Usage très fréquent en Allemagne
hauts fonctionnaires de la maison se réunissent en comité1 et se mettent d’accord. L’unité de décision a de graves inconvénients, surtout avec des crédits très limités ; il faut bien écouter les compétences diverses, sans les abandonner à elles-mêmes, car il est juste d’établir une balance constante entre les désirs des lecteurs et ce qu’on met à leur disposition. L’autonomie des bibliothèques, j’entends la liberté du personnel d’employer ses crédits sans contrôle supérieur, est un principe nécessaire2; le contrôle doit se faire principalement du côté du public. Un instrument indispensable dans la salle de lecture est un gros registre où les lecteurs puissent inscrire leurs desiderata , avec la date de leur vœu et leur signature. Beaucoup de bibliothèques font accueil à ces demandes d’acquisitions, mais ajournent trop longtemps les suites à y donner.
Pour enrichir leurs fonds de manière intelligente, les bibliothécaires devraient : 1° parcourir les bibliographies périodiques, y compris les recensions critiques; 2° se faire expédier sous condition la production courante, de façon à feuilleter les livres et à prendre parti à bon escient. Nombre de libraires se chargent volontiers de ce service, même en ce qui concerne la librairie étrangère, et quoiqu’on retienne très peu de livres soumis à examen ; 3° consulter attentivement les catalogues de ventes publiques, ceux des librairies au rabais et, en particulier, des antiquariats allemands, si bien dressés et si considérables. Pour la littérature étrangère tout spécialement, je veux dire les œuvres d’imagination ou de critique, il y a ainsi des occasions à ne pas laisser échapper.
Quand une ville compte plusieurs bibliothèques, leurs fonctionnaires seraient avisés de s’entendre sur le partage des acquisitions. Cette pratique se rencontre déjà chez nous en province, entre bibliothèque municipale et bibliothèque universitaire, à Bordeaux, Nancy, Caen, ailleurs encore, je ne sais. Clermont-Ferrand a fait mieux et fondu les deux maisons en une seule, comme à Strasbourg, comme dans plusieurs villes de Hollande.
En aucun cas, à mon avis, contraire à celui de M. Morel, les bibliothécaires ne trouveront avantage à s’en rapporter à despubli-
1. Il y a aussi des comités étrangers à la bibliothèque, qui sont un fléau; cf. M. Giraud-Mangin, Les comités d'inspection et d'achats dans les Bibliothèques municipales [Bulletin de VA. B. F., Il (1908), p. 62-69).