Rapports annuels de la Banque
des facteurs de nature très différente et ayant trait aussi bien à la structure du marché du crédit qu’à des diffi. cultés d'ordre technique.
Ce qui caractérise, notamment, l'appareil financier polonais d’avant-guerre, c’est l’absence d'institutions financières fortes s’occupant du crédit à la petite et moyenne agriculture. Il est vrai, que dans l’ancienne partie autrichienne et allemande existaient des caisses d'épargne et des institutions coopératives de crédit fournissant à l’agriculture du crédit à court terme. Toutefois, une institution centrale, possédant des moyens importants, manquait. Dans l’ancienne partie russe, le: caisses d'épargne et de prêts des communes rurales aimsi que la Banque paysanne, s’occupaient spécialement de la distribution du crédit aux paysans, mais encore ici le montant des crédits accordés était insuffisant.
Les crédits à long terme à la petite et à la moyenne agriculture étaient de faible importance. La cause de cet état de choses est facile à expliquer. De petits prêts hypothécaires sont, en général, très peu rémunérateurs pour les institutions qui les distribuent, car leur grand nombre exige un travail énorme et très compliqué qui provoque des frais très élevés.
Un autre facteur, d’une importance primordiale, qui s’opposait au développement du crédit à long terme destiné aux paysans, c'était la non-inscription sur les registres hypothécaires de la plupart des propriétés rurales en Pologne, surtout dans l’ancienne partie russe.
L'agriculture en Pologne après la guerre, surtout la petite et la moyenne, subissait le même sort que le reste de l’économie nationale, avec cette différence qu’elle souffrait beaucoup plus de l’insuffisance et de l’imperfection du marché du crédit. L'amélioration même de la situation sur ce marché, qui eut lieu après 1926, n’eut pas sur l’agriculture une répercussion aussi rapide et immédiate que sur les autres branches de l’économie nationale.
La dispersion des petites et moyennes exploitations rurales sur de grands territoires et leur éloignement des grands centres font qu’elles profitent beaucoup moins des grandes institutions bancaires. Une aisance sur Île marché financier se fait sentir dans ces dernières beaucoup plus vite. Les dépôts résultant de l'amélioration de la situation économique ‘ainsi que les crédits de réescompte et les crédits étrangers y ont un accès beaucoup plus facile.
La petite ev moyenne propriété rurale est obligée de satisfaire à ses besoins presque exclusivement dans les institutions financières locales ayant des ressources faibles, ce qui est dû à l'insuffisance des dépôts des agriculteurs. Cette insuffisance s'explique, d’une part, par le facteur psychologique. Les agriculteurs, élément conservateur, ont vu leur épargne, placée dans les institutions financières, s'effondrer par l'effet de l’inflation. La méfiance envers ces institutions devait encore se renforcer pendant la période de la crise monétaire de 1925. où de nombreuses banques ont sombré. Il faudra un temps assez long pour que la confiance renaisse complètement et pour que les économies des agriculteurs se portent, en proportionsuffisante, aux institutions d'épargne et de crédit. D'autre part, l'épargne des agriculteurs s’est trouvée très affaiblie, par suite des dévastations de guerre, des fréquentes crises agricoles qui ont dernièrement eu lieu et des besoins pressants des nouveaux investissements. Ceux-ci sont indispensables pour l’augmentation de la rentabilité des exploitations rurales et pour leur adaptation aux exigences de l’agriculture moderne.
Si, d’ailleurs, des montants peu importants des ressources libres affluent dans les institutions financières locales, 1ls ont, en grande partie, un caractère de placement temporaire, des dépôts prêts à être retirés à tout moment et ne sont pas ainsi adaptés au but qu'ils doivent remplir dans le crédit agricolet.
Les faibles crédits, que la petite et moyenne agriculture obtiennent, ne satisfont qu’une faible partie des besoins existants, ce qui s'exprime en fin de compte par l’existence d'une usure très grande dans les campagnes.
La nécessité d’un crédit aux petits agriculteurs et son importance éventuelle deviennent encore plus évidentes lorsqu'on envisage le rôle que joue la petite propriété rurale dans toute l’économie nationale de la Pologne.
b) Rôle de la Banque agricole d'Etat dans la distribution du crédit aux petits el moyens agriculteurs. — L'importance donc d’une banque possédant des capitaux aussi nombreux que la Banque agricole d'Etat et dont l’activité est consacrée