évalue la popüla-

tion de Tunis à 250.000 habitants, il est facile de voir que-les maladies infectieuses sont presque toujours restées au-dessous du chiffre moyen de la plupart des villes de la Métropole. Il est peut-être intéressant de signaler la procédure employée pour la déclaration des maladies épi-

(1) Presque tous les médecins que nous avons çonsulté à ce sujet sont d’avis qu'il y a là une lacune à combler. M. le docur H. Duron, dans une note qu’il a bien voulu nous adresser en date du 10 septembre 1909, se dit partisan le la déclaration obligatoire,

démiques. Aussitôt que le Réglement de l'hygiène eût modifié la liste des maladies dont la déclaration est obligatoire, un carnet à souche a été envoyé à chaque medecin et à chaque sage-femime, accompagné d’une lettre circulaireles avertissant des nouvelles obligations qui leur incombaient. Ce carnet à souche est établi sous forme de cartes-lettres circulant en franchise et adressées au Président de la Municipalité. Afin d'éviter toute indiscrétion pendant la .circulation de ces lettres, chaque carnet porte un numéro d'ordre correspondant au nom du médecin traitant, et que connait le chef du Bureau d’'hyaène.-De cette façon, la déclaration reste anonyme. La couverture de ce carnet à souche porte la liste des maladies contagieuses ; un numéro a été attribué à chaque maladie ; le médecin n’a qu’à le reproduire sur ses déclarations, en ajoutant l'adresse du malade. Uneplace est réservée pour les remarques étiologiques ou prophylactiques que le médecin croirait devoir faire. Pour essayer de classer les diverses affections typhiques et antitvphiques existant à Tunis, il est prié d'indiquer le résultat de l'examen bactériologique, quand il a été pratiqué. Ces renseignements sont centralisés au Bureau d’hygiènne qui les enregistre, dresse les cartes sanitaires et prend les mesures prophylactiques nécessaires.

En plus de ces déclarations des médecins, à la suite d’une entente avec la Direction de l’ Enseigner, . ment, les institutrices signalent à leur Direction les cas de maladies contagieuses survenues chez leurs

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élèves. Ces renseignements sont ensuite envoyés au Bureau d'hygiène. En outre, les médecins de l'état-civil et les agents de la salubrité publique, au cours de leurs tournées, recherchent, par des enquêtes discrètes, les cas de maladies contagieuses qui auraient échappé à la déclaration. Enfin, si arrive à la connaissance du service d'hygiène qu'un médecin ait omis à plusieurs reprises de faire ses déclarations, il est immédiattement invité à l’application äu réglement, et rappel lui est fait des pénalités qu'il encourt. Grâce à toutes ces mesures, le Bureau d'hygiène a pu constater que la majorité des maladies épidémiques lui avait été déclarée.

Ce règlement sanitaire aurait pu risquer de n’être pas strictement appliqué si des pénalités n'avaient été prévues. Tant il est vrai que la crainte des amendes et de la prison est le commencement de l’obéissance aux prescriptions du législateur. Ces pénalités font l’objet des articles 14 et 15 du décret du 6 Juillet 1908. La peine d'emprisonnement peut aller jusqu’à 5 jours ; elle peut s’élever jusqu’à deux ans en cas de mauvaise foi du délinquant. « Dura Lex... »

Nous ne saurions terminer l'étude de ce sage règlement sans parler de l’organisation de l'assistance médicale en Tunisie. Ce service est assuré : 10 par des médecins communaux dans les villes organisées en commune ; 20 par des médecins de colonisation chargés de veiller à la santé publique dans des circonscriptions territoriales plus ou moins étendues ; 3° dans les territoires du Sud, par dés

médecins militaires quireçoivent une indemnité du Gouvernement tunisien pour le service de la population civile.

Dans les localités de leur résidence, les médecins communaux et de la colonisation doivent gratuitement leurs soins et les secours de leur art à tous les indigents sans distinction de nationalité. Ils doivent enfin donner au moins deux fois par semaine, à leur domicile ou dans un local réservé à cet effet, des consultations gratuites à toutes les familles pourvues de certificats d’indigence. Des crédits sont mis à la disposition de ces médecins pour la délivrance des médicaments nécessaires à la population indigente.

Des dispositisns ont été prises, dès 1909, pour assurer le bénéfice de l'assistance médicale aux populations trop éloignées des postes de médecins, ainsi qu'aux tribus nomades des territoires de parcours.

La population indigène a été empressée à se rendre aux consultations des médecins de colonisation ; aussi le Gouvernement a-t-il décidé de renouveler le plus souvent possible les tournées spéciales, de ces hommes de l’art. E

Le service des vaccinations est assuré normalement dans toute la Régence par les médecins de l'Administration et'des Communes, qui sont pourvus de vaccin par l'Institut Pasteur de Tunis. Enfin, en ce qui concerne particulièrement le paludisme, des mesures ont élé prises pour fournir aux débi-

tants de la Régie des provisions de quinine, qui doit être délivrée au public au prix de revient.

Il existe en Tunisie un certain nombre d’établissements d'assistance médicale. La ville de Tunis dispose actuellement d’un hôpital civil français, d'un hôpital indigène, spécialement affecté aux indigènes, d’un hôpital israëlite et enfin d’un hôpital italien ; ce dernier établissement est administré sous la surveillance du Consul Général d'Italie. Dans l'intérieur de la Régence, il existe des infirmeries-dispensaires à Nabeul, Aïn-el-Asker, Ferryville, Medijez-el-Bab, Sfax, Sousse, Kairouan ; d’autres sont en construction ou le seront prochainement, notamment à Grombalia, Béja, Maktar, Le Kef, Monastir, Mahdia et Mateur. Des pavillons civils ont été construits à l'hôpital militaire de Bizerte pour recevoir de nombreux malades ; enfin, les civils sont acceplés sans distinction de pationalité dans les hôpitaux militaires de la Tunisie. Les frais de traitement des malades indigents sont assurés dans ces hôpitaux par le Gouvernement Tunisien.

Le Gouvernement s’est occupé, d'autre part, d’assurer dans les meilleures conditions possibles, le recrutement de ses médecins de colonisation. Grâce à cette institution, il a rendu à la population indigène un service des plus appréciables.

Enfin, notons la création de l’Institut Pasteur de Tunis, dont, l’origine remonte au Laboratoire de Vinification creé par le décret du 7 septembre 1893,

Son appellation actuelle date du décret du 14 février 1900 ; il est doté de la personnalité civile.

Chaque année, l’Institut Pasteur soigne de nombreux cas de rage. Ce fléau suit en Tunisie une progression inquiétante. De 1894 à 1908, les cas de rage d origine tunisienne traités à l’Institut Pasteur, se sont élevés de 69 à 374. Cette augmentation ne laisse pas que d’effrayer les pouvoirs publics et la population. Ilappartient aux municipalités de veiller à l’application des réglements sur les chiens errants. De son côté, la Direction de la Sûreté Publique a ordonné à ses agents d’abattre tout chien suspect. Il suffit d’une répression énergique pour voir le fléau diminuer d'intensité Ainsi, les cas de rage, qui étaient au nombre de 489 en 1906, se sont abaissés à 293 en 1907. La raison de cette décroissance doit être attribuée au fait que, devant l’augmentation des cas de rage en 1906, la Municipalité de Tunis s’est émue et a pris des mesures sévères. (1) La surveillance s’est relachée en 1908, puisque le nombre des cas de rage a été de 374. Nous croyons donc qu'un effort est nécessaire ; lorsque la santé publique d'un pays est en jeu, des mesures énergiques s'imposent, dussent les intérêts individuels en souffrir.

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