‹ L'Organisation du Crédit en Pologne Son Évolution Depuis la Première StabilisationChapitre 50 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le Crédit à court terme

Considérations générales. — Nous avons étudié plus haut les besoins très élevés de crédit existant dans le pays et le caractère des différentes sources où on pourrait rechercher les capitaux nécessaires à la satisfaction de ces besoins. Essayons maintenant d’esquisser l’organisation et l’évolution de l’appareil de distribution du crédit et de voir dans quelle mesure celui-ci est arrivé à faire face aux exigences de l’économie nationale.

Le mécanisme du crédit faisait apparaître une extrême insuffisance au moment où l'inflation a pris fin. Il se montre, à ce moment, mal adapté aussi bien au travail dans les conditions normales qu'aux tâches exceptionnelles qui se présentaient à lui.

Il fallait, notamment, amener le public à recommencer l’épargne monétaire normale, épargne qui pendant l'inflation fuyait les banques et s’immobilisait ou était thésaurisée en monnaies étrangères. Aux institutions financières se posait le problème de décider cette épargne très instable à venir s’y reposer, en lui offrant le maximum de sécurité, des conditions de rémunération avantageuses et une diversité de procédés adaptés à la diversité des besoins.

Le facteur qui s’opposait à la renaissance de l’épargne et contre lequel il fallait lutter, c’est la méfiance envers la monnaie, méfiance qui fut dans une certaine mesure justifiée par la crise monétaire de 1925-1926.

De la solution de ce preimer problème dépendait la possibilité de disposer de ressources suffisantes pour entreprendre une vaste action de crédit. Il y avait là une tâche urgente, alors que le fait seul de la cessation de l'inflation faisait appa-

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raître des besoins toujours croissants en capitaux circulants de la part de la vie économique du pays.

Pour arriver à faire face à ces tâches, il fallait reconstruire tout le système du crédit en réorganisant les anciens rouages et en en créant des nouveaux pour l'intérêt général.

Au sommet de toute l’organisation du crédit il fallait mettre un Institut central à la place del’ancien Institut, établissement d'Etat qui subvenait d’ailleurs en grande partie aux besoins de ce dernier. La nouvelle banque devait émettre une monnaie inspirant confiance, établie sur des bases solides el servir, d’une façon directe ou indirecte, aux besoins de l’économie nationale. C’est à ces fins que fut créée la Banque de Pologne, société privée par actions, ouverte au public le 28 avril 1924.

Les banques privées dont le réseau s’est trouvé extrêmement gonflé à la fin de l'inflation, étaient à ce moment dans un état de marasme complet. Leurs capitaux propres et une partie des capitaux par elles empruntés s'étant trouvés alors entièrement immobilisés, leur situation fut rendue difficile par la crise. Les banques n’inspiraient pas de confiance au public qui n'y voyait que des établissements faisant de la spéculation et des affaires n'ayant rien de commun avec l’activité bancaire

normale.

Les coopératives de crédit, d’une grande importance avant

la guerre, et qui possédaient alors des ressources considérables, se sont trouvées complètement désorganisées. Le même état de complète désorganisation se remarque dans les autres institutions financières poursuivant un but social, telles les caisses d'épargne des administrations autonomes.

En face de cette insuffisance de l’appareil de crédit, c’est l'Etat lui-même qui, par ses établissements de crédit complètement réorganisés ou nouvellement créés, a pris à sa charge un double rôle, d’une part éducatif, ayant pour dessein l’accumulation et l’organisation de l'épargne monétaire et d’autre part un rôle supplétif, tendant à remplacer provisoirement l’appareil privé de crédit défaillant. L’Etat était du reste seul à même de remplir les deux tâches. Pendant cette première période d'insuffisance générale de ressources monétaires dans le pays, le Trésor seul disposait pour aider l’économie nationale des ressources qu'il tire de l'impôt et avec lesquelles, notamment, il dote ses banques en remplaçant ainsi l ERCR spontanée provisoirement insuffisante.

Les banques d'Etat ainsi pourvues entreprirent réellement

une activité de crédit très intense. Le public, a plus de confiance envers ces banques qui lui offrent plus de sécurité; celles-ci ont attiré des capitaux importants, développant ainsi en même temps le sens de l’épargne dans le pays.

Ces institutions qui furent créées pour des buts spéciaux, furent obligées de faire une politique de crédit à toutes fins et, avant tout, de crédit à court terme à l’économie privée.

Mentionnons, que l'Etat et les administrations autonomes font en même temps des efforts considérables pour réorganiser et développer le système des caisses publiques d'épargne.

C’est, en fin de compte, l’appareil officiel de crédit, avec la Banque de Pologne en tête, qui joue le rôle essentiel pendant cette période. La Banque de Pologne qui, vu l’insuffisance de l’appareil bancaire privé, entreprend d’abord le financement direct de l’économie nationale, devient ensuite toujours davantage la Banque centrale qui doit servir de réserve aux autres établissements de crédit.

Peu à peu, en effet, la confiance commence à renaître envers l'appareil bancaire privé. Celui-ci arrive à attirer des capitaux considérables. Il se réorganise et subit une forte concentration, ses méthodes de travailse rationalisent et sa politique de crédit devient très prudente.

De même, le système social de crédit (coopératives de crédit et caisses d'épargne), étant donné les énormes besoins de crédit de la part de la petite et moyenne propriété, s’élargit d’une façon très importante et tend toujours davantage vers son but-qui est l'accumulation de l’épargne populaire. Sa force d'attraction augmente dans une grande mesure. La direction de l’activité de ces institutions change en même temps; elles sont contraintes de répondre aux besoins qui se font jour et de consacrer leurs ressources uniquement à la distribution du crédit à court terme.

Son rôle éducatif et supplétif rempli, l’appareil bancaire officiel abandonne progressivement, mais dans la mesure du possible, ses opérations de crédit à court terme à l’économie privée, pour se consacrer à ses buts propres.

L'appareil de crédit à court terme se trouve ainsi organisé. Au sommet la Banque de Pologne, Banque centrale, puis les banques publiques qui jouent également dans une certaine mesure un rôle de centrales financières, au degré suivant le système bancaire privé. Enfin, le réseau des coopératives de crédit et des caisses publiques d'épargne.

Le système du crédit à court terme se trouve ainsi organisé mais l'insuffisance de ressources demeure tout de même. Cette insuffisance porte d’ailleurs un caractère plutôt structuel en raison des phénomènes de la forte « disette » de fonds de roulement et de la faiblesse de l'épargne, dus aux salaires peu - élevés, à la rentabilité relativement faible de l’économie nationale, aux crises, à la situation précaire de l’agriculture, etc...

Les banques d'Etat se dirigent maintenant vers un autre secteur du front financier : le crédit à long terme dont les besoins sont énormes. C’est là que leur rôle éducatif et supplétif devient de première importance.

Le marché privé des capitaux, celui qui, avant la guerre, était la base essentielle du crédit à long termé, est inactif.

Les deux institutions financières d'Etat ont donc été amenées à développer une grande activité aussi bien pour les besoins publics que pour ceux de l’économie privée. Les ressources à cette fin leur sont fournies essentiellement, comme il a été dit ci-dessus, parle Trésor, les différents établissements officiels d'assurances et autres, les réserves des banques officielles, etc.

Ici, le rôle des banques d’Etat et des fonds publics doit rester momentanément prépondérant, l’épargne des particuliers n'étant pas disponible en quantités suffisantes.

Comment ont fonctionné les différentes institutions de crédit, c’est ce que nous allons voir dans la suite de notre exposé.

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