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LES DOLÉANCES DES CORPORATIONS

affirmée plus vive et plus pressante à cause de son importance pour la représentation populaire dans la gestion des affaires publiques, c'était la création d’un quatrième consul pris parmi les ménagers ou paysans, les artisans ou gens de métier ; ou tout au moins l’admission de cette classe’à la troisième main avec accès au consulat.

Cette revendication dès longtemps formulée puisqu'elle remonte aux querelles fameuses entre « pevoulins » et « pessugaux » en 1652-1659 (1), parut enfin suffisamment légitime pour être, avant toute autre, prise en considération.

Le conseil de ville admit l'institution d’un quatrième consul (2).

Mais le flot des aspirations populaires était monté déjà audessus de cet étiage et la satisfaction trop tardive qui venait d’être donnée ne suffit plus à le calmer.

Le 20 février 1790, les députés des corporations apportèrent au conseil la réponse à cette concession.

On y relève les passages suivants dont le ton est significatif :

« Un membre de plus dans un corps dont l’organisation et le régime sont vicieux, ne peut que corroborer les vices et les abus, bien loin d'opérer une réforme. Or c’est la réforme seule

(1) Méritan (Abbé) « Les troubles et émeutes d'Avignon (1652-1659) « Les pevoulins persistaient dans leur idée d’un quatrième consul, artisan, ouvrier ou marchand et les nobles n’entendaient pas passer au peuple cette fantaisie. »

Histoire des révolutions d'Avignon attrib. à Th. Teyssier, ms: 2808, f° 26 v°, Bibliot. d'Avignon. « Les Pevoulins.…. demandèrent surtout un quatrième consul qui fut choisi du quatrième Etat des artisants et des païsants et ils firent cette demande avec tant de hauteur et d'emportement que le Conseil ne trouva pas à propos de la refuser absolument. v

Le terme pevoulins, traduction francisée du mot provençal « pouilleux » désignait les gens du peuple. Les pessugaux était le qualificatif donné en retour aux nobles, gens qui pincent (en provençal « pessuga » pincer) qui grapillent; avec sous-entendu : dans les finances et les affaires publiques.

(2) Il ne nous a pas été possible de retrouver la délibération relative à cet objet dans les registres des procès-verbaux des réunions du Conseil. Le dernier (T. 60) s'arrête au 19 février 1790. Les registres de la municipalité installée en mars 1790 ne commencent qu’en avril suivant. Il y a donc là

une lacune, dans laquelle se place probablement la délibération relative à la création du 4° consul.

qui est le but des habitants dont une partie est réunie sous le titre de corporations.

« D'ailleurs le peuple est choqué de l’obstination de la municipalité, non seulement à maintenir la distinction des ordres qui sont la source de nos divisions et de nos calamités, mais encore à créer, en quelque sorte, une quatrième classe qui ne pourrait qu'augmenter les mêmes divisions.

« On ne voit donc dans la proposition d’un quatrième consul qu’un piège adroitement tendu pour augmenter, s’il est possible, le pouvoir de l'administration municipale et éluder la réforme que le peuple demande depuis si longtemps.

« Si la municipalité à feint d’ignorer jusqu’à ce jour l’objet de cette réforme, il faut lui ôter ce pretexte. Les corporations réunies lui déclarent donc que le peuple en général et les corporations en particulier entendent organiser leur municipalité à l'instar de celles de France, sans plus admettre aucune distinction d'ordres. Ils soutiennent que personne n'a le droit de s’y opposer et déclarent qu’ils regardent les opposants comme ennemis du bien public » (1). |

C’est en vain que dans un mémoire lu au conseil par M. de Forbin, remis le 22 février aux corporations assemblées, par deux députés du conseil et dont l'impression fut votée, les consuls et le conseil municipal déclarent : « Qu'ils ne méritent aucun reproche, qu’ils n’ont aucune vue contraire à la réforme des abus, ni au vœu des habitants ; que le vœu, qui n’a été exprimé d’une manière définitive que depuis samedi vingtième, leur était inconnu ; que tout ce qu’ils ont pu croire satisfaire la généralité des citoyens, ils l'ont fait, qu'enfin en ce moment où le vœu est exprimé, voici leur réponse : Ils adhèrent à ce vœu, ils abandonnent volontiers la distinction des ordres, et chacun des membres qui composent la municipalité déclare qu’il se soumettra à toute forme d’organisation qui sera jugée

(1) Bibliot. d'Avignon, ms. 2958, fo 137.

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