‹ L'organisation des bibliothèquesChapitre 4 sur 17 · Cf. la fig. de Graesel, p · texte numérisé non relu

Cf. la fig. de Graesel, p

prolongeant comme deux bras d’une croix. Ces deux seules exceptions me semblent raisonnables; je ne vois point les motifs d’un local réservé soit aux professeurs, soit aux lecteurs favorisés de je ne sais quel privilège ; quant au Juvénile . Room souhaité par M. Morel, supprimons-le : il sera avantageusement remplacé par de petites bibliothèques scolaires. Aucune salle à part non plus, je ne dis pas pour la conservation, mais pour la lecture des périodiques, car il arrive constamment qu’on ait à travailler à la fois sur des livres et des revues.

Une bibliothèque doit être éclairée — il y en a qui ne le sont pas ! — afin de rester ouverte le soir et de permettre l’emmagasinage dans des locaux forcément plus ou moins obscurs. L’électricité seule convient, lumière vite projetée et vite éteinte ; un bouton unique commande au besoin de nombreuses lampes ; celles qui éclairent le catalogue ne doivent pas, comme à la Sorbonne, n’illuminer que le dos des fiches, où il n’y a rien d’écrit. La question du chauffage est plus compliquée, et je n’oserais recommander aucun type; les calorifères à eau chaude sont les plus répandus; éviter en tout cas la disposition adoptée dans la maison que je viens de citer: un tuyau court sous chaque table, et de là monte à la tête de chaque lecteur une chaleur lourde, à certains jours très pénible. Mieux vaudraient des bouches de chaleur de loin en loin, ou des radiateurs isolés, à quelque distance des personnes, si possible. L’aérage s’accomplirait surtout par le haut de la grande salle ; aux heures de travail, maintenir fermées les fenêtres des murs exté rieurs, en raison des courants d’air, dont tout le monde ne s’accommode pas, et qui feraient voltiger les papiers et les poussières.

L’organisation de détail des travées et rayons dépend d’une donnée préalable : le public abordera-t-il librement les magasins? Je me prononcerai plus loin sur ce sujet. Si oui, comme cette liberté ne saurait s’étendre, sans limites, à toute espèce de volumes, il y aura lieu de constituer une réserve plus considérable que dans le cas opposé ; et les couloirs devront être plus larges, les escaliers plus nombreux; on tâchera de réduire au minimum le bruit du va-et-vient, en recourant au linoléum. M. Morel esquisse (tome II, p. 186 sq.) un certain nombre d’utopies plus qu’américaines ayant pour visée un accès rapide aux rangées de livres; notamment un projet, dont un ingénieur comprendrait peut-être toute la beauté, mais qui me semble d’une étrange complication : une masse géante

ARCHIVES, BIBLIOTHÈQUES, MUSÉES

qu’une force motrice, savamment combinée, ferait tourner tout autour de la grande salle. Supposons-la (grosse concession) assez silencieuse ; comment tant de lecteurs à la fois éprouveront-ils le besoin de la faire tourner dans le môme sens, et sur la même longueur? Il parle encore avec complaisance d’ascenseurs amenant au niveau du public tout un casier de livres; c’est l’ouvrage désiré qui vient au lecteur ! Fort bien, mais ce faisant il en immobilise beaucoup d’autres, car il ne peut y avoir autant d’ascenseurs que de gens ; celui qui fonctionne est perdu pour (oute autre personne et rend même indisponibles les casiers devant lesquels il évolue.

Laissons ces rêveries, et arrêtons-nous davantage à un système qui a déjà fait ses preuves : le British Muséum emploie des espèces d’armoires que câbles et poulies permettent de faire avancer, et qui rendent ainsi utilisable une plus grande surface. Mettons qu’un rayon ouvert ait 50 centimètres de large; on y poserait dix volumes épais de cinq ; s’il s’agit d’in-octavo, format fréquent, vous occupez au plus 20 centimètres en profondeur (car il ne faut qu’une rangée sur la même planchette) ; autant en face ; de la sorte, pour 40 centimètres on doit réserver un couloir. Au contraire, partons de l’armoire mobile, et donnons-lui 50 centimètres de largeur et de profondeur ; on y placera sans peine à chaque rayon deux rangées d’in-octavo, s’opposant par la tranche; cela fait vingt volumes (le double) de mêmes dimensions; et au lieu de 40 centimètres, c’est un mètre utilisé à chaque couloir. Enfin les livres y seront bien mieux à l’abri de la poussière.

Pourtant, si le public était admis dans les magasins d’une bibliothèque très fréquentée, ce procédé y encombrerait peut-être la circulation ; un employé, en effet, se borne à quérir le livre demandé; mais un lecteur explore tout le rayon, lit les litres aux dos, feuillette et parcourt sur place avant de fixer son choix; parfois, il n’a qu’une ligne ou un mot à vérifier; ainsi, dans la même galerie, beaucoup d’armoires à la fois pourraient être tirées ; or l’une d’elles ne devient disponible que si les voisines sont repoussées ; n’y aura-t-il pas de conflits ni de discussions ?

Si l’on se décide pour les rayons fixes et les livres posés normalement au passage, on se servira de la disposition rayonnante des magasins de façon à économiser le plus de place ; près du centre, les tout petits formats (in-12, in-16, in-18), puis, après un intervalle

l’organisation DES BIBLIOTHÈQUES 27

pour les accroissements, les in-8°, ensuite les in-4° et les in-f° au périmètre.

Dans un bâtiment circulaire, l’espace à parcourir pour toute recherche est très peu de chose, ce qui supprime un problème ailleurs délicat : quels sont les livres les plus demandés, et qu’il convient de tenir à proximité? On laissera seulement, sur le pourtour de la salle de lecture, un ensemble d’ouvrages que le public pourra toujours atteindre sans permission spéciale et sans bulletin, à condition de les remettre en place : livres de référence, indicateurs, annuaires, catalogues, encyclopédies, grandes collections, dictionnaires en langues diverses, etc...; cette classe de volumes dépendra de la nature spéciale de l’établissement : je la concevrais très large dans les bibliothèques savantes ou de travail, réduite à peu de chose dans une bibliothèque publique, où l’on vient se distraire ; la lecture d’agrément s’accommode d’un seul livre, qu’on garde jusqu’à achèvement, alors que le travail scientifique est constamment coupé par des consultations de détail. On garnirait utilement le pourtour d’une salle municipale avec les derniers numéros (l’année courante) des périodiques le plus souvent en mains.

Dans toute autre construction, on est conduit, presque immanquablement, à rassembler près de la salle de travail un fonds variable, toujours modifié d’après les besoins et les rééditions, dit quelquefois omnium, et dont la réunion à part réduit l’attente du public et les peines des employés. Mais il est rare que cette précaution suffise, et dans certaines maisons des remaniements de fond en comble seraient bien nécessaires 1.

1. J’en pourrais citer une qui a deux étages ; on reçoit les lecteurs au premier, deux fois par jour. Or durant la séance du soir (6 à 10), impossible d’avoir communication d’une foule de livres : ils sont au rez-de-chaussée où, faute de personnel, on ne peut poster aucun employé pour les recherches. Et dans cette catégorie, hélas I rentrent à peu près tous les périodiques, outre un ensemble de répertoires bibliographiques dont les fonctionnaires de service auraient grand besoin dans leur rôle d’information. En revanche, le premier étage s’encombre d’un poids mort d’in-folio et d’in-quarto des xviie-xvme siècles, dont les trois quarts au moins ne sont pas dérangés une fois l'an. Résultats : manœuvre incessante — pendant le jour — du monte-charge, et perte de temps appréciable. Un désir imprécis (chose bien fréquente) est vite satisfait dans la grande salle ; le lecteur accompagne le surveillant et l’on s’entend en quelques secondes; mais de là au rez-de-chaussée c’est un échange de demandes et de réponses également vagues. Il faudrait reléguer au loin presque tous les vieux fonds, distincts dans le classement, et faire monter les œuvres nouvelles ; point n’est besoin pour cela d’un arrêté ministériel; et l’on n’entendrait plus que rarement, le soir, les protestations ou les. murmures de visiteurs justement désappointés.

ARCHIVES, BIBLIOTHÈQUES, MUSÉES

Page 1