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CHAPITRE PREMIER

L'Organisation générale du travail en Flandre.

C’est une erreur répandue dans un trop grand nombre d’esprits que de ne jamais concevoir le travailleur, au Moyen âge ou sous l'ancien régime, que comme un élément, une unité, de quelque organisation corporative strictement règlementée.

Il faut le répéter au début d’une étude comme celle-ci : Il y a toujours eu en France, aussi avantqu'on remonte dans notre histoire économique, des métiers libres. En Flandre, comme dans les autres provinces, il y a toujours eu des hommes, fabricants ou marchands, qui ont pu vivre de l’établi ou du comptoir sans en devoir, au préalable, solliciter l’autorisation et sans devoir se soumettre à des règles déterminées.

Ce n’est pas de ces professions libres qu'il s’agit ici. Il s’y agit du travail réglementé, du travail réglementé

par excellence : la fabrication des tissus. Aucun ne le

SM ATES

fut d’une facon plus minutieuse, plus persistante, plus

générale.

Je voudrais indiquer dans un premier chapitre quelle était en Flandre, d’une façon générale, l’organisation de ce travail réglementé.

Nous verrons dans les chapitres suivants de quelle façon Roubaix participait à ce régime et comment 1l s’en accommoda.

Pendant la période qui nous occupe, sous les ducs de Bourgogne, sous les archiducs Autrichiens et sous la domination Espagnole, aussi bien qu'après la conquête Française, sous Louis XIV et ses successeurs, le droit au travail apparaît en Flandre sous la forme d’une concession, d'une faveur du pouvoir central.

C'est un privilège qui ne s'accorde qu'au petit nombre ; il est généralement soumis à des conditions : conditions dans l'attribution, conditions dans l'exercice.

La concession émanait du pouvoir central. La centralisation fut, en effet, plus précoce dans la Flandre qu'en France.

Je sais bien qu'en France, dès avant la fin du XVI: siècle, les caractères qui distingueront la période dite « Ancien Régime » ont marqué déjà les institutions d'une empreinte très apparente. Pourtant, c’est seule-

ment en 1668 (1) que nous y verrons Colbert enlever aux hauts justiciers le droit de donner des statuts aux corporations et d'exercer sur elles leur juridiction.

En Flandre, un édit de Charles-Quint, en date du 18 octobre 1520, porte déjà que nulle confrérie ou corporation ne pourra Sétablir sans le consentement du souverain. En 1540, le même roi, à la suite de la révolte de Gand, supprime, à Gand d’abord, puis tous les Pays-Bas, l'élection des gardes de métier en se réservant de les nommer lui-même (2).

L’édit de 1520 ne faisait d’ailleurs que confirmer de précédentes ordonnances, et bien avant cette époque les seigneurs étaient dépouillés du pouvoir de créer des privilèges en matière de fabrication.

Au XIV” siècle, c’est leur scel qu'on voyait apparaître au bas des octrois.

Le 15 mai 1363, Josse d'Halluin, chevalier, sire d'Hemsrode, de Blaton et Linselles, et Jeanne de Wasiers, son épouse, dame des dits lieux, octroyent aux bonnes gens de Blaton et Linselles, villages de la Châtellenie de Lille, congé et licence de draper cet faire draps de laine, bons et suffisants, à dire d’égards commis par lesdits seigneur et dame, et tels qu'ils ont fait jusqu’à la date de ces lettres; lesquels draps seront

scellés du scel qui leur a été octroyé.

(1) Arrèt du 7 septembre 1668. — Marquis pe LA Mare. A71s ot métiers, CAIN e28 (2) Levasseur. Histoire des classes industrielles et de l'industrie en

France, t. II, p. 934.

Ces termes : « tels qu’ils ont fait jusqu’à la date de ces lettres » ne laissent aucun doute sur l'existence d’une fabrication antérieure. Nous voyons seulement, quand la fabrication devient assez active pour quon songe à la réglementer, que c’est au seigneur qu'on s'adresse (1).

C’est leur seigneur aussi qui, le 14 Avril 1352, accorde aux drapiers de Bousbecque le droit d’apposer sur leurs étoffes un scel de plomb spécial (2).

Il n’en est plus de même au quinzième siècle. La première concession obtenue par les habitants de Roubaix est de 1469. Le billet qui l'accorde, dont l'original est aux archives, n’est pas signé du seigneur de Roubaix mais de la propre main de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne et comte de Flandre, son suzerain (3).

Il est vrai qu'à Lannoy, bourg proche de Roubaix, les « statuts et ordonnances » du « stil des Hautelisseurs et Tripiers de velours de la ville de Lannoy », bien qu'en date de 1920, sont donnés par les seigneurs Philippe et Bonne de Lannoy (4). En matière d'histoire il n'y a rien d'absolu.

(x) Archives de Linselles, série À. A., liasse 1. — LEurIpAn. Histoire de Linselles, p. 101 et 102.

(2) Archives de l’État à Gand, Conseil de Flandre, Sentineux, série J., cité par Dax, Histoire de Bousbecques.

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