‹ L'organisation des bibliothèquesChapitre 8 sur 17 · Congrès international de 1900 , p · texte numérisé non relu

Congrès international de 1900 , p

2. Dans une séance récente de l’A. B. F., M. Maurice Vitrac, de la Bibliothèque Nationale, a exposé les améliorations selon lui nécessaires et réalisables dans ce service, auquel il est affecté. 11 serait bon d’astreindre à la fois imprimeur et éditeur, chacun devant déposer un exemplaire. On saurait alors la date de publication, que l’imprimeur aujourd’hui déclare ignorer, et qui entre dans le calcul du délai. On serait en outre moins exposé à recevoir des livres dépourvus de leurs planches et de leur couverture, souvent exécutées dans des ateliers distincts.

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Les envois de l'Etat . — L’Etat français encourage les lettres et les sciences, comme les arts. C’est fort bien en principe, mais il y a la manière , et la sienne n’est pas la meilleure : il achète aux Salons annuels tableaux et statues, et s’en débarrasse en province, à tort et à travers; pour les livres, ou ii publie à ses frais, ou il souscrit un nombre fixé d’exemplaires, et les répartit de son mieux; ce mieux est l’ennemi du bien, et il n’y a personne à incriminer, mais plutôt le système. Je me suis jadis, durant trois mois, occupé tout particulièrement de la bibliothèque de notre École française d’Athènes; il fallait voir ce que nous recevions de la rue de Grenelle : une foule de livres sans nul rapport avec la science de l’antiquité! En retour, quoiqu’en somme bien fournis, nous manquions de certains ouvrages fort nécessaires, qu’il fallait aller consulter à l’Institut allemand. — C’est que l’École était inscrite pour un service et qu’on eut difficilement, à Paris, démêlé ce qui lui serait utile ou non. On fait naturellement quelques distinctions globales dans la masse des ouvrages souscrits; mais on ne peut descendre dans le détail, et c’est déjà une terrible complication d’écritures. On veille d’ailleurs à réserver à la même maison une collection complète; seulement, même impeccable, la méthode est fâcheuse, car bien des collections publient des travaux de toute sorte, entre lesquels, laissée libre, la bibliothèque eût fait un choix; en fait, il y a des erreurs, plus que le libraire n’en eût commis, et, en cas de lacune dans la sé rie, c’est au Ministère qu’il faut adresser les réclamations; cela n’est point pour abréger. Et ces ouvrages, remarquez-le, telle bibliothèque peut-être aurait su se les procurer à prix réduit ; quantité de gens, de par leur situation, reçoivent des livres qu’ils se hâtent de revendre aux bouquinistes; les bibliothèques font souvent, avec ces petits négociants, de très bonnes affaires.

Quel est d’ailleurs le jury qui distingue les livres dignes d’une souscription? Est il à l’abri des influences? Oh! il peut y en avoir d’heureuses. 11 y aurait tout de même naïveté à nier le rôle des relations personnelles. A qui profite, en fin de compte, cette libéralité de l’État? Surtout à l’éditeur, qui, lui aussi encourage les sciences,

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môme l'érudition ; et il n'y a que lui que cette dernière enrichisse, car il finit rarement sur la paille. Comme le dit M. Morel, quand l’éditeur se sent en mesure de se faire souscrire une série d’exemplaires. il est bien tenté d’augmenter ses prix, que l’administration n'ira pas discuter; la vente au détail devient alors plus négligeable.

L'État, en outre, affecte régulièrement, chaque année, une certaine somme à telle ou telle collection; le crédit dépassé, c’est aux auteurs de solder. Mais le coût à la feuille a été stipulé dès l’origine ne varietur , d’un trait de plume de bureaucrate, très audessus des frais d’impression; et l'éditeur a tous les bénéfices de vente. Je sais de ces contrats qui sont un scandale. L’État croit encourager la science; il donne une prime au commerce sans risques. Il ferait mieux de garder son or pour des subventions muettes aux auteurs recommandés par des corps savants, ou pour des allocations supplémentaires aux bibliothèques, qui en garderaient la libre disposition.

Les échong es académiques. — En vertu de conventions internationales, plusieurs groupes d’Universités étrangères échangent avec celles de France leurs publications académiques. 11 n’y a rien à redire à cette combinaison excellente, qu'il conviendrait d’étendre à de nouveaux pays.'

Les dons des particuliers. — J’ai exprimé plus haut des réserves sur l’avantage qu’ofi'rent les dons qui ne sont pas en argent. 11 arrive exceptionnellement qu’on en puisse beaucoup attendre : en Sorbonne, par exemple, la bibliothèque, fréquentée par une foule d’hommes de science, reçoit d eux bien souvent l’hommage d’un exemplaire de leurs travaux, et cela constitue un sérieux appoint aux acquisitions. Dans certains pays, c’est une obligation pour les professeurs, vis-à-vis de leur Université. Mais, je le répète, des cas semblables sont rares, et de plus la production nationale à peu près seule se trouve représentée dans ces dons, non celle de l’étranger. En général, les auteurs (et les éditeurs) ne donnent pas aux

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bibliothèques, mais plutôt aux périodiques, à fin de compte rendu.

Il faudrait d'autre part déterminer, si possible, les sociétés savantes départementales à ne point garder pour elles leurs collections; en Allemagne et en Hollande bien souvent (dans quelques coins de France aussi) elles les versent ou les laissent en dépôt aux bibliothèques; et les revues usuelles, après un court délai, arrivent à plusieurs Universités allemandes de quelque Leseverein.

Les achats. — Dans toute statistique sur la richesse relative des bibliothèques, dit excellemment M. Morel, « le budget d’acquisitions est le signe qui trompe le moins ». Chez nous, hélas! il est presque toujours déplorablement faible; le peu qu’on dépense passe surtout en reliure. Certains bibliophiles professent que tout volume d’une bibliothèque devrait être relié ; chez les Allemands, selon M. Laude, telle est la règle absolue ; pas plus que M. Morel \ je ne partage ce sentiment. Bien qu’il se fasse aujourd’hui des reliures simples et pratiques, comme ces élégantes reliures anglaises qui recouvrent immanquablement tout livre paru outre-Manche, j’estime qu'on pourrait donner moins à la reliure, et plus aux achats. Passe pour la Nationale, traitée en réserve1 2; dans une bibliothèque pour 1’ « armée active » des travailleurs, on se basera sur la fréquence de la demande et du maniement; il en est ainsi à la Sorbonne : de vieux livres restent et, avec toute raison, resteront longtemps brochés. Même expéditive, ce qui est rare, la reliure retarde toujours la communication des livres nouveaux les plus convoités.

En matière d’achats, qui possède, qui doit avoir la décision? Il n’y a pas actuellement, il ne peut pas y avoir de règle fixe. Ici le directeur décide de tout ; ailleurs il répartit ses crédits entre des sections, dont chaque chef s’arrange à sa guise3; ailleurs encore, les plus

1. Lui, en revanche, demande que les revues ne soient communiquées que reliées; c’est pour elles que cette prescription serait le plus regrettable, renvoyant à une date indéterminée la connaissance de « l’actuel ».

2. Encore les pessimistes affirment-ils que la qualité exécrable de l’encre et du papier, dans les éditions récentes, écarte toute chance de longue survie. Ce n’est pas une boutade; cf. J. Franke, Eine ernste Gefahv für unseve Bibliotheken (, Zentral blatt, XXV (1908), p. 193-206).

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