LE SORT DES INSTITUTIONS MUNICIPALES SOUS LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE
Les doléances des corporations. — La fin du Consulat. — La convocation générale des citoyens de la ville. — L’Administration provi- Soire. — La nouvelle municipalité à la française. — La révocation par le Pape des règlements et ordonnances accordés par le Vice- Légat et la mission de Célestini. - La fuite de Casoni et la fin de l’ancien Régime.
Dans le moment où la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen enflammait l’enthousiasme du peuple avignonais et comtadin, déjà mis en ébullition par les événements qui se déroulaient en France, un parti composé surtout d’hommes ayant servi le gouvernement français pendant les six ans d’occupation des Etats Pontificaux par Louis XV de 1768 à 1774, travaillait à Avignon à préparer la réunion définitive de cette ville et du Comté-Venaissin à la France. e
Dans ce but, les dirigeants du parti (1) ayant à leur tête Audifiret l'aîné, banquier, chez qui ils se réunissaient (2) et auquel se joignirent bientôt le notaire Lescuyer, le gazetier Sabin Tournal, les frères Duprat, les frères Minvielle, le maçon Rochetin, président des corporations, l’avocat l’eyre, etc., furent les instigateurs des « doléances » qu'ils firent présenter par les corporations et des divers projets de réformes qui parurent au grand
(1) Qui se dénommait alors royaliste. (Bibliot, d'Avignon. ms. 2065, fo 11). (2) Bibliot. d'Avignon, idem, Notices biographiques sur les brincipaux chefs de
la Révolution d'Avignon. Extrait des mémoires de Commin, 3° consul en 1755
jour à cette époque sous forme de manifestes, essais ou adresses, imprimés et distribués à plaisir malgré l’étroite surveillance du gouvernement du légat sur les écrits jugés subversifs.
Il est en effet curieux de constater avec quelle profusion d’imprimés, de mémoires, de libelles, les idées nouvelles étaient remuées, exposées, commentées, réfutées même par des réponses, les unes et les autres rédigées soit par des auteurs anonymes ou gardant à dessein l'anonymat, soit par des particuliers, dignitaires ou simples citoyens, soit par des autorités constituées comme les consuls et l’assesseur de la ville.
Ce fait provient de ce que la presse, inexistante, puisqu'elle n'était représentée que par un seul journal le « Courrier d’Avignon », organe alors sous la coupe du vice-légat, ne pouvait ouvrir ses colonnes au grand flot des aspirations populaires du moment et aux polémiques locales qui forcément s’ensuivaient.
Aussi les multiples imprimés, dont bon nombre ont été recueillis par d’avisés collectionneurs tels que Massilian, Requien, Chambaud, Calvet (1) et d’autres, présentent-ils, par leur classement chronologique, l’image la plus saisissante des convulsions qui agitèrent la société dans Avignon et le Cumtat Venaissin en ces époques troublées de la période révolutionnaire, paï le choc des idées, la fougue des partis, la rivalité des intérêts, la diversité des tendances.
Malheureusement la lutte commencée sur ce terrain n’y fut pas longtemps circonscrite et l’histoire a dû enregistrer, avant de parvenir à la solution du gigantesque conflit que la France eut à soutenir et dont les événements dans les Etats de la papauté n'étaient que la répercusssion, bien des crimes, des atrocités et des violences.
Une part de la responsabilité de ces événements va à l’homme qui détenait le pouvoir, en l’espèce le vice-légat, représentant du Souverain Pontife.
(1) Collections qui se trouvent à la Bibliothèque d'Avignon.