PRIVILÈGE DE RÉGNICOLES
C’est cependant ce que voulaient les avignonais en revendiquant si haut leur qualité de français, non sujets « au droit d'aubaine, ni même au droit des traites foraines et douane pour les denrées et marchandises qui passent du Royaume à Avignon et d'Avignon au Royaume, autres que ceux qu'on a accoutumé de payer pour le transport d’une ville à une autre dans les terres et Provinces de l’obéissance du Roy » (1).
En somme, le privilège de régnicoles, tel qu’il était pratiqué, bénéficiait assez peu à la classe populaire laborieuse, la plus intéressante et la plus nombreuse. Il en était autrement pour la
noblesse surtout qui en retirait un avantage considérable. Il n’y
avait pas au xvinr siècle de pays où l’on fut noble plus facilement et à meilleur compte que les belles provinces soumises à Sa Sainteté. Malheureusement les parchemins manquaient souvent, ou leur fraîcheur était vraiment trop neuve. Dès lors, quelle manière plus élégante et plus sûre de prouver cette noblesse que de prendre du service en qualité d’officier dans un régiment français ? L'on sy faisait recevoir facilement, et lon se retirait au bout de quelques années avec un grade honoraire de lieutenant ou de capiraine, et parfois même, après de bons et loyaux services, avec la croix de St-Louis. Désormais qui donc aurait osé douter d’une noblesse reposant sur des titres si visibles ?
Les rois de France avaient tout avantage à traiter Avignon et le Comtat comme une pépinière de militaires. Mais, au point de vue commercial, leur intérêt était tout contraire. Aussi les Rois très chrétiens et leurs ministres, surtout au xvin® siècle, prirent ils toujours toutes les mesures nécessaires pour que l’industrie et le commerce du Comtat et d'Avignon fussent soigneusement tenus en lisière et demeurassent incapables de
menacer la prospérité du royaume.
(1) « Mémoire pour les Consuls, Manans et Habitans de la Ville d'Avignon et Comtat Venaissin contre la prélention du Traîtant des Taxes failes sur les Étrangers en exécution de la Déclaration du Roy du 22 Juillet 1697. » (Bibl. d'Avignon, ms. 2447, P. 34).