‹ L'Organisation du Crédit en Pologne Son Évolution Depuis la Première StabilisationChapitre 6 sur 214 · LETTO SE · texte numérisé non relu

LETTO SE

grande partie, de la situation favorable du Trésor et de l'économie nationale!. . ;

La crise qui avait suivi la stabilisation de la monnaie en 1924 devenait toujours plus âpre. La stabilisation avait fait apparaître de grandes imperfections dans l'organisme économique. Celui-ci s'étant reconstitué au cours de l’inflation monétaire, comporta nécessairement tous les défauts résultant de la conjoncture d'inflation. Un grand nombre d'entreprises et des branches entières de l’industrie furent développées au-delà des besoins réels e& continuèrent encore leur activité après que la stabilisation fût opérée.

Alors que, pendant l'infiation, le manque de fonds de roulement était atténué par la vitesse de la circulation de la monnaie et l'allure accélérée des affaires, cette pénurie apparut ensuite dans toute sa gravité avec le ralentissement des affaires. L’insuffisance énorme des fonds de roulement fut encore aggravée par les impôts élevés et les différentes charges sociales qui furent alors établis. Dans le même sens, des frais généraux et commerciaux très élevés, justifiés par l’allure des affaires pendant l'inflation, devinrent une charge très lourde quand celle-ci fut arrêtée. Bien qu’une amélioration à ce dernier point de vue commençât à se faire sentir, celle-ci ne pouvait pas, par la force des choses, avoir une répercussion immédiate. D'autre part, il existait un grand nombre d’enreprises dont aucun besoin économique sérieux ne justifiait le maintien et dont les bases financières n’étaient guère saines.

. La consommation s’est en outre considérablement restreinte. Toutes ces entreprises voulant, coûte que coûte, se maintenir à flot ont énormément accru la demande de crédit. Elles ne possédaient que de faibles réserves de marchandises qu’elles auraient pu jeter sur le marché en abaissant les prix et encourager, de cette manière, la consommation. Elles ne pouvaient, d'autre part, produire à bon marché, le prix de revient s'étant considérablement accru, par suite de la stabilisation. Elles réduirent alors leur production.

Le crédit devenait toujours plus cher. L'intervention des banques ne fut pas d’une grande utilité. Celles-ci se trouvaient elles-mêmes engagées d’une façon importante dans un grand nombre d'entreprises industrielles. Elles continuaient à les

l. Dr E. Taylor. La monnaie (Dans Le Bilan économique des 10 ans dela Pologne ressuscitée.)

financer craignant de sombrer avec elles, bien que leur liquidation eût été utile pour l'assainissement de la vie économique. Contrairement à ce qui s’est passé en Allemagne et dans quelques autres pays où la stabilisation fut précédée d’une forte inflation, l’arrivée des capitaux étrangers fut très faible.

La balance commerciale, d'autre part, devint nettement défavorable, ce qui tenait à différents facteurs. Par suite de la mauvaise récolte de 1924, on s’est vu obligé d'effectuer d’importants achats de céréales. En même temps se produisit une baisse importante des prix de la houille et du sucre, articles d'exportation par excellence de la Pologne. Une diminution de l’exportation de la houille en Allemagne résulta de lexpiration de l’accord commercial et de la guerre douanière qui l’a suivie. Est à remarquer également une diminution des crédits nouveaux en marchandises dans la première moitié de 1925 et l’arrivée à échéance d’une grande partie des crédits qui, précédemment, avaientétélibéralement accordés. Tous ces phénomènes ont provoqué à la Banque de Pologne une fuite des devises qui devenait toujours plus rapide, au point que la Banque fut obligée d'accepter la baisse du cours du zloty en juillet 1995, baisse qui dura jusque vers Le milieu de 1926.

Une forte crise financière s’ensuivit qui mit dans une situation précaire tout l'appareil bancaire du pays. L’écroulement de quelques institutions se produisit, certaines autres durent recourir à l'appui du Trésor, d’autres obtinrent des crédits importants de l’étranger et purent ainsi éviter la débâcle.

La situation précaire de l’économie nationale n’a pas permis au Gouvernement d'accroître considérablement ses recettes; par ailleurs, les dépenses n’ont pu être réduites dans une mesure considérable. Les déficits des entreprises d'Etat furent également assez forts. En dehors des deux emprunts étrangers sus-mentionnés, on a émis quelques emprunts intérieurs. Ceux-ci eurent cependant principalement pour but la conversion ou la consolidation des anciennes dettes. Le montant de l’argent frais produit par les emprunts intérieurs est relativement faible!. C’est pourquoi le Gouvernement a eu largement recours à l'émission de la monnaie divisionnaire?

1, Emprunt de chemins de fer 10 ©, de 1924 en francs-or. 48.324.730 fr, or (en circulation au 31 décembre 1930 pour une équivalence de z1. 42.326.800) et l'emprunt 5 % à primes en $ première série, 85 millions (converti en 1926) dont le montant en circulation au 31 décembre 1930 est de 21. 44.567.640).

2. La loi monétaire de 1924 prévoyait l’autorisation de la frappe, pour le

Trésor, d’une monnaie divisionnaire, monnaie d'argent et billon jusqu’au mon- Lant de 12 z1. par tête d’habitant,

avec le produit de laquelle il couvrit ses déficits budgétaires. Pour montrer avec quelle vitesse augmentait la circulation des monnaies divisionnaires émises par l'Etat, il suffira de dire que le montant de cette émission, qui ne représentait que 22,3 % du total des billets de la Banque de p ologne au début de l’année 1925, s’est accru jusqu’à 48,5 % vers le milieu de ladite année et jusqu’à 114 %, à la fin de celle-ci.

La baisce de la monnaie qui dura jusqu’à la seconde moitié de 1926 comporta en elle-même déjà certains effets salutaires. Les conditions de la production et de l'exportation s’améliorèrent. L’importation se trouva limitée dans une forte mesure, aussi bien par l'effet de la diminution du pouvoir d'achat du zloty que par les décisions prises par le Gouvernement. La guerre douanière elle-même y contribua en amenant une limitation des achats en Allemagne. A la suite de la grève des mineurs anglais en 1926, la situation du charbon polonais sur les marchés étrangers devint très bonne. La balance commerciale devint donc nettement favorable. Un fort afflux de devises eut lieu et rendit possible la stabilisation de fait du zloty.

La situation du budget s’est également considérablement améliorée. Le total des dépenses, même en chiffres absolus, a diminué d’une façon importante; la diminution en chiffres relatifs, en raison de la baisse de la monnaie, fut beaucoup plus forte. Une augmentation des recettes eut lieu simultanément. C’est ainsi qu’en fin de compte le budget del’année 1926 s’est soldé par un excédent de recettes. C’était la première fois depuis le recouvrement de l'Indépendance.

La situation des autres branches de l’économie nationale, et surtout de l’agriculture,s’est également améliorée, grâce à la bonne récolte et à une hausse des prix.

La prospérité économique dura ainsi jusqu’à la fin de 1928. La stabilisation légale du zloty fut effectuée entre temps. Elle fut suivie d’un emprunt de stabilisation à des conditions relativement avantageuses, emprunt souscrit en grande partie aux Etats-Unis. Le plan de stabilisation promulgué par une ordonnance présidentielle du 13 octobre 1927, prévoit l'emploi précis du produit de cet emprunt qui doit servir en partie à l’augmentation du capital de la Banque de Pologne et à la diminution du montant de la monnaie émise par le Trésor ainsi qu’à la constitution d’une réserve de trésorerie. Une autre partie fut destinée à des buts d'ordre économique.

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