‹ L'Organisation du Travail à Roubaix avant la RévolutionChapitre 10 sur 26 · TT OPEN · texte numérisé non relu

TT OPEN

droits tarifés par les ordonnances, qu’à ceux qui seraient régulièrement agréés par la corporation.

Mais ces entraves que le formalisme corporatif imposait à Roubaix, son magistrat, avec le concours des égards, va, pendant les siècles qui suivirent, s’efforcer de les faire disparaitre. Nous verrons que l'apprentissage seul subsista jusqu’à la révolution. Encore y eût-il des exceptions. La formalité du chefd'œuvre disparut. Les portes du métier furent, en réalité, presque toujours grandes ouvertes aux aspirants. Et si l’on exigea d’eux des droits assez élevés, c'est que l'intérêt de la manufacture l’exigea.

Les apprentis. — « Chaque maitre du métier pourra avoir un apprenti auquel il sera tenu d'enseigner le dit métier pendant deux ans 1). »

Cette brièveté dans le stage des apprentis a son prix. Dans bon nombre de corporations, en France, il dure en effet trois, quatre et six ans (2). En Flandre en particulier, il est généralement assez long. Il est vrai qu'à Lille comme à Roubaix il ne dure, chez les tisserands, les bourgeteurs, les filtiers, que deux ans (3). Mais à

(1) Ordonnance du 12 mai 1554.

(2) Levasseur. Opus citatum.

(3) FLamMErMoNT en son cours cité par MERCHIER, dans : Le lin et l’industrie linière dans le Nord de la France.

AU

Cambrai, il est de trois ans pour les tisserands de toile, de quatre ans pour le tisserand de drap (1). A Tournai, sa durée, qui était auparavant de quatre ans, est, en 1496, réduite à trois ans « comine on fait és villes voisines » (2).

Ce court apprentissage lui-même ne devait pas subsister longtemps. Sans qu'on puisse exactement suivre sa marche décroissante, il est certain que la coutume s’en perdit, car on trouve, le 3 novembre 1759, un réglement dés magistrats qui le rétablit.

S'il faut remarquer que l'apprentissage ne fut pas rigoureux, au moins, tant qu’il subsista, s’appliqua-t-il à tous. C’est seulement en 1759 que les fils de maître y échappent. Encore, pour les gendres de maîtres, fut-il seulement restreint de moitié.

Le maître qui avait accepté un apprenti assumait la charge de lui enseigner pendant deux ans la profession. Le contrôle se faisait par l'enregistrement, à l'égarderie, de la date d'entrée et du nom de l'apprenti (3), qui acquittait à ce moment un droit de trente patars. S'il arrivait que par mauvaise fortune, un maitre dût se défaire de son apprenti, il le cédait à un autre maître.

Le maitre payait douze gros pour qu'il fût fait mention

G@) Dugruzze. Histoire de Cambrai, p. 197.

(2) Eugène Soïz Les tapisseries de Tournai, p 121.

(3) Ailleurs, le contrat d’apprentissage est passé verbalement, devant témoins ou bien encore par écrit.

Page 1