‹ L'organisation du travail et l'associationChapitre 9 sur 15 · OBJECTIONS · texte numérisé non relu

OBJECTIONS

Lorsque nous fûmes tous réunis, le juge de paix prit la parole, et s'adressant au professe r : Monsieur, lui dit-iU vos raisonnements sont serrés, logiques, et moi, qui crois aux causes finales, je regarderais vos conclusions comme parfaitement démontrées, si vous aviez fait de l'homme une analyse complète. Mais je dois vous faire observer que vous paraissez avoir choisi parmi nos stimulants, comme vous dites, ceux qui appuient votre utopie, et avoir entièrement négligé les autres. Ainsi vous n'avez pas dit un mot de l'envie^ de l'<yrgueil, de la gourmandise^ de Vivrognerie, de la colère, de Vavarice, de la ItJ^xure, toutes passions, vous en conviendrez, qui entrent pour beaucoup dans la détermination des volontés de rhomme et qui apporteront toujours le trouble

r06 l/ORGANlSATlON

dans ia société, quelle quo soit son organisation Le Professeur : Non, monsieur, je n'ai dissi mule aucun de nos stimulants ; les vices que vou venez de nommer ne sont pas innés chez Ihomme ce sont des effets désordonnés, des essors fan des stimulants dont je vous ai parlé, et qui, créé tous pour produire le bien dans le milieu en vd duquel Dieu les a donnés à Phomme, produiser le mal lorsqu'ils agissent sous Tinfluence de cir constances défavorables à leur développement c à leur satisfaction.

Nos stimulants sont des forces vives ; ils ten dent donc nécessairement et incessamment à agii Or, si la société dans laquelle l'homme est piac n'offre pas d'emploi utile à quelques-uns de se ' stimulants ou les entrave dans leur développe ment harmonique , ces forces , toujours activer agiront quand même et causeront des désordres ( des crimes, ou bien l'un de ces stimulants, sedéve loppant outre mesure, deviendra un vice, un défai qui engendrera des effets subversifs. Voyez plutô Les hommes, n'ayant dans notre milieu soci^ aucun moyen de connaître leur valeur véritabh et portés naturellement à s'exagérer le mérite <j leurs travaux, de leurs aptitudes et de leurs cou naissances acquises , se persuadent facilemei qu'ils sont supérieurs aux personnes avec lec quelles ils se comparent. Ainsi Vorgueil et Venv sont les essors faux de l'ambition, qui ne pourra dégénérer de cette manière dans une société o personne ne saurait s'ignorer ni se faire illusio sur la valeur de ses associés et sur la sienm Dans une telle société, l'ambition produirait ur émulation utile, comme on peut déjà l'enlrevo dans les masses organisées, par exemple dans ur

arm^^ qui a fait la guerre assez ionglemps pour que les corps et les individus aient appris à se connaître sur les champs de bataille.

. La gourmandise et l'ivrognerie sont des dégénérescences du stimulant te goût excité outre miasare. Ces vices disparaîtront, sans nul doute, lorsque la société procurera à tous les stimulants ^ectifis et sensitiis les moyens de se satisfaire, lis sont causés aujourd'hui par Timpossibilîté où se Irouve la grande majorité des hommes de donner satisfaction à ses besoins. Aussi le nombre des ivrognes est-il bien plus considérable dans les dasMS qui, subissant le plus de privations, ne peuvent varier ni leurs plaisirs ni leurs travaux, que dans les classes opulentes.

Uhomme de peine, vivant misérablement toute la semaine, attaché à un travail unique et monotone, court le dimanche au cabaret où il trouve à exercer, d'une manière incomplète sans doute, mais enGn où il trouve à exercer le besoin du groupe, le besoin de changement; où il peut satisfaire, jusqu'à un certain point, Vamitié et les stimulante sensitifs que Dieu lui a donnés comme aux princes et aux rois.

Chacun sait aussi que la gourmandise, j'entends par là les excès de la table, n'est pas le fait des personnes qui ont chaque jour leur table couverte de mets choisis et variés. Ces personnes p.euvent être friandes; mais la friandise, le niffinement de la cuisine, serait loin d'être un vice dans une société organisée, puisqu'elle pousserait puissamment à l'amélioration de la culture et de plusieurs autres arts.

La gourmandise, remarquez-le bien, n'est pas le défaut des hommes qui éprouvent quelque pas-

lot l'organisation

sien violente de Tàme; ainsi elle disparaîtrait si chacun pouvait s'abandonner aux stinnulants affectifs, je veux dire si tous nous éprouvions de vives amitiés, de véritables amours, si notre ambition était excitée à tous les instants de notre vie; ce qui évidemment arriverait dans une société organisée.

La colère se produit quand un ou plusieurs sti^ mulants d'une personne ardente se trouvent froissés par quelque acte d'une autre personne ; mais il est facile de voir que la colère n'est pas un stimulant, et qu'elle cesserait de se manifester, si les circonstances qui la font naître venaient à disparaître. Et cela aura lieu, à de rares exceptions près, lorsque les intérêts, loin d'être en opposition, convergeront vers le même but.

L'avarice peut être considérée comme un stimulant particulier à quelques individus, et on peut aisément découvrir quelle mission lui est destinée dans une société nageant au sein d'une extrême abondance et dont les membres, en général, à cause de cette abondance même, seront 3eu disposés à l'économie. En vue d'un tel milieu, e suprême économe a dû créer de ces natures qui voient avec douleur le gaspillage et qui satisferont leur besoin d'économie, leur avarice si vous voulez, en s'enrôiant dans les escouades de surveillance chargées de tenir à ce que rien ne se perde, à ce que tout soit utilisé.

Quant aux désordres et aux crimes causés aujourd'hui par Vamour, quant aux effets hideux et subversifs de la plus adorable des passions de l'homme, ils seront inconnus dans les communes associées, et cela pour plusieurs raisons.

L'éducation se bornant à découvrir et à forti-

fe

DU lUAVAlL. 109

ier par l'exercice les instruments donnés par le >éateur à chaque individu pour Taccomplissenent de sa tâche; en d'autres termes, l'éducation sonsistant à reconnaître les aptitudes physiques, norales et intellectuelles de chacun et à les déveopper par leur application aux arts, aux sciences, i l'industrie agricole et manufacturière, Pincesant besoin d'agir de l'enfant sera utilisé à tout ^e, par des travaux transformés en plaisirs D'un lutre côté, l'activité de son imagination trouvant les aliments nombreux et pleins de charme dans es rivalités des diverses compagnies d'artistes et l'industriels, ne les demandera plus à de dangeeuses lectures.

Sous cette double influence de la fatigue du orps et du silence de l'imagination, les sens ne 'éveilleront plus avant l'époque fixée par la naure, époque qui évidemment sera retardée ; l'aoour se révélera d'abord par son côté animique et endra la jeunesse aussi aimable qu'aimante. Et orsque le moment de se marier sera venu, rien l'empêchera le jeune homme de prendre pour pouse l'amante dont il aura su se faire aimer.

Devenue l'égale de Thomme et ne dépendant le lui en aucune façon, puisque son travail sufSra irgement à ses besoins et à ses fantaisies, la Bmme, fière dans sa liberté, se respectera et sera espectée. Naturellement aimante, mais aussi naurellement pudique, elle ne se vendra plus ni tour un jour ni pour la vie, son patrimoine ne lui ervira plus à acheter un mari, et sa pudeur ne édera qu'à l'amour qui, reprenant le rôle dont le Créateur l'a chargé, fera seul contracter le maia«îe à l'exclusion do l'argent et de tout autre iiobile.

liO L^ORGANISATiON

Et ces unions, dues à la sympathie, seroni heureuses durant de longues années, parce que la misère, les soucis de Tavenir, l^opposition des intérêts entre les époux, leur éternel tôte-à-tête, les soins souvent insipides du ménage, le tracas des enfants, la différence des goûts de toute, nature des membres de la famille, en un naot, toutes les causes de refroidissement et de désaccord aunxDt disparu ou auront perdu leur fâcheuse inûuenoe.

Quand Phomme aura cessé de regarder la femme comme sa propriété, quand les deux sexes croiront à leur complète indépendance parce qu'ils la sentiront et en jouiront à tous les instants, les jalousies ne se produiront plus, ou du moins elles n'engendreront plus de désordres, car le choix de là femme sera sacré aux yeux de tous.

Ainsi, vous le voyez, renfer sera vaincu : nos neveux ne connaîtront pas les sept péchés capitaux.

Oui, messieurs, je vous ai donné la liste complète des mobiles qui nous font agir : cherchez bien, vous n'en découvrirez pas d'autres. Or, ne résulte-t-il pas, je vous le demande, de leur ensemble et de rétude de chacun d'eux en particulier, que Dieu ne nous a pas créés pour nous débattre éternellement dans l'antagonisme et le travail anarchique, dans l'isolement et l'insolidarité? Si l'humanité était destinée à s'agiter à jamais dans le chaos actuel, le Créateur se serait bien gardé de nous donner Vambition, Venthousiasme, le besoin de rivalité, Vamour du groupe, le besoin de changement et des stimulants sensitifs insatiables. Proportionnant les stimulants aux destinées. Dieu nous eût, au contraire, pétris de modération en toutes choses, du désir de la médiocrité

DU TltAVAlL. 1 1 1

ment; que dis- je? le Créateur nous .'amour du dénûmentet de la misère, fait naître avec une seule vocation,

fait trouver le bonheur suprême à 1 même travail pendant toutes les otre vie.

)uvez comprendre maintenant quelle a ise à jamais déplorable do ceux qui i ce jour, gouverné et régenté les na- 3 sont obstinés à mutiler rhomme ; ils

«Comprime tes penchants, réprime upprime tes passions, réforme l'œuvre ', a6n de pouvoir agir, sans trop de , dans le milieu social que nous avons

nmes vraiment religieux eussent ren- )rmes du problème et l'eussent posé ms de modiûer la forme sociale, qui ivrage, de telle sorte que l'homme et s, qui sont les ouvrages de Dieu, puis- ^elopper à Taise et s'y harmoniser, m : les législateurs des peuples ont trarelâche à leur œuvre impossible et imimpie, car elle ne tendait à rien moins loyer la volonté du Créateur sous celle re ! Us ont, hélas ! fait fausse route et umanité hors de sa voie. — Les saintes it bien raison d'ulfirmer que l'orgueil a ime.

ns encore un instant au jeu de nos slins la société actuelle, déchirée par l'anles intérêts : ce sujet, messieurs, mérite attention.

mulants étant des besoins qui causent lund ils sont satisfaits, et lu souffrance

112 l/OUGANlSATlON

quand ils sont contrariés, poussent nécessairement rhomme vers les objets qui peuvent leur donner satisfaction. Et si la société est constituée comme elle est de nos jours, de manière quMl soit presc^oe toujours impossible à chacun de nous de satisfaire ses stimulants sans entraver ceux d'autrui, ces mobiles, donnés par la bonté divine pour produire le bien, causeront inévitablement des maux, des perturbations de toute nature.

Il est facile do comprendre comment une personne remplie d'ardeur et pourvue, en enfant gâté de la nature, de plusieurs stimulants énergiques, qui par conséquent était prédestinée à devenir la gloire de la société et un de ses rouages les plus importants; comment, dis-je, celte personne, étant placée de manière à ne pouvoir satisfaire qu'un seul de ses stimulants, s'y abandonnera avec fureur, et tombera dans les plus grands excèsJ Ainsi tel homme fortement trempé, dont l'humanité devait attendre de grands services, deviendra un débauché, un joueur, un ivrogne; et s'il ne peut sans crime se procurer les moyens de satisfaire ses besoins devenus indomptables par suite d'uno funeste éducation, il sera un assassin, un Lacenaire.

Les stimulants et les vocations distribués à doses inégales à chaque individu forment la variété infinie Gcs caractères humains et des caractères nationaux. Los caractères sont d'autant plus élevés

aue les stimulants animiques s'y trouvent plus éveloppés, et (^ue le stimulant par excellence, le sentiment religieux, y prédomine.

Nos stimulants faisant partie de notre être, comme notre intelligence, notre mémoire, nos organes, sont indestructible;?. Il n'est pas donné à

DUTftAVAIL. 113

tnme de les anéantir à son gré. Néanmoins oame a reçu le pouvoir de modiBer, jusqu'à un ain point, ses stimulants et ses autres facultés, •eut se servir d'un penchant supérieur pour ipter un penchant inférieur. Voilà son libre tre, voilà ce qui fait que Thomme mérite ou lérite ; voilà pourquoi un stimulant animique, lOur, Tambition, etc., excité à un haut degré, ose silence aux besoins des sens; voilà pourquoi ication, en développant, en perfectionnant les ItéS) modifie les caractères des individus; voilà rqûoi enfin les religions, en exaltant le stimu*

suprême , le sentiment religieux , ont tant Dpire sur les hommes, et que les natures supéteê, qui ont ce stimulant en dominance, peut avec son aide subjuguer leurs passions les I énergiques.

Si une éducation bien entendue peut, encultit les stimulants supérieurs, modifier et perfecner les hommes, par les mêmes raisons il y a ) autre éducation qui pousse fatalement au mal

foule d'individus. Ainsi, dans une société in- Iule et pauvre comme la nôtre, les ouvriers t la vie dépend du travail de leurs bras, c'estre l'immense majorité des hommes, sont privés x>ute instruction morale et religieuse, qu'ils rraienl, il est vrai, se procurer à l'église, mais l'y vont pas ; ou dans les écoles, mais ils ne fréquentent pas ; ou dans les bons livres, mais le savent pas lire ou n'ont pas le temps de se Dr à la lecture ; car tous leurs moments suffi- ^ à peine à leur rude travail quotidien.

Et non-seulement la plupart des hommes sont lérités de tout moyen de se perfectionner, ils odissent encore et passent leur vie sous l'in-

fluence délclcre des mauvais exemples des parenls, des amis, de râtelier, du cabaret. On ne doit donc pas être surpris quand leurs instincts sensitifs, surexcités sans relâche, se développent à l'excès, tandis que leurs stimulants animiques s'annihilent en quelque sorte faute d'exercice.

Il est aussi des natures inférieures et cependant pleines d'énergie, chez lesquelles les besoins des sens sont bien plus impérieux que ceux de l'âme, et le sentiment religieux si faible, qu'une éducation religieuse serait impuissante à les modifier. La force brutale seule, en réveillant l'instinct de conservation, peut dompter ces natures dangereuses pour la société actuelle, ignorante des moyens de les utiliser.

Que conclure de tout ceci, messieurs, sinon que Thomme ne pouvant changer sa nature, mais pouvant très bien modifier la forme de la société, runiaue moyen d'en finir avec tous les vices et tous les crimes, essors faux de stimulants bons en eux-mêmes, est de reprendre en sous-œuvre et en sens contraire le travail impossible tenté par les législateurs des siècles passés ; et, au lieu de s'obstiner à réformer l'homme, d'organiser le milieu social basé sur les exigences des stimulants humains, de manière que tous ces stimulants puissent se développer à l'aise et produire constamment le bien, selon la volonté de Dieu ?

Un Colonel en retraite : Vous avez fort bien

Î>rouvé, monsieur, que la destinée de l'homme est e travail. Vous avez également démontré que les sinimaux sont attirés vers l'accomplissement de leurs destinées par le plaisir. Comment se fait-il donc, je vous prie, que l'homme ait de la répugnance pour le travail ? Il me semble que nous

ddYons conclare de cette différence radicale, que la k» d'attraction passionnelle , comme vous aites , Traie à ^endroit des animaux, cesse de l'être par rapport à l'homme?

u Professeur : Permettez- moi, colonel, de témcHgner ma surprise de vous entendre dire que l'bomme n'aime pas le travail, vous, occupé sans oeese à votre jardin quand il fait beau, et à votre forge ou dans votre cabinet par le mauvais temps, TOUS qu'il serait bien difficile de surprendre dans l'inaction.

Le Colonel : Cela est vrai : je ne suis jamais plus gai et mieux portant que lorsque je m'amuse a bédier, à forger, à tourner. Mais tout cela, je le fais par délassement, à mes heures, sans y être contraint. D'ailleurs tout le monde ne se res* semble pas , et il suffît de regarder autour de soi pour se convaincre que la plupart des hommes ne travaillent que forc^, ici par la misère, là par le bâton du contre-maître, selon le degré de civilisation du pays où ils vivent.

Les ouvriers, en général, aiment bien mieux passer le temps au cabaret ou à faire quelque partie de quilles ou de cartes que dans leurs ateliers.

Le Professeur : Âh ! colonel, vous bêchez, vous forgez, et vous appelez cela un amusement et non un travail !

Vous le savez, messieurs, fort souvent on parait être d'opinions contraires, et les discussions se prolongent sans résultat, parce qu'on n'attache pas le même sens aux exju^ssions dont on se sert. Commençons (jonc par aéfihir clairement ce mot travail qui, pour bien des personnes, emporte avec lui une idée de fatigue, de douleur, de contrainte que je suis loin d'y attacher. ^

116 L*OAGAiNIgATION

Je nomme travail tout emploi de notre foroe physique ou intellectuelie, abstraction faite de la nature du résultat obtenu, qui peut être utile, intitile ou nuisible.

Ceci posé, vous le reconnaltrei sans peine, colonel, tout homme bien portant, à votre pÂae^t dans votre position, ne resterait pas dans rotsiveté ; il choisirait peut-être d'autres occupaiioM, mais à coup sûr il ne croupirait pas dans une inaction physique et intellectuelle complète; une telle inaction est impossible, c'est la mort et non la vie.

Toute personne, en bonne santé, bien entends, aime à travailler, c'est-à-dire à employer ses for^ ces ; rien ne la fait plus souffrir que le désœuvrement ; et si des circonstances particulières, oomme une blessure ou l'emprisonnement, la contraignent à rester oisive , l'ennui , le spleen , les douleurs physiques et morales ne tardent pas à lui faire sentir qu'elle est hors de sa destinée.

L'homme, incité par le 6e^otn de changemmU, se délasse d'un travail par un autre travail qu'il nomme alors une distraction, un plaisir. Ainsi le bureaucrate trouve un délassement dans la chasse ou la pêche, le tisseur le trouve à lancer une lourde boule durant des heures entières. Bt cependant ces rudes emplois de leurs forces, ces rudes travauoo, mettent le chasseur et le joueur de quilles hors d'haleine, et les fatiguent cent fois plus que leurs occupations habituelles.

Gomment des travaux aussi pénibles que la chasse, la pèche et mille sortes de jeux, deviennentils parlois des plaisirs ardents, passionnés? Ce n'est certes pas parce qu'ils sont improductifs ; car te chasseur n'a pas un moindre plaisir quand il

Adt bonne ehatse, ni le jooear de quilles quand il gigue des parties intéressées. Ce n*est pas non phM parce qne ces travaux ne laissent que peu ou poîBl de traces ayant quelque valeur ou quelque dorée; car évidemment Phomme se passionne d^aotant plus pour son œuvre qu'elle est plus durflMe: témoin les jardiniers, les peintres, les sculpteurs, les architectes, les hommes de lettres. Mais enfin comment des travaux pénibles

Gmvent-ils se changer en plaisirs pleins d*attraits? on Dieu, messieurs, c'est tout bonnement parce que les conditions seules dans lesquelles un travail est exécuté le rendent agréable ou insupportable; et si l'occupation la moms fatigante nous déplaît fort souvent, cela ne tient absolument qu'aux circonstances qui l'accompagnent et qui froissent plus ou moins nos stimulants et nos vocations.

Si vos paresseux, colonel, préfèrent le jeu et le cabaret à leur atelier, c'est que leurs stimulants, surtout les distributife, besoin de rivalité, amour du groupe, besoin de changement, peuvent s'exercer tant bien que mal au cabaret et au jeu, tandis qu'ils sont tous comprimés dans l'atelier.

Ainsi, vous le voyez, le Créateur n'a pas fait l'homme paresseux ; Dieu ne peut vouloir le but sans vouloir les moyens. Le travail, au contraire, nous platt et nous est nécessaire sous tous les rapports.

Mais je m'aperçois que vous n'êtes pas encore parfaitement convaincus de cette vérité. Eh bien I je vais tâcher de vous démontrer par un exemple comment l'occupation la plus répugnante peut se transformer en plaisir.

Parmi vos tisseurs, messieurs les fabricants de draps, bon nombre habitent des chambres pe«

tites, obscures, malpropres, souvent même humides. Là, seuls, assis sur leur métier durant quinxe heures par jour, ils peuvent gagner, quand leur trçime et leur chaîne sont bonnes, jusqu'à deux francs, suffisant à grand'peine à leur procurer des vêtements g ossiers et de cbétifs repas.

Nous ne devons pas être surpris si ces pauvres ouvriers se déplaisent à leur besogne, puisque les circonstances dont elle est accompagnée blessent leurs treize stimulants, sans permettre à aucun de s'exercer.

Mais prenons celui de vos tisseurs qui déteste le plus cordialement son métier, et portons son salaire à six ou huit francs, en sorte qu'il puisse satisfaire ses stimulants sensitifs, je veux dire se procurer une bonne table, un bon lit, une chambre propre et chaude, des babils commodes et même élégants, en un mot, qu'il puisse satisfaire ses sens selon son goût. Notre tisseur, n'est- il pas vrai , n'aura déià plus pour son métier autant d'aversion?

Cherchons main tenant à lui procurer les moyens d'exercer ses autres stimulants, et pour cela transportons-nous en imagination dans cette commune, telle qu'elle sera dans cinquante ou soixante ans, si vous vous associez dès aujourd'hui, messieurs, et si vous organisez vos travaux. Plaçons notre tisseur dans celte vaste salle, si belle^ si convenablement échauffée et si parfaitement disposée pour contenir ces huit cents métiers propres et coquets, que nous voyons rangés dans un ordre parfait. Ces métiers, mus par la vapeur, marchent sans bruit et avec mesure; une personne pourrait au besoin en surveiller deux sans se fatiguer. Ici l'amour du groupe est amplement satisfait.

Les tisseurs et les tisseuses que nous voyons

pu m AV AIL. 119

sont occupés dans cette salle seulement deux heures chaque jour, pendant la mauvaise saison ; ils emploient le reste de leur temps au jardin, au ménage et à mille travaux ; satisfaction du besoin de changement. Tous ces tisseurs ont choisi cet état, les uns par vocation, les autres pour quelque autre motif. Tous sont polis et bien élevés, tous ont reçu rînstructiondont ils étaientsusceptibles; tous savent la musique qui fait partie essentielle de l'éducation unitaire. Il serait impossible de distinguer, à Télé* gance des manières, le riche de celui gui ne l'est pas : aussi écoutez les plaisanteries pleines de bon goûtque les escouades rivales échangent entre elles.

voyez maintenant notre tisseur à l'œuvre au milieu de ses amis : satisfaction de l'amitié; près de loi se trouve un de ses jeunes frères ; en face, sa mère commande un groupe où figurent plusieurs de ses sœurs '.satisfaction de l'amour familial; et non loin de là est placée une belle jeune fille, sa fiancée, qu'il aimeàlafolie et dontil s'efforce decaptiverl'attention : satisfactionde la face animique de V amour.

Dans cet atelier chaque escouade a intérêt à exciter l'ardeur de ses membres par des distinctions et des grades bien rétribués, et chaque travailleur a la prétention et l'espoir de devenir un jour assez habile pour passer caporal, sergent et même capitaine : satisfaction de V ambition et du besoin de rivalité. Tous nos tisseurs travaillent pour la gloire de la fabrique de la commune, qui, renommée au loin pour ses beaux produits, a sa réputation à soutenir : satisfaction de Ventltou^ siasme. Ajoutez que tous ici, hommes et femmes, sont véritablement religieux ; ils savent que le travail est la tâche de l'humanité, et qu'en travaillant ils se conforment, par conséquent, à la volonté de

Dieu et font un acte qui lui est agréable : satisfoetion du sentiment religieux.

Croyez-vous maintenant que noire homme trouve longues les deux heures consacrées au \kB* sage? Croyez vous qu'on serait bien venu à lui proposer de quitter cette salle qui renfermetoqt ce qui lui est cher et où ses stimulants trouveni tous à s'exercer, à se développer utilement, poornn cent de quilles ou la plus fine partie de cabaret? Non, messieurs, vous ne le pensez pas, et si le capitaine proposait à sa compagnie de travailler une heure de plus, afin de regagner le temps perdu la veille à quelque ouvrage urgent, vous ne seriez pas surpris de voir sa proposition accueillie avec acclamation, surtout si, pour charmer cette heure de surcroît, il engageait ramante de notre tisseur, excellente musicienne, à monter à Forgue pour accompagner un hymne au travail à quatre parties, avec refrain en chœur à neuf cents voix, y compris celles des cent enfants dont les escouades préparent les bobines de nos tisseurs.

Vous le voyez donc : l'ouvrage le plus fastidieux peut devenir séduisant et passionner les travailleurs, quand les circonstances qui l'accompagnent permettent à leurs stimulants de se satisfaire.

Une Dame : Si j'ai bien compris vos raisonnements, monsieur, je dois en conclure que le Créateur n'a donné àThommeaucun mauvais penchant, mais que nous pouvons faire, selon les circonstances où nous sommes placés, un usage utile ou nuisible, vertueux ou vicieux, de nos passions bonnes en elles-mêmes. Cette croyance est profondément religieuse, elle s'accorde admirablement avec l'idée que nous devons nous faire de la bonté el de la justice divines ; cependant j'avoue qu'à mon

grand regret je ne puis la partager. Regardez, de grâce, là-bas nos étourdis d'enfants dans la fange et le fumier jusqu'aux genoux ; voyez qudle ardeur ils apportent à retirer un meuble abondonnô, pendant rmcendie, dans cette mare infecte, qui rait honte à notre commune. Croyez- vous, monsîeur, que cette préférence marquée de la plupart des enfants pour les jeux malpropres soit un penchant utile et bon ? le pense^ moi, que son seul but eûst d'exercer la patience des pauvres mères.

Le Pbofesseub ; Ce penchant, madame, est une des mille preuves que Thomme aétécréé pour vivre dans une société associée intégralement.

En effet, dans une telle société, où la misère serait inconnue et où chacun aurait à choisir parmi cent espèces d'occupations agréables, personne évidemment ne voudrait se charger des travaux répugnants; mais le grand économe, quia tout prévu, donne aux enfants cette indifférence, disons mieux, cette préférence pour les exercices malpropres, en même temps qu'il laisse leur odorat oolus jusqu'à la puberté, afin de leur confier les travaux répugnants. .Ces travaux, an surplus, seront peu nombreux à l'avenir; car l'architecture, la mécanique et la chimie rivaliseront d'efforts pour les rendre de jour en jour plus rares et moins désagréables.

Vous disiez tout à l'heure en plaisantant et à demi-voix, ajouta le professeur en s'adressant à un de ses voisins, vous disiez, monsieur, lorsque nous parlions des vocations, qu'il y en aurait probablement fort peu pour le nettoyage des étables ; eh bien! voyez là- bas à l'œuvre les travailleurs chargés par la Providence de cette besogne, et remarquez qu'ils n'y vont pas de main morte.

1S2 lA)RGANISATION

Celle ardeur, ce feu dont l'adolescent est animé, se communiquera un jour à tous les travailleurs, quand leurs escouades rivaliseront avec celles deg adultes ; car, vous le savez, vous surtout, messieurs les militaires, Fentrain est contagieux entre les compagnies rivales, et, l'impulsion une fois donnée, tout le monde prend part à l'action : Tindividu ne peut demeurer impassible, lorsque la masse est entraînée par un élan quelconque. Ce sont là de brillants effets dustimulant l'enthousiasme^ agissant dans un milieu organisé.

Observez, je vous prie, que ces enfants ne se donnent pas tant de peine et de fatigue dans l'espoir d'une récompense pécuniaire. L'adolescence est Page du désinléressement ; ils obéissent tout simplement à leurs instincts; et, pour soutenir leur ardeur, il suffit d'un mot d'encouragement et d'approbation de la part de cet homme qui les regardait faire tout à l'heure, etc{ui, par entraînement, par imitation, vient de saisir une corde et leur donne un coup de main.

Parmi les stimulants dont l'enfance est animée, l'enthousiasme et l'ambition, ou l'amour de la gloire, tiennent les premiers rangs; aussi, dans l'association, le drapeau de la compagnie enfantine sera- 1- il brillant parmi les drapeaux, et honoré de tous, petits et grands. Les honneurs seront la récompense des travaux répugnants auxquels les enfants se livreront quelques heures par semaine.

Le Colonel : Ainsi, monsieur, les honneurs seront la rémunération des occupations les plus abjectes?

Le Professeur : Les honneurs, colonel, seront acquis au dévouement et au désintéressement; et

cela ne doit pas vous surprendre, car il en a loujours été de môme.

Le militaire n'est-il pas honoré à proportion des fatigues et des privations qu'il supporte, des dangers qu*il brave dans rintérét de tous, sans espoir de fortune pour lui-même?

Le médecin, oui donne gratuitement ses soins aux malheureux aont nos hôpitaux sont remplis ; feoclésiastique, qui porte des secours et des pa* rôles de consolation, d'espérance et d'amour à rinfortuné délaissé de tout le monde et mourant de besoin, de douleur et de désespoir dans son boage sale et fétide ; ces saintes filles, qui consacrent leur jeunesse et leur vie entière à panser de hideuses plaies, à soigner de honteuses maladies, ne méritent-ils pas notre respect et notre vénération par cela même que leurs charitables missions sont plus désagréables, plus utiles et plus désin-

Ces nobles femmes, ces hommes d'élite, seront toujours la gloire de l'humanité. Un jour, puisse-t-il n'être pas éloigné! leurs tâches deviendront moins pénibles, moins repoussantes sans doute ; mais leurs nobles facultés, leur touchante sympathie ne demeureront pas oisives ; la société aura toujours des blessés à panser, des veuves, des orphelins, des amis à consoler, des vieillards et des enfants qui réclameront leurs soins et leurs

Mais revenons à nos adolescents. Ne sera-t-il pas de toute justice, je vous le demande, que ces enfants, qui rendront un grand service à la société en exécutant des travaux indispensables dont personne ne voudrait se char^r, soient récompensés par les honneurs et les distinctions, seul prix qu'ils

ambitionnent, et le seul aussi c^ui puisse être of* fért au dévouement sans l'bumiiier?

Le Docteur : Ce que vous nous avez dit, monsieur, est saisissant de vérité ; vous nous avez fait connaître toutes les passions humaines, et vods nous avez montré comment, dans vne société associée intégralement, elles concourraient toutes à Pintérêt général, tout en faisant le bonheur indi* viduel ; (roù vous avez conclu que Dieu a eu e^ vue cette forme sociale en créant Tbomme avoo ses besoins et ses stimulants. Je ne vois pas trop, je Tavoue, comment il serait possible ae ne paa admettre votre conclusion; cependant j|e vous prie de me permettre nne observation qui me pa* ratt sérieuse.

J'en suis convaincu, je vous Tai dit déjà, la plupart des maladies disparaîtront de votre société organisée par suite de l'absence de la misère, des privations, des inquiétudes et des excès, et grâce à un régime convenable, à des travaux variés qui développeront harmoniquement toutes nos facultés physiques et intellectuelles, et maintiendront entre nos organes l'équilibre qui fait la santé. Les hommes, dans un pareil milieu, seronti on ne peut en douter, incomparablement plus heureux et meilleurs au'ils ne l'ont été jusqu'à présent; car ils vivront aans l'abondance, exempta de soucis et de crainte pour leur avenir; ils seront entourés de parents et d'amis qu'ils chériront, comme ils en seront eux-mêmes chéris, aucun motif de jalousie ou de cupidité ne se produisant avec assez de force pour faire taire les sentiments afflectaeox d'amitié ou de famille. Si nous ajoutons à tant de causes de bonheur le travail devenu une source intarissable de plaisirs et de gaieté ,

nous proclamerons rexcellence de l'association et. de l'organisation du travail.

Mais si je confesse tant et de si grands bienfiiitê) si Je rOoonnais tnéme que les fièvres endé« lliiqaes et quelques épidémies, produites parla ^préience des marais ou autres circonstances locales, disparaîtront bientôt avec leurs causes, il n'en est pas moins vrai que votre organisation n'aura pas la puissance de détruire les pestes et le ^lérav d'empêcher les inondations, les orages, les tempét^ etc. Or, monsieur, si Dieu avait fait dra lois sociales pour rendre les hommes heureux, il est évident que de tels maux ne pourraient apparaître sur la planète gouvernée par ces lois, car le Créateur ne fait pas les choses à demi. Donc votre organisation est excellente, j'en suis d'aooord, mais il ne m'est pas suffisamment démontré que Dieu l'ait eue en vue en formant l'homme.

Le PaoFfissEiiR : Très bien, docteur; vous Vavez parfaitement dit. Si l'association organisée n'a pas puissance de /aire dis(>ara!lre le mal, sous quelque forme qu'il se produise, pour le rempla^ cer par le 6ien, sauf toutefois les exceptions évaluées en général à un huitième, exceptions qui confirment la règle, l'association n'est pas la forme sociale voulue par la Providence, et nous devons en chercher une autre. Mais j'ai affaire ici à des personnes intelligentes, je réclame votre attentionné vais combattre victorieusement, je l'espère, la grave objection du docteur.

Dans une commune associée intégralement, vous m'accorderez tous sans doute ce résultat évident, il n'y aura ni mendicité, ni prostitution, ni vol, car on ne se vole pas soi-inéme, et d'ail lears quepourrait-ou faire des ofaiets volés? U n^

126 L'OliGANiSATION

aura plus d'assassinats, de suicides ; il y aura peu de soucis, de chagrins et de maladies, et toutes ces plaies de la société actuelle seront remplacées par Vabondance, les bonnes mœurs, la santé, It liberté entière et vraie, jointe à un ordre pariait et à rharmonie entre tous les habitants.

Vous m'accorderez encore, je pense, qa^ane

f)remière commune ayant o ganisé 1 association et e travail, les autres communes Timiteront d'an* tant plus promptement que les habitants de. la

Srem 1ère jouiront de plus de bien-être, déplus e bonheur. Gela posé, poursuivons.

Les communes, une fois organisées, s'asso* cieront naturellement entre elles, suivant la loi qui régit chaque localité. Ainsi un certain nombre oe communes formeront un canton associé, ayant son chef-lieu et son état-major, et cultivé et administré comme s'il appartenait à une seule personne.

De proche en proche, plusieurs cantons formeront une province, et plusieurs provinces un royaume, et chacun d'eux aura sa capitale et son état major, delà même manière qu^une compagnie se compose d'escouades ayant leurs caporaux, et un bataillon de compagnies ayant leurs capitaines.

Ain:^i associé et organisé, le royaume sera administré par son état^major et cultivé comme s'il appartenait à un seul individu. Alors, et cela est ae toute évidence, les guerres civiles, les émeutes, les révolutions seront anéanties pour toujours.

Dans la suite, les royaumes s'associeront er^ tre eux, comme ont fait les cantons et les provinces, et la terre entière^ ce beau domaine de

DUTIUVAIL. 127

rhamanité, sera cultivée et régie comme si elle était la propriété d'un seul homme.

Calculez, si vous le pouvez, messieurs, IV bondaDce fabuleuse et rimmense économie de toutes espèces qui seront le résultat de cette as* sodation du aenre humain; calculez le bien-être indicible qu'elle répandra sur la terre.

Alors s'évanouiront, comme par enchantement, l'esclavage sous toutes ses formes, et la hideuse traite des nègres, et les famines, et les guerres de peuples contre peuples Une noble rivalité poussera les nations à se surpasser dans les sciences, les beaux-arts, les découvertes utiles; des armées industrielles exécuteront les grands travaux d'intérêt général : dessèchement des marais, défrichement des landes et des déserts, percement des isthmes, jonction des mers, etc. Il y aura là de la vraie gloire à conquérir pour les

Elus vastes ambitions. C'est bien alors que les ommes obéiront à l'ordre du Créateur qui leur a dit : Croissez et multipliez, remplissez la terre et vous la soumettez.

Et tous ces problèmes que les sociétés actuelles se posent sans pouvoir en résoudre un seul ; oui, messieurs, un seul, comme, par exemple, les questions de douanes, d'impôts, d'assurances, de machines, de vulgarisation dexi'instruction supérieure, de généralisation de l'instruction primaire ; ces problèmes, dis je, et tous les autres sans exception, qui font le désespoir des publicistes, des économistes et des gouvernements, se trouveront naturellement résolus, ou, pour parler plus exactement, ne pourront être posés dans l'ordre social dont nous parlons. Mon affirmation vous semble exorbitante î Eh bien î je suis prêt à reconnaître

à rinBtant que rassociation n'est pas Tordre social * voulu par Dieu, si vous me montrez uii problème insoluble aujourd'hui qui le soit encore dans la société organisée ; mais s'il n'en est aucun de réfractaire, vous devrez confesser à votre tour que là est bien la vérité, ou je ne sais à quels signés on pourra la reconnaître.

J'arrive» docteur, à vos objections : vous comprenez qu'il sera facile au genre humain, agissant comme un seul homme, sous la direction des plus capables, de découvrir, dacombatlfe et de faire disparaître les causes des pestes et choléra, fit quant aux tempêtes, tremblements de teirt^, orages, inondations, constatons d'abord que leurs ravages pèseront bien légèrement sur les individus et Tes contrées visitées par ces bouleversements, quand les nations seront associées, quand tous les hommes seront solidaires.

Pensez-vous ensuite que l'homme^ qui a fait de si grandes choses quand il travaillait [lour ainsi dire dans l'isolement, ne pourra, associé, creuser des lits aux torrents, encaisser ses rivières, élever des digues contre les débordements de ses fleuves?

N'est-il pas prouvé, d'un autre côté, que les crues subites et les pénuries d'eau sont causées par le déboisement des hauteurs? Et, s'il en est ainsi, ne sera-t-il pas facile aux armées industrielles de planter des forêts dans les lieux indiqués par la science ?

Mais je vais plus loin et je dis : si Dieu a chargé l'humanité de la gestion de sa planète, il lui a nécessairement donné le pouvoir do combattre tous les désordres quels qu'ils soient, et de les iaire disparaître^ car les attraôtioos sont

proportionnelles aux destinées, comme nous Favous vu.

n est bien reconnu aujourd'hui que les phénomènes météorologiques irréguliers, orages, trombes, grêles, tempêtes, etc., sont causés par la rupture de Téquilibre des fluides électriques de la terre et de l'atmosphère. Il est également reconnu que le fluide électrique se porte tout entier à la surface des corps . et , par conséquent , à la surface du globe. Cela posé, qui empêchera un jour l'homme, maître absolu de cette surface, ayant à sa disposition, dans les grands végétaux, des paratonnerres naturels, de maintenir, par une culture bien entendue, l'équilibre électrique, et de s'opposer ainsi à la production des désordres occasionnés par la rupture de cet équilibre?

Et si d'autres causes encore concourent à la formation des vents irréguliers et autres phénomènes, l'homme saura les découvrir et s'en rendre maître. Qui oserait assigner des bornes à l'intelligence dont le Très-Bon nous a fait présent?

Le Docteur: Votre réponse, monsieur, est pour moi complètement satisfaisante. Notre planète est un corps dont toutes les parties sont vraisemblablement solidaires : l'harmonie du tout naîtra de l'harmonie des diverses parties ^ je suis en conséquence persuadé qu'une culture savante, appropriée partout à chaque terrain, préviendra non-seulement les désordres atmosphériques, mais pourra encore améliorer beaucoup les climatures et régulariser les saisons si désordonnées dans nos pays. Go sera là une nouvelle et puissante cause d'aoondance et de bien-être. Ma conviction, à cet égard, se fonde sur la dissemblance de température de contrées situées sous les mêmes latitudes ;

dissemblance évidemment due à la dififërence des cultures ou à d'autres circonstances que bien souvent l'homme pourrait modifier, soit en desséchant des marais, soit en cultivant des landes et des déserts. Ma conviction se fonde encore sur la détérioration ou Tamélioration de climature dans les pays où de grands déboisements ou reboisem^^nts ont eu lieu. C'est ainsi q^ue des destructions de forêts ont changé le climat des Gaules et d'une partie de l'Amérique, et que récemment le vice-roi d'Egypte a régularisé en partie les débordements du Nil , en faisant des plantations dans les hautes terres.

Le Juge de paix : Notre docteur étant plus compétent que moi sur ces questions de haute phy'sique, je me range volontiers à son avis. Mais permettez-moi une observation de nature fort différente. Vous avez dit, monsieur: L'esclavage sera aboli par le fait môme de l'association universelle, cela est indubitable. Cependant il y aura toujours et nécessairement des classes distinctes, des domestiques, par exemple : on ne peut s'en passer. L'unité sera donc à jamais incomplète, et les jalousies, les haines se manifesteront bientôt au sein de votre société.

Le Professeur : Pardon, monsieur, en association l'unité sera parfaite ; il y aura, il est vrai, des personnes plus riches les unes que les autres, mais pas d'indigents ; des individus plus savants que d'autres, mais pas d'ignorants; comme il y aura toujours des beaux et des laids, mais peu ou point de difformes. Quant aux parias, il ne saurait y en avoir. La domesticité sera inconnue ; car nul individu ne sera attaché au service d*un autre individu, tous les services étant faits par des es-

cooades dans lesquelles on ne sera point forcé d^«Btrer.

Les personnes qui aiment la propreté, enrôlées volontairement dans une escouade de balayeurs^ je suppose, tiendront propres les appartements de tous, des riches et des pauvres, et recevront, pour ce travail, honneur et part copieuse dans les Dénéfices généraux ; elles seront, à leur tour, servies par les escouades remplissant les autres fonctions actuellement réservées aux domestiques.

Leé personnes dévouées et serviables dont le plus grand bonheur est do se rendre utiles, et certes elles ne sont pas rares, grâce à Dieu, composeront les compagnies chargées des soins regardés aujourd'hui comme avilissants, et feront en même temps partie d'une foule d'autres compagnies ; et tel qui le matin aura ciré vos bottes, sera le soir votre caporal dans une escouade de culture, de fabrique ou de beaux-arts. Ainsi vous voyez que l'unité sera complète.

Le Pharmacien : Vous avez réponse à tout, monsieur, et je suis forcé d'en convenir, réponse satisfaisante. Je vous ferai observer néanmoins que les hommes de votre société étant si parfaitement heureux et nageant dans une abondance inouïe, se multiplieront rapidement. Or, la fécondité de la terre aura nécessairement des bornes, et par conséquent l'équilibre se trouvera un jour rompu entre la consommation et la production, et la misère reparaîtra avec tout son cortège do douleurs, dé vices et de crimes.

Le Professeur : Votre objection est capitale, monsieur, et, je le confesse, si la population devait s^accroltre avec rapidité et indéfiniment, le bon-

heur ne serait pas la destinée réservée à rhomme sur la terre. Mais heureusement la bonté suprême n'a pas fait, pour régler la reproduction de ses créatures , une loi tellement cruelle que Tabon dance fût chose impossible ; au contraire. La loi qui régit cette importante fonction peut se formuler ainsi : la fécondité des individus, des femelles particulièrement, est directement proportionnelle à l'intensité des causes qui tendent à détruire ces individus, ou, ce oui revient au même, inversement proportionnelle aux causes tendant à leur conservation, c'est-à-dire inversement proportionnelle à leur bien-être, à leur perfectionnement.

Cette proposition vous parait paradoxale , je le vois ; mais , sans entrer dans des explications scientifiques qui pourraient nous faire entrevoir qu'elle doit être vraie, consultons l'expérience , messieurs , et jetons un coup d'œil sur ce qui su passe autour de nous dans tous les règnes de la nature vivante.

N'avez- vous jamais remarqué, vous, monsieur le pharmacien , qui vous occupez de botanique, que les fleurs et même les rruits auxquefs vous prodiguez le plus de soins produisent d'autant moins de semences qu'ils se perfectionnent davantage?

Chacun de nous le sait : les chevaux, les chiens et d'autres animaux domestiques, de races perfectionnées, sont peu féconds ; d'où il arrive que leurs prix se maintiennent toujours élevés; et nos ménar gères vous diront que leurs poules cessent de pondre quand elles deviennent trop grasses.

Et vous, docteur, n'avez-vous pas observé que les enfants sont plus nombreux dans les famillos indigentes que dans les familles opulentes ; que les

femmes faibles, maladives ou malsaines ont en général plus d'enfants que les femmes fortes et saines, surtout si elles ont Tesprit cultivé?

Le Docteur : Tout cela est incontestable, messieurs, et cette loi de reproduction, si bien d'accord avec la prévoyance et la bonté divines, mo donne la clef d'un phénomène qui me semblait inexplicable. Voici le fait :

Je lisais dernièrement les pages où l'abbé Raynal donne des détails intéressants sur les établissements des jésuites dans le Paraguay. L'auteur y fait l'éloge des mœurs douces et pures de^ Para*guaisiens; il admire le bien-être, l'absence totale de misère de cette nation, où tout le monde, dit il, se marie par choix et sans intérêt, et où la multitude des enfants est une consolation sans pouvoir être une charge, et il se demande pourquoi cet heureux pays n'est pas le plus peuplé de la terre.

Après avoir réfuté les bruits calomnieux par les€[uels on cherchait à expliquer ce fait eiUraordinaire, Raynal, ne pouvant lui-même en découvrir la cause,' l'attribue à Vinsalubrité (Pun climat chaud et humide.

Un journal s^étonnait aussi, il y a quelque temps, que le Paraguay, dont les heureux habitants possèdent un territoire presque aussi étendu que celui de la France, ne comptât pas plus de cinq cent mille âmes; et ce journal attribuait ce phénomène à des vices bien profonds de son régime de communauté, sans toutefois faire connaître quels sont ces vices.

Pour moi, que les explications de Raynal et de Tauteur de Tarticle dont je viens de parler sont loin de satisfaire, je vois, dans le lent accroissement de la plus heureuse population do la terre,

134 L'OBGAmSATION

comme dans la prodigieuse muUiplication des classes ouvrières, si pauvres et si malsaines, de nos grands centres manufacturiers, je vois, dis- je, onc preuve irrécusable de cette loi si sage que monsieur le professeur vient de nous fttire connaître.

Le Professeur : Cette loi de reproduction a de nombreuses exceptions sans doute, comme toutes celles qui régissent les êtres animés les plus Mevés sur l échelle de la vie, et particulièrement rhomme. Pour reconnaître l'existence de cette loi, il faut observer un grand nombre de cas, à la manière des statisticiens dressant les tables de naissance, de mortalité et de crimes d'un pays.

Le Juge de paix : J'avoue que les faits de toute nature démontrent à Tenvi que le Créateur a formé l'homme pour l'association universelle; mais pourquoi donc les hommes n'ont- ils pas de tout temps vécu associés, puisque c'était la volonté de Dieu?

Le Professeur : Dieu veut que l'humanité vive un jour en association, et cela arrivera indubitablement; cependant Diru n'a pas voulu que cetAe association eût lieu dès la création de l'homme, car il ne peut vouloir une chose impossible, et celle-ci l'était.

En effet, le Créateur, en confiant au genre humain la gestion de sa planète, lui a fait présent de l'intelligence dont il avait besoin pour dé(:ouvrir les moteurs et conlectionner les instruments nécessaires à l'accomplissement de cette mission glorieuse. Or, comme l'association était impraticable avant l'invention de ces instruments, il faut conclure qu'il devait s'écouler un laps de temps plus ou moins considérable depuis P .pparition 4e l'homme sur la terre jusqu'à l'étabhssement 4e l'association.

Je dis que nous devions vivre dans des sociétés incohérentes jusqu'à la création des instruments de travail perfeclionnés, et chacun comprend qu'il ne pouvait en être autrement; car, avant les découvertes faites en mécanique, il fallait un nombre immense d'esclaves pour préparer les objets de première nécessité, comme, par exemple, pour réduire le blé en farine ; et tous les travaux étaient abrs si pénibles, si rebutants, que des hommes contraints par la violence ou par la faim pouvaient seuls s'y soumettre : il n'y avait donc pas d'assodation possible alors.

L'invention des machines qui abrègent et facilitent le travail et la création des richesses devant Ê récéder l'association, il s'est forcément écoulé ien du temps avant que l'esprit eût dompté la matière et soumis les forces de la nature. Mais aujourd'hui toutes choses sont prêtes, et l'humanité peut entrer dans la terre promise dès qu'elle le voudra.

Personne ne faisant plus d'observation, le pro* fc»seur continua ainsi :

Je résume notre discussion, messieurs, et je dis:

L'association intégrale, jointe à l'organisation des travailleurs en escouades, compagnies, etc., ou, comme s'exprime la science, en groupes ei séries de groupes, est la loi de l'humanité; elle constitue la forme sociale voulue par Dieu :

i^ Parce que le Créateur ayant évideminent confié à l'homme le gouvernement de la terre, lui ayant donné mission de l'orner, de l'embellir, d']r fabre régner l'ordre, l'abondasoe et l'harmonie, lui a nécessairement accordé les forces, les or^nes, les stimulants et l'intelligeiioe appropriés a l'ac*

136 l'organisahon

complissemcnt d'une aussi belle tâche, et n'a pu lui imposer aucun instinct, aucun penchant en opposition avec cette tâche ; car, nous Tavons constaté, les attractions sont proportionnelles aux destinées.

Or, l'unique forme sociale dans laquelle toutes les attractions de Thomme, vocations et stimulants, tendent au but voulu par la Providence; celle qui les utilise toutes, les équilibre, les harmonise, est certainement Tassociation organisée; car dans cette association seule tous nos besoins physiques, moraux et intellectuels peuvent se satisfaire en toute liberté, sans apporter obstacle à la satisfaction des besoins d'autrui.

Nos stimulants, au contraire, produisent incessamment le mal dans toutes les sociétés connues, qu'on croirait inventées exprès pour contrarier toutes les attractions humaines.

Au reste, messieurs, si le Créateur dispense à chacun de nous des facultés morales, intellectuelles et physiques, ce n'est pas apparemment pour qu'elles s'étiolent dans l'inaction, que notre cerveau s^oblitère et que nos membres s'atrophient par l'excès ou le défaut d'exercice ; pour que notre cœur se dessèche dans l'égoïsme : déplorables résultats de tous les milieux sociaux autres que l'association.

2* Parce que le Très-Bon ayant mis au cœur de l'homme un désir indomptable d'être heureux, le bonheur est infailliblement réservé à l'humanité. Or, l'association seule aura le pouvoir de procurer le bonheur à tous et à chacun, puisque le mal [désordres, vices, crimes, maladies, douleurs de toute nature] sera l'exception ; et que le bien [vertus, santé, plaisir, ordre, liberté] sera la règle.

Sous toutes les formes sociales connues jusqu'à présent, au contraire, tous les maux se produisent sans cesse, et le bien y est exceptionnel, et cela pour deux raisons :

D'abord la misère, cause de mille douleurs, est inévitable dans tout milieu inorganisé, attendu que le travail isolé produit peu, produit mal; <|n'nne très grande partie des forces physiques et intellectuelles des peuples se trouve perdue, sinon employée à détruire, et que la répartition équitable des produits y est absolument impossible.

Ensuite, toutes les sociétés, autres aue l'association, sont désolées par les vices de rnomme ou dégradées par son abrutissement; attendu que ses stimulants, ne pouvant s'exercer utilement, engendrent tous les désordres, et que la société qui, elle aussi, a le droit de vivre, se trouve dans la nécessité, pour ne pas être renversée, de comprimer par la force les essors subversifs de ces stimulants.

3® Parce que l'association du genre humain remplacera l'antagonisme et la guerre par l'accord de toutes les volontés dirigées vers la production^ destinée terrestre de l'homme.

La douleur, avons-nous dit, est un avertissement à la créature qui se fourvoie : or, les sociétés sont d'autant plus malheureuses que les intérêts des individus ou des nations s'y trouvent plus opposés, et si cette opposition devient extrême, elle a pour conséquence la guerre, ce fléau des fléaux

aue les hommes ont glorifié, sanctifié ! 1 Et cepenant la guerre est visiblement une désobéissance aux ordres de Dieu, une déviation de notre destinée, car elle engendre les plus grands maux qui poissent fondre sur nous : destruction, ruines, carnages, larmes, douleurs de toute espèce, esclavage,

136 l/OfiGAKISATION

famines, pcslcs! La Providence peut- elle a?er- l| lir plus clairement Phumanité qu elle fait fanan ^ route?

Si donc la guerre est In voie de perdition, il faut nécessairement en conclure que la paix est la voie de Dieu. Or, si Dieu veut la paix, il doit vooloir aussi Passociation , seule forme sociale capa* ble de la donner au monde.

4^ Parce que l'association est le seul niilîeQ social en rapport avec cet attribut que nous airans reconnu au Créateur : Téconomie de ressorts.

En effet, dans l'association, Tabondanoe sera la plus considérable possible, et produite avec les moindres forces possibles; car aucune force nt sera perdue. La même économie présidera & la consommation des produits ; car tons les hommes, avec leurs goûts et leurs besoins divers, prenant part à cette consommation, tout sera utilisé. Dans toutes les autres sociétés, au contraire, il ne règne pas la moindre économie ni dans la 'production, ni dans la consommation.

9' Parce que Torganisation dont nous parlons est fondée sur la distribution des hommes dans toutes leurs relations, et des communes ollee-mèmes en groupes et collections ou séries de groupes. Or, cette loi de distribution est la loi qui régit tous les êtres de l'univers, les astres dont le groupe élémentaire est formé d'un soleil pour pivot, autour duquel circulent les planètes et sous groupes de planètes accompagnées de leurs satellites; et le jrroupe immédiatement supérieur, nommé par les astronomes nébuleuse étoiléo, est formé d'une se rie de groupes solaires ; et ainsi peut-être à IHn- Hni. Puis les choses terrestres : animaux, végétavx, minéraux, forment aussi des groupes et seneB^it

DU TBAVAIL. |«t

«roupes nommés classes, ordres» genreis, espèces, imîlies, variétés, etc.

Il n'est pas jusqu'aux individus dans tous les règnes qui ne soient des collections d^organes et de molécules.

Si donc le suprême ordonnateur de toutes cboses a voulu que toutes les harmonies de l'univers fassent le résultat de l'arrangement par groupes, peut^n croire raisonnablement que cette même loi soit insuffisante pour faire régner l'harmonie dans les rapports des hommes entre eux ?

D'un autre côté, devant agir sur toutes les créatures terrestres, distribuées par groupes, les hommes doivent évidemment ordonner leurs travaux selon la même Toi, aGn do se mettre en rapport avec ces créatures. Dieu, d'ailleurs, nous révèle assez clairement sa volonté à cet égard, en distribuant aux hommes les vocations suivant la 4oi générale des groupes, tandis qu'il donne des instincts identiques à tous les animaux d'une mémo espèce.

6® Parce que la découverte de cette organisation a été faite providentiellement, au moment précis où l'humanité a créé les machines, trouvé les moteurs qui rendent praticable l'organisation sériaire des travaux; à l'époque où les tendances générales des nations les plus édairées sont à la paix, aux relations commerciales, en uo mot, au moment où oes nations progressent vers l'unité, préludent à l'association ; aa mom«it enfin où les maux causés par l'anarchie industrielle et corn* merciale, par la concurrenoe illimitée, sont visibles pour les moins clairvoyaniB, car ils se traduisent chaque jour en coalitions, en émeutes; ear Us nenaeent d'une guerre sociale l'Angleterre, la

France et les peuples les plus indu licitent les penseurs, les hommes H de bonne volonté à chercher un grandes douleurs, à des dangers peut croire ces dangers plus ou mo mais à coup sûr ils sont inévitable n'est pas appliqué à temps.

Dites-moi, messieurs, n'est-elh t'ielle cette organisation qui, loin perionne^ comblera de biens et c riches et les pauvres, et créera as:

pour permettre à la société de le tous les droits acquis ; cette organi être expérimentée par le pj;emier sans rien changer aux lois religit oiîHles et politiques; cette organis (tant la commune d'essai incompai prospère et plus heureuse que les convoisines, aura l'inappréciable ] traîner à l'imitation les peuplades et de proche en proche les natioi l'humanité entière; et cela sans i révolutions, sans contrainte, et pai (lu bonheur, ce puissant mobile, T serve le Créateur pour faire obéir le;

Cette dernière propriété de la sai est exactement conforme à celi< connaissait ' au Royaume de Dieu « est semblable au levain qu'une f( « môle dans trois mesures de far:

« que toute la pâte soit levée. »

Remarquez encore, messieur transition de Tisolement des tra\ association est facilitée par cette ci les exigences de l'association se tr

port avec nos habitudes actuelles. Ainsi le pauvre, façonné dès l'enfance aux occupations les plus pénibles, les choisira tout naturellement, parce qu'il les connaît et qu'elles seront nécessairement les mieux rétribuées ; le riche, au contraire, exécutera les travaux agréables, peu fatigants et les plus mal payés, en sorte que nulle besogne ne sera négligée, et que néanmoins personne ne fera rien rk> trop désagréable.

Oui, messieurs, elle est providentielle cette organisation qui réalisera si complètement cette divine aspiration pour laquelle le Christ a donné sa vie, ce saint désir de fraternité universelle qu'il exprimait si bien en quelques mots, lorsqu^il «'écriait : « Faites, ô mon Père, qu'ils soient un tous ensemble! »

Cette simplicité de moyens, cette économie de ressorts, cette justice distnbutive, tout cet ensemble do circonstances qui rendent facile et pacifique la transformation du^milieu social, ne sont>'ils pas des indices certains de la volonté de Dieu?

La forme sociale dont nous parlons est si visiblement celle voulue par le Créateur, que vous pouvez la considérer sous toutes les faces, sous tous les points de vue possibles, vous la trouverez toujours d'accord avec les perfections de Dieu : avec sa providence, sa bonté, sa justice, sa puissance, son économie ; toujours en rapport parfait avec les besoins et les penchants de l'homme à tous les âges de sa vie, et en harmonie avec toutes les lois de la nature, et en unité avec l'univers entier.

Je le demande aux personnes religieuses et instruites qui m'ont suivi attentivement : Y a-t-il, dans une science quelconque , une vérité plus so-

142^ l/OIlGAKISATION

lidemont établie que ma proposition : l*assoc intégrale , obtenue par l'organisation en gr et séries de groupes , constitue la forme s voulue par le Créateur ?

Le Curé : Vous disiez, monsieur : « Je à prouver que Tassociation est le règne de et de justice , le règne de Dieu annoncé pa sus, afm que les hommes religieux et conséq soient forcés d'aider de tout leur pouvoir à nement do cette forme sociale. » Je ne vois les vrais croyants , qui ont entendu votre dé stration , d'autre parti à prendre que celu vous désirez.

Je dirai à mon tour que vos théorèmes, lidement démontrés , sont les armes les pli doutables contre l'incrédulité.

En effet, si les attractions sont toujours

gortionnelles aux destinées , une intelligeni niment puissante et inûniment sage a pré la création de tous les êtres, et Tathéism vaincu.

Si les créatures sont conduites à l'accor sèment de leurs tâches par l'attrait , rintcllij créatrice est infiniment bonne.

Si enfin la bonté suprême ne donno à ses turcs que les désirs et les aspirations qui s un jour satisfaits , le matérialisme est à soi vaincu et l'immortalité de l'âme prouvée l'homme , dans tous les temps , a désiré ne ( nir tout entier en descendant dans le tombes

Honneur donc à une doctrine si consolai conforme aux enseignements du Christ, et quelle la religion devra de nouvelles fo gloire, encouragement et aide aux hommi bonne volonté qui tenteront des essais de

ou TRAVAIE. 143

ganisaXion par laquelle semnt enfln réalisés la frataraité humaine et le bonheur général l

Page 1