‹ L'organization militaire du Canada, 1636-1648 [microforme]Chapitre 3 sur 9 · LOIS · texte numérisé non relu

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ou les Européens, ni même à cultiver le sol pour donner vie à nos entreprises,

La question militaire primait tout, en réalité, mais elle n'était pas comprise. Quelques soldats, utiles au maintien du bon ordre dans deux ou trois postes de traite, ne constituaient aucune garantie de tranquillité pour l'habitant exposé sans cesse aux surprises des assassins, cur les Froquois n'ont fait que la maraude accompagnée d’assassinats, jamais la guerre,

Les chaloupes et les brigantins de la compagnie Rozée, Cheffault, ete. qui faisaient le service entre Québec et Trois-Rivières, portaient des petits canons de fonte appelés pierriers et espoirs, ce qui suppose des artilleurs ou des gens aptes à les manœuvrer, Plusieurs de ces armes se chargenient par la culasse, au moyen d'une ouverture pratiquée au fond du tonnerre et que l’on refermait après y avoir introduit la gargousse.

La petite colonie de Québec n'était pas sans inquiétude concernant cette situation ; les quelques habitants de Trois-Rivières non plus. Nous prétexte de ‘tuer l’Algonquin”, les [roquois rôdaient continuellement à nos portes et commettaient des déprédations, parfois des meurtres ; connaissant notre faiblesse, ils nous bravuient avec insolence, Leurs bandes se tenaient à l'affût dans les bois, sur les rivières, l'hiver comme l'été, puis, aussitôt que l'une d'elles avait fait un coup, les quinze où vingt hommes qui la composaient retournaient à leur village pour célébrer, au milieu de réjouissances bruyantes, les exploits de cette course, Ceux que l'on rencontrait ainsi le plus souvent autour de nous, portaient le nom d’Agniers (Mohawks) dans la fédération iroquoise; plus tard, les autres tribus, situées plus au sud, côté est du lac Ontario, recurent de nous la désignation d’Iroquois qui, véritablement, appartient à l’ensemble de leurs groupes. Les Agniers, ayant leur habitat près des sources de la rivière Chambly, descendaient au lac Saint-Pierre et ravageaient les campements des Algonquins côté nord du fleuve, sur une étendue de territoire qui embrasse à présent toute la longueur de la province de Québec,

Henri IV, Louis XIIT, leurs ministres, Sully et Richelieu. de 160$ à 1640, n'ont pas accordé la moindre attention aux Français qui trafiquaient sur le Saint-Laurent. Le souverain n'était pas obligé de défendre la Nouvelle-France; c'était le devoir de la compagnie des Cent-Associés ; mais en cela, comme dans tout le reste, ces seigneurs indifférents négligeaient de remplir leurs obligations, Le roi leur disait : * Pavez-moi redevance pour le privilège de la traite ; quant au reste, dépêtrez-vous comme vous le pourrez," De 1641 à 1661, avec Mazarin, ce fut la même chose. Colbert, de 1662 à 1670, nous envoya des troupes; après leur départ, Frontenac, en 1673, organisa la milice. Nous étions en paix alors. Il arriva quatre ou cinq compagnies régulières en 1684-1685, à cause de la nouvelle guerre des Iroquois. De 1673 à 1760, nos forts étaient occupés

3 Voir mes Mélanges d'Histoire, 1876, p. 369-372.

8 SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA pur des petits détachements aux gages du ministre de la marine et des colonies ; on les appelait, à cause de cela troupes de la marine ”, bien

qu'ils ne fussent pas des marins, Le Canada français! n'a jamais possédé qu'un fantôme d'armée,!

Miles en latin, soldat en français, sont les termes que les registres employent pour désigner nos plus anciens militaires, Cela signifie qu'ils étaient de la profession des armes, à lu solde des Cent-Associés, et communcdlés par le gouverneur: ne les confondons pas avec les troupes royales, dont les premières ne vinrent ici qu'en 1662,

Et que faisaient les chevaliers de Malte en 1636-1638 ? Rien. Leurs projets concernant le Canada et lPAcadie se trouvaient dissipés, abandonnés; M. de Montmagny occupait la même position précaire qu'avait eue Champlain, dépendant de quelques traiteurs de pelleteries, assez mal inspirés envers les colons du Canada.

Les ursulines et les hospitalières, arrivées à Québec en 1639, avaient fait connaitre à leurs amis de France l'état de la colonie, Une association évangélique se forma pour établir un poste à Montréal : mais ni le roi, ni les Cent-Associés n'y prirent la moindre part. M, de Maisonneuve, qui commandait l'expédition, débarqua à Québec, l’'automme de 1641, avec quarante-cinq hommes et quatre femmes.” Cette recrue n'avait rien de militaire; elle n'était pas non plus adonnée aux travaux des champs, de sorte qu'un renfort si mal choisi et si mal posté ne pouvait que faire naître des embarras nouveaux,

En 1640, la population française de la colonie s'élevait à 360 âmes, y compris une quarantaine d'hommes. missionnaires et employés de la traite, qui se trouvaient fréquemment éloignés de Québec et de Trois- Rivières. La population stable, les vrais + habitants”, selon le mot dès lors adopté, comptait 274 âmes réparties de Ta manière suivante : *

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Québec. Tel est bien le nom du troupier français, nom de guerre, va sans dire; on connaît de tout temps Bellepointe, Laparade, Sansfaçon, Bellehumeur, Lecocq, Lamoureux, Vadeboncœur, Belavance, Latleur, Bienvenu, Portelance.

2? Faillon, Æistoire de la Colonie, I, 414, 418, 420. —Belmont, /Zistoire du Canada,

‘p. 2.—Dollier, Æistoire du Montréal, 20, 40. .

* Pour plus de détails, voir mon Æistotre des Canadiens-Francçais, IT, 91-2, 146,

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Près des deux tiers de ces personnes, soit 159, venaient du nord du royaume: Perche, 68 5 Normandie, 62; Paris, 10: Picardie, 8 ; Beauce, 7. Chacune d'elles recrutait des colons dans ces pays, sans l'aide des seigneurs,

M, Dollier de Casson, qui arriva dans la colonie vingt-cinq ans plus tard, dit que, à la fin de l’année 1641,% le pays ne contenait pas plus de deux cents Européens, v renfermant les deux sexes, comme aussi les reli gieux et religieuses”. Ce chiffre est évidemment beaucoup trop faible. puisque le recensement que j'ai dressé porte trois cent soixante noms, et il faut bien croire que je n'ai pas énuméré toute cette population sans omettre un seul individu.

Une quarantaine d'hommes que M. de Maisonneuve amenait en 1641, tous recrutés du côté droit de l'embouchure de la Loire, venaient s'ajouter à ce nombre restreint,

“ Les affaires de la foi sont traversées aux Trois-Rivières, où les Troquois font une guerre mortelle à nos Sauvages, comme aussi à ceux qui sont au-delà jusqu'aux Hurons.

“ S'ils osaient, ils viendraient jusqu'à Québec, mais il n'y ferait pas bon pour eux, c'est pourquoi ils s'en éloignent. Dans nn combat qu'ils ont livré proche des Trois-Rivières, Monsieur notre Gouverneur et nos Français ont donné dessus, les ont défuiis et chassés. Dans cette déroute néanmoins, ils ont pris quantité de Hurons, d'Algonquins et d’Algonquines. Ces derniers, vonlant se venger, sont allés furtivement en leur pays, sont entrés dans leurs cabanes, ont tué plusieurs femmes et enfants et ont pris la fuite. Mais les autres, s'en étant aperçus, les ont poursuivis et en ont pris cinq qui sont peut-être déjà mangés, car on ne sait ce qu'ils sont devenus. Enfin, tous les Sauvages des Trois-Rivières ont quitté ; plusieurs sont allés en leur pays et les autres se sont réfugiés à Québec. Tous nos nouveaux chrétiens (Sauvages) ont beaucoup souffert de la part des [roquois, qui leur ont déclaré la guerre, comme aussi à nos Français.” !

[Il n’est pas possible que cette situation déplorable n'ait pas été connue des Cent-Associés, des personnes charitables qui s'occupaient du Canada, et de la cour même,

Richelieu avait en ce moment huit corps d'armée luttant contre les Espagnols et les Allemands, C'était plus de cent cinquante mille hommes. que la Vallette, Turenne et Condé façonnaient de manière à en faire les premiers soldats du monde, [Il n'y en avait pas pour nous ; on les destinait à l'accroissement de la puissance française en Europe.

À partir de 1640, même dès 1637, nous eûmes les Troquois sur les bras. C'était une guerre d'embuscades, de surprises, une suite d'assassinats que nous aurions vite arrêtés en allant brûler les'villages de nos agresseurs : mais nous ne pouvions mettre aucune troupe en campagne. Chaque habitant devint son propre défenseur. % Le gouverneur se voyait témoin passif de la lutte des Sauvages, exposé souvent à leurs insultes, sans pou-

l Marie de l'Incarnation, Lettres, du 14 et du 16 septembre 1641.

voir faire respecter son drapeau, qu'ils venaient braver jusque sous le canon des forts. ” !

Ia été dit un mot ci-dessus du projet de fonder une colonie dans l'île de Montréal. * Pourquoi la compagnie des Cent-Associés s'est-elle empressée de concéder cette fo (à des particuliers) dès 1635 7... L'île n'avait, en 1635, que peu de valeur comme station commerciale, et elle en avait encore moins au point de vue stratégique... Une garnison et des canons à Montréal n'auraient en rien gêné les courses des Troquois, qui venaient s'embusquer sur l'Outaouais, ou qui descendaient le Richelieu pour se rendre dans le luc Saint-Pierre, Il est inutile d'insister sur ce point, peut-être plus évident alors qu'aujourd'hui... L'AÆHistoire de la Colonie francaise (Faillon) t. 1. p. 400, fait dire à l'auteur des Véritables Motifs... de la Société de Montréal : * Ainsi Dieu... semble avoir choisi cette île agréable et utile + non seulement pour la conserration de Québec, mais encore pour y assem- - bler un peuple"? Etil part de à pour affirmer (t. I, p. 379) que les

Associés de Montréal se proposuent de bâtir une ville fortifiée qui pût-

être tout à la fois “un rempart contre les incursions des Troquois et une sauvegarde assurée pour la colonie chancelante de Québec ”,* Ki telles avaient été les intentions—un peu ambitieuses, il faut l'avouer—des IZessieurs et Dames, ces intentions n'auraient pas été justifiées par les événements. Mais la phrase, telle que citée, n'existe pas dans le texte : on a mis conservation là où il y a subsistance. En rétablissant le texte, toute la théorie s'écroule. De plus. la Société des Messieurs de Montréal, ne donne nullement à entendre, dans son mémoire, qu'elle eût l'intention de bâtir une ville à Montréal. Elle ne se proposait que d’y réunir les Sauvages pour les instruire, comme nous le lisons dans les articles soumis par la nouvelle société à la grande compagnie (les Cent-Associés)”, {

[est facile de voir, par la liste des premiers colons de Montréal. * que l'élément militaire n'y comptait pour rien et, par conséquent, les quarante-cinq hommes aventurés à soixante lieues de Québec aggravaient, par les dangers qu'ils allaient courir, la situation déjà si précaire des habitants du Canada.

Pendant que M. de Maisonneuve se rendait au Canada (1641), M" la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, se chargea d'expli-

1 Garneau, Aistoire du Canada, 1882, I, 132,

2 Voici le texte des Véritables Motifs, imprimés & Paris en 1643: ‘ Ainsi Dieu grand amateur du salut des hommes qui n’a pas seulment la science des temps : mais des lieux commodes au bien de ses créatures semb e avoir choisi cette situation agréable de Monréal, non seulement pour la subsistance de Québec dont elle dépend, mais propre pour y assembler un peuple composé de Français et de Sauvages qui seront convertis pour les rendre sédentaires...."

# M. Faillon dittout cela sans sourciller, et il indique, comme fond de renseignements, le passage des Motifs qui vient d'être mis sous nos yeux.

4 M, l'abbé Verreau, Mémoires de la Société royale du Canada, 1837, p. 149.

5 Les Véritables Motifs, réimprimés par la Société historique de Montréal, 1880, p. 76,—Article de M. l'abbé Verreau, Mémoires de la Société royale du Canada 1882, p. 09,

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