PREMIÈRE PARTIE
LE T^iTilL ANARCHIQCE.
Et Tojraat tous eef peuples, Jirsus en eut conipaMinn, pfree qullaéialent «ccabléi de maux, et rouclit's ça ui M romiiM de» brebie qui n'ont pas de pasteur.
S. Uatth., cl.ap. IX.
Un |ptfr, c'était dans le mois d'octobre , je mo trouvais dans ppe ville peu éloignée d^un gros bourg, qif'un afiFreux incendie venait de dévorer tout entier. Xe lendemain, il devait y avoir une réuniqu 4es habittipt$4e ce malheureux bourg, que U mafre avait convoqués à PefTet de distribuer des secours aux plus nécessiteux, et de faire connaître le résultat des souscriptions ouvertes en faveur des victimes du d^stre.
Up marchand de mes amis, chez lequel j'étais jdespendu et qui devait se trouver à cette assemblée, po'offrit dans sa calèche une place que j'acceptai aviap plaisir, et le jour suivant nous nous mtmes en rpute de grand matin.
^ous eûmes pour compagnons de voyage un ma-
Sistrat, un employé des domaines et un fabricant e soieries.
10 L^OROiOnSATlON
— : Lef Qégociapt^, dit remployé, se plaignent sans cesse que la concurrence les ruine. Croyezvous 4onc, monsieur, quetesempioyésu'éprouvent pas tout autant de contrariétés que les incnistriels? Croye^rvo^s q^-i|s n'essuient pas mille déboires, mille p,^ssf»-drfli^ ? qu'ils ne souffrent pas lorsqu'ils se voient préférer des hommes moins capables qu eux, oes cpncurrents qui ont plus de proj^ctjqn que de mérite? Croyez- vous que le cultivateur ne soit pas accablé aussi dé soucis e( d'ingùiétudes ()e toute espèce?
Si ia (concurrence est fâcheuse , elle a néanmoins QQn ?>eau côté : elle fait baisser le prix des proidpm et les rend accessibles à un plus grand noi)i)b)re de bourses. C'est à elle que nous devons de voyager de tppps en temps à fort bon marché. J'ai même ouï dire que sur certaine route, nonseulement on transporte les voyageurs gratuitement, mais qu'on donne un excellent dtner, à titre de rerperclment, à ceux qui consentent à se laisser voiturpr dans de fort bonnes diligences. Voilà, sans doule, un des beaux efifets de la concurrence que vous dénigrez sans pitié, monsieur le marchand.
-— Certes, reprit c^ui-ci, l'effet n'est pas trop désagréable' pour celui oui dtne et voyage sans bourse délier ; majs pour les entrepreneurs rivaux qui ne sppt pas assez riches pour soutenir la gageure et oui abandonnent la partie plus d'à moitié ruin^, l'euet n'est pas des plus satisfaisants ; il ne Test pas beaucoup non plus pour les voyageurs qui surviennent lorsque le vainqueur, mattre de la ^rÂpae route, fait payer avec usure les dîners dont il a régalé les précédents voyageurs.
— Que voulez-vous! ajouta le fabricant, les funestes résultats de la concurrence se rencontrent à
Wi TRAVAIL. Il
chaque pas : pour ma part, j'ai connu vingt maisons respectables qui ont été ruinées pour n'avoir pas voulu falsifier leurs produits, tanais que leurs confrères, moins scrupuleux, offraient à des prix inférieurs leurs denrées frelatées. Moi-même, qui ne puis me décider à vendre du coton pour de la soie, je m'aperçois çiue ma clientèle m'échappe chaque jour. En vérité, messieurs, au train dont vont les choses, on sera bientôt forcé de devenir fripon pour ne pas mourir de faim !
Je l'ai dit cent fois : cette concurrence, qu'on nous a tant vantée, produit plus de maux que la guerre et la peste réunies. En réduisant inoéfiniment les bénéfices du fabricant, elle l'oblige à diminuer le salaire de Touvrier, en même temps qu'elle lo contraint à confectionner plus qu'il ne faudrait ; et il arrive de là des engorgements qui amènent inévitablement des stagnations dans les afifoires; et le fabricant, accablé sous ses produits qu'il lui »st impossible d'écouler, ne peut faire face à ses engagements et se voit dans l'affreuse nécessité de déposer son bilan.
Et à propos de faillites, que la concurrence enfente par milliers, qui saurait noinbrer les honnêtes gens et les petits rentiers qui, chaque jour, sont atteints par des banqueroutes plus ou moins frauduleuses, et se voient réduits à végéter, dans une misère profonde, jusqu'à leur mort que le chagrin bien souvent ne tarde pas à amener ?
— Mon Dieu ! monsieur, dit à son tour le marchand, vous avez parfaitement raison : les affaires vont de mal en pis, et si ce qu'on nomme progrès grandit encore pendant vingt ans, je ne sais où nous arriverons. Le mal est déjà si grand que, si chacun de nous voulait conter les d&astres corn*
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merciaux dont il a été témoin ou victime, nous en aurions pour huit jours, et nous n'aurions pas tout dit.
Qui de nous, par exemple, ne connaît plusieurs de ces familles jadis opulentes, tombées aujourd'hui dans une pauvreté d'autant plus poignante que leur passé s^est écoulé au sein du luxe et de toutes les jouissances que procure la richesse ; et qui oserait dire que ces femmes et ces enfants sont tombés par leur faute ? Presque toujours la cause de leur chute fatale était hors d'eux ; leur ruine
S revient généralement de la maladie ou de la mort u chef de la famille, de son inconduite, de son incapacité, de quelque entreprise mal conçue ou mal dirigée, de quelque accident imprévu, comme faillite, révolution, incendie, naufrage, etc., toutes choses que la mère et ses enfants n'étaient pas maîtres d'éviter ou d'empêcher.
Qui de nous, messieurs, ne connaît de ces petits industriels, sobres et laborieux ; de ces marchands aisés, remplis d'ordre el. d'économie, qui, débordés par des rivaux moins délicats ou plus riches qu'eux, voient leur ruine avancer d'un pas chaq^ue jour? Agonie atroce! qui enfante le désespoir et le suicide, et ces terribles maladies du foie et de l'estomac, et ces anévrismes et. ces cancers si fréquents de nos jours, mais qui étaient à peu près inconnus de nos pères.
Qui de nous n'a pas vu des ouvriers, par centaines, dans l'impossibilité de nourrir leurs familles et réduits à l'humiliante aumône, par suite de l'invention d'une machine nouvelle ou d'un simple perfectionnement à la machine dont ils étaient en quelque sorte un accessoire ?
Puis, que de secousses dans les transactions
DtTRAVAlX. 13
commerciales, que de variations dans les besoins et dans les modes capricieuses, ébranlent les forlunes les plus solides ! Une mauvaise récolte, une émeute, un simple dbangement de noinistère, remettent tout en question , ébranlent le crédit et occasionnent des stagnations périodiques fatales au millionnaire, et mortelles à l'ouvrier qui vit au jour la journée.
— Certainement, ajouta le fabricant, bien aveugàS serait celui qui prétendrait que le commerce et Pindustrie , abandonnés comme ils le sont , sans guide, sans boussole, aux caprices de chacun, ne sont pas des sources intarissables , d'où s'échap-
Cent, à flots pressés, des maux sans fin et sans nom. outes les existences , toutes les positions sont incessamment menacées; personne n'est sûr du lendemain; on ne trouve nulle part de stabilité, et chacun tremble pour son avenir ou celui de ses enfants.
Pourquoi donc n'y a-t-il pas un fonctionnaire chargé ae nous faire connaître les besoins de la consommation , afin que nous réglions en conséquence la production ? Mais non : chacun marche au hasard , en aveugle ; le succès est au plus audacieux, au plus fripon, au plus heureux. Il sérail bien temps qu'on découvrit un procédé pour organiser tout ce qui a rapport à la production, puisque les peuples sont devenus producteurs ; on avait bien su organiser les éléments de la guerre, quand les peuples étaient batailleurs
— On voit bien, messieurs, que vous êtes négociants , dit à son tour le magistrat ; les maux qui résultent du mode de produire , d'échanger et de répartir les produ its, vous ont frapoés plus que tous les autres.
La concurrence, je le sais, torture le fabricant elle marchand; elle les corrompt, les rond fraudeurs, falsificateurs , banqueroutiers. Les travaux de l'atelier n'assurent pas à l'ouvrier son pain quotidien ; ils détruisent sa santé, déforment son corps, dépravent ses mœurs, laissent son esprit sans culture et l'envoient mourir à l'hôpital , dégradé au moral et au physique.
Tous ces résultats délétères de l'industrie, toutes ces mille plaies , dont le commerce accable le genre humain , vous frappent plus que nos autres souffrances , industriels que vous êtes ; cependant ces mau;L ne sont pas nos seuls maux ; peut-être ne sont-ils pas les plus cuisants.
Pensez-vous, messieurs, que les négociants seuls aient des sujets de chagrin ? Non probablement , car vous souffrez encore à d'autres titres. Quant à moi , je soutiens qu'il n'est personne qui soit exempt de soucis, qui ne soit froissé dans (quelques-unes de ses affections. Permettez que je jette nn coup d'œil sur les relations de famille seulement, et vous verrez que ces liens si doux de père, de fils, d'époux, de frère, qui devraient faire notre bonheur, nous causent des peines d^ mille sortes.
Les pères, n'est-il pas vrai, souffrent de l'inconduite de leurs enfants; ils souffrent de leurs douleurs et de loirs chagrins ; ils éprouvent une infinité de soucis et d'ennuis pour les élever et leur procurer des états , et souvent ils ne recueillent qu'ingratitude pour prix de leurs soins et de l6ù^s saerinces l J'ai connu, par exemple, un pauvre père qui avait délabré sa fortune , et s'était imposé une foule de privations pour faire donnera son fils une brUlante éducation, c'est-à-dire pour l'envoyer pendant huit ou dix ans sur les bancs d'un collège;
et ce malheureux père eut la douleur de Toir son (ils Rougir de sa^naissance etde l'état de ses parents, lui qui n'était propre à auCuu état ; de le Totr mépriser sa famille qui œ possédait pas rinaffpréciable avantage d^avoir la tète fareie de làtia et de grec.
J'ai connu une pauvre mère qui est morte de douleu r d'avoir vu sa fille séduite et déshonorée par un ami de la maison.
A chaque pas on rencontre des vieiilardt qui ont le chagrin de reeonnaltreque leur mort ne fera verser aucune larme» $i môme elle n'est désirée par d'avides héritiers.
Tous nos villages renferment de braves et vieilles gens gui, après avoir abandonné à lenrs «ifants leur petite fortune, à la condition d'être tioàr* ris par eux, s'aperçoivent, mais -trop tard, au barbare empressement que chacwi idfe leurs ils met à se débarrasser d'etix au profit de ses frères.
mères, en proie au besoin, obligées d'avoir recours aux tribunaux pour obtenir de leurs enfants aisés une cbétive |)enslon alimentabre !
Oui, messieurs, les tendres affections de finnille ne seront bientôt plus qu'une fiction. Déjà nous voyons chaque jour des frères plaider contre leurs frères et se orouillér pour la vie^ à l'occasion des
Ï>lùs minimes intérêts ; nous les voyons se disputer e plus faible héritage» avant que le corps de leur père soit refroidi.
Mais si nous pénétrions plus avant dans Vràtérieur des ménages , que de Souffrances cachéee, que de chagrins dévores en secret n'apercevriooe-
BOUS pas ? Ici ce sont des époux qui ne se comprennent pas et pour lesquels tout devient un sujet de bouderies, ou qui ne s'aiment pas et pour qui tout devient une occasion de disputes, ou qui sont livrés aux tortures de la jalousie et ont sans cesse le reproche à la bouche. Là ce sont des époux en désaccord sur les questions d'intérêt, de dépenses, de toilette, de tenue de maison, d'éducation et d'état à donner aux enfants : gue sais-je, moi ? Chaque intérieur a ses tribulations , et peut-être n'est- il pas deux couples sur cent qui soient réellement et constamment satisfaits de leur union.
Au reste, est-il possible qu'il en soit autrement, lorsque, dans les familles riches ou aisées, les jeunes gens se marient sans se connaître? Et comment d'ailleurs pourraient-ils parvenir à se connattre, lors même qu'il leur serait loisible de se voir fréquemment, quand tous deux ont intérêt à dissimuler leurs défauts et à feindre des qualités qu'ils ne
Cette dissimulation inévitable, disons-le en passant, est cause en partie que les mariages d'inclination, bien rares toutefoisdanslesclassesriches, ne sont pas moins malheureux que les autres , attendu que peu de temps après leur union les époux cessent.de se voir avec des yeux d'amants , et la déception est d'autant plus grande que l'amour avait été plus vif et plus aveugle.
Mais, comme je viens de le dire, les mariages d'inclination sont rares. Le mariage aujourd'hui est une espèce de transaction commerciale , dans laquelle chaque partie cherche à obtenir les meilleures conditions pécuniaires; c'est un marché scandaleux et fort étrange, où la mère peu fortunée jette dans les bras d'un riche et vieux libertin, qui
n'a jamais cru à l'amour , la belle et pure jeune fille au cosur rempli des illusions les plus douces; où les pères doivent augmenter la dot à proportion que la future est plus laide , plus vieille ou plus méchante ! Et on appelle cela une compensation que certains trouvent toute naturelle ! Où donc somknes-nous arrivés, bon Dieu 1
Chez le pauvre, l'amour fait plus de mariages que chez le riche , mais les mariages n'en sont pas plus heureux, car la grossièreté et l'inconduite sont trop souvent , hélas! la dot des époux ; et la misère seule d'ailleurs suffit pour* introduire la discorde dans le ménage le mieux assorti.
Mais, messieurs, Je ne finirais jamais si je voulais rechercher toutes les douleurs des familteis ; si, apr^ avoir dépeint la vie presque toujours insipide et souvetit opprimée dfela femme, je vous disais celle de l'emance et de l'adolescence, ces âges de gaieté^ d'innocence et d'illusions, q»i sont encore les moins malheureux de notre vie , mais qui devraient être si heureux ! Si je vous montrais l'enfant du riche arraché à ses fmes , pour aller dans un collège apprendre des mots dont il se soucie fort peu et dont il n'aura jamais besoin, et rece^ voir, en échange des caresses matemelled, leè férules, les pensums et les arrêts ; puis, entré dans le monde, éprouvant , pour se créer une posiiton, une peine infinie, attendu que toutes les administrations publiques isont encombrées, et que ie commerce et l'industrie présentent bien psu de chances de réussite ; si je vous faisais voir l'enfant du pauvre , accablé de privations, en butte ào-x mauvais traitements d'uh père ivrogne et brutal ou d'une mère libertine, Ayant incessamment sous les yeux l'exemple de la aépraYation et des vîoes
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les plus honteux ; puis jeté, tout jeune encore, dans un atelier où il achève de se dépraver au physique et au moral.
— Tout cela et pis encore se voit à chaque pas, reprit le fabricant; je sais toutefois quMl se trouve ici, comme partout, des exceptions; que tout le monde ne souffre pas au même degré ; cependant je tiens pour vraie la proposition que vous avanciez tout à Tneure, monsieur, à savoir, que les soucis et les chagrins nous atteignent, quelque place que nous occupions sur Péchelle sociale. Oui, chacun a ses douleurs ici-bas, depuis la famille royale en butte à l'assassinat, abreuvée de calomnies et tremblant pour ses fils toujours éloignés d'elle et exposés aux dangers des combats et des tempêtes, jusqu'au prolétaire qui ne sait où il trouvera demain 1 ouvrage qui peut seul lui procurer les choses nécessaires à la vie de ses enfants.
Et, en effet, si on voulait grouper toutes les misères humaines, énumérer les maladies qui, sous des formes aussi horribles aue nombreuses, torturent et déciment les familles; celles qui, devenues héréditaires, moissonnent la jeunesse dans sa fleur; celles qui, sous les noms d'épidémies, de peste, de choléra, sévissent sur les villes et les nations entières ; si on comptait tous les accidents et les crimes que les Journaux enregistrent chaque jour, les vols , les faux de toute nature, les suicides, les assassinats, les infanticides, elc. ; si on rappelait tous les vices qui s'étalent avec insolence ou se cachent dans les bouges de nos grandes villes : l'ivrognerie, le libertinage, l'adultère, la prostitution, etc., certes jamais on n'en finirait, et on serait forcé de convenir que chacun a sa part de douleurs, et que l| vie est, de nos jours, fort peu séduisante.
Si chacun de nous récapitulait encore ce qu'il a souffert dans ses amitiés, s'il est permis, sans prostituer ce saint nom, de le donner à des camaraderies d'enfance dont on se rit dès qu'on a secoué la pou-sière de l'école; si chacun rappelait les mécomptes éprouvés dans ses amours, dans son ambition ; les entraves apportées à son avancement; si chacun de nous songeait à la monotonie du présent, à l'incertitude de l'avenir ; s'il comptait ses illusions détruites, ses affections froissées, ses crojrànces ébranlées ou évanouies, oh ! sans doute, la vie ne nous semblerait pas un présent digne de la bonté du Créateur, et nous reconnaîtrions que dans notre siècle sceptique et égoïste, où l'on ne croit à rien si ce n'est à la puissance de l'or, on flouffre d'autant plus qu'on a le cœur mieux placé et plus aimant, l'àme plus élevée et plus généreuse.
— Holà 1 messieurs les Héraclites, s'&ria l'employé, les choses de ce bas-monde ne sont pas toutes couleur de rose, sans doute; mais, pour Dieu ! n'exagérons pas outre mesure le nombre et l'intensité des misères humaines. Quoi qu'on en dise, tous les hommes ne sont pas pervers et corrompus ; il est encore des honnêtes gens, et on voit même par ci par là des personnes heureuses ou au moins qui affirment qu'elles le sont. Toutes les petites contrariétés de ménage, toutes les brouilleries entre amis, ne sont pas des malheurs bien poignants, quelquefois même elles ne sont pas sans charme : après la brouillerie vient la réconciliation. D'ailleurs un bonheur sans mélange serait pour moi bien fade : vive la diversité et les contrastes! Voilà ma devise.
Puis on est si bien habitué à considéret \d \£i^êtrecgmme une condition inéy\l^\^ ^q\^^x:^mà.^
majorité des existenic^, que la plupart des hommes n'ont conscience de leurs souffrances qde lorsqu'elles deviennent intolérables.
Au surplus, que Yoolez-vous? U faut bien en prendre son parti : la douleur a été le lot de nos pères, et vraisemblablement die sm*a te lot de nos enfants, à moins qu'on ne perviemie à découvrir un remède à tant ëe vmbol^ ce qui pourra bien arriver un jour, ne disait dernièrement un profond politique; car tout va se j^ectlennant, et nos législateurs, à force de fabriquier dei^ lois, en rencontreront peut-être une qui nous rendra tous heureux.
— Voilà justement ce qui m'afflige, répartit le magistrat ; on nie le mal ou on se résigne et on dit comme le Turc : cela est écrit; ou bien on plaisante au lieu de chercher des remèdes qu'il doit éthe au pouvoir de l'homme de trouver, car si le mai c'est riçriDrance, conmie dit le sage, la scienijepeut vaincre et déiaruire le mal.
Tenez, messieurs, quand je regarde autour de moi et n'aperçois partout que maladies, misères, fraudes, vices et crimes de toute natbre, il m'arrive de me demander quels paiiiatife à tant de maux proposent les homknes places à la tète de la société et chargés de la conduire. Je passe alors en revue les travaux des chambres, les professions de foi des candidats à la d^utatioh et la polémique des journaux de toutes les couleurs, et reconnais, avec stupéfaction, que les opinions soi-disant les plus avancées, les plus populaires, les plus radicales se bornent à réclamer des changements de ministres, des modifications dans la forme du gouvernement» des lois sur les incompatibilités parlementaires ou la réforme électorale, comme si toutes ces miita-
m TBAYAIL. 21
tions atix r(mages politiques avaient quelque rapport avec les aouleurs qpi accablent les hommes; comme si elles n'avaient pas été vingt fois essayées sans snccès depuis cinquante ans ; comme si les mêmes souffrances n'existaient pas, un peu plus, un peu moins, sous tous les ministères du gouvernement actuel, sous la restauration, sous Pempire, sous la ré[)ubliqne, sous Tancieyi régime; comme si la Russie aosolùe, la France représentative, TAmérique républicaine, n'étaient pas atteintes des mômes plaies ; et, chose désespérante à penser! comme si ces plaies n'étaient pas d'autant plus nombreuses et plus profondes que Vindustrie est plus perfectionnée et la richesse des nations plus considérable I Témoin la puissante, Findustrieuse, l'opulmte Angleterre, qui s'épuise on vains efforts pour guérir la misère affreuse de ses populations affamées, et y apporte à peine ud soulagement par SOS aumônes , aussi iTi^éaiouseâ qu'innombrables, par la taxe écrasante établie en Taveur des pauvres, par aeâ tiombrouses maisons de travail» par ses bospices etpor des émigrations incessantes!
Cette effrayante siti|ation de nos voisins, nos aînés en industrie, menacés d'une révolution sociale imminente, me fait entrevoir les souffrances et les commotions terribles réservées à notre chère patrie ot à l'Europe entière, atteinte chaque jour davantage ie la plaie du paupérisme; et je me
Îreiid^ a désespérer de ravenir et à penser que »ieu a a4)andQiuié tliunf^oité et livré le qiionde au hasard.
Nous partagions tous la douloureuse émotion que {f|^( énrouver au magistrat la sombrei persucctive qu^u venait de nous révéler; nous gardions
un morne silence, quand notre voiture s'arrêta. Nous étions arriva a notre bourg, dont il ne restait debout que TégUse et la maison de ville : tout le reste n'était plus qu'un monceau de cendres et de débris.